Le lycée à la carte …

Suite de :  » Éducation, gros danger, non, une catastrophe prend forme ! »

Le lycée à la carte que défend ce texte existe déjà en Grande-Bretagne. Il correspond à un système libéral où l’élève devient entrepreneur de son propre parcours, dénonce l’historien et écrivain Sylvain Pattieu

Je lis le rapport Mathiot et je me dis, elle est implacable, cette réforme, terriblement cohérente avec celle de l’université, de Parcoursup. C’est une machine de guerre. Le modèle est celui du lycée modulaire à l’anglaise et d’un enseignement supérieur très inégalitaire.

Un lycée à la carte pour élève entrepreneur de son propre parcours.

En vérité, les dés sont truqués, les choix limités : il y a les initiés et les autres, selon les catégories sociales principalement. Il y a l’implicite de la hiérarchie des filières, très peu de passerelles entre elles.

Les universités choisissent des attendus, selon leur prestige, selon les disciplines, et il faut avoir fait telle matière, avec tel niveau, pour prétendre à telle inscription dans le supérieur.

Dès la seconde, avoir une idée précise de son orientation postbac, faire des choix en conséquence. Dans le rapport Mathiot, ça se dit « unités d’approfondissement », et une séparation est déjà envisagée entre scientifiques et non-scientifiques.

Quant aux bacs pro, ils sont oubliés, renvoyés à un prochain rapport. M. Macron a vendu la mèche M. Mathiot justifie tout par l’échec en licence. Il faut relativiser cette notion, tenir compte des réorientations.

N’empêche : 41 % des bacheliers de 2012 ont leur licence en trois ou quatre ans, contre 53 % de ceux de 2002. 21 % d’une classe d’âge n’a pas le bac. Et, pour la première fois depuis longtemps, les catégories les plus populaires obtiennent des résultats moins bons que les catégories socialement équivalentes du passé. De quoi renforcer une terrible division sociale et culturelle. Pourtant, il y a une élévation massive des aspirations scolaires dans les milieux populaires. Difficile de mettre en place une école égalitaire dans une société inégalitaire.

Tout ça fait mal, nécessite un débat, il faudrait pointer les effets des politiques néolibérales, réfléchir sur les modes d’apprentissage, les savoirs nécessaires, les moyens.

Transformer l’école, oui, mais les solutions préconisées par le rapport Mathiot, à la -lumière de l’exemple anglais, aggraveront les inégalités : de sexe, d’origine sociale ou géographique. Ainsi tous les lycées ne proposeront pas tous les parcours.

Le rapport évoque des « synergies d’établissements », elles sont plus faciles à mettre en œuvre à Paris que dans la Creuse.

Dans l’Antiquité, Alcibiade avait coupé la queue de son superbe chien. Quand on lui demandait pourquoi, il disait qu’il préférait qu’on parle de cette queue plutôt que de ses autres actions. Réformons le bac, dit le rapport Mathiot, attaquons-nous à un symbole. Introduisons un grand oral sans préciser sur quels savoirs il s’appuie, augmentons le contrôle continu. Très bien, discutons-en. Mais M. Macron a déjà vendu la mèche : « L’université n’est pas la solution pour tout le monde. »

Quelle est alors la -solution ?

Les moyens des classes prépa pour tous ? Ou bien un système scolaire qui trie, spécialise et hiérarchise de plus en plus tôt ? Un « lycée des possibles » ou un lycée de la -connivence ?

C’est étrange, les libéraux voudraient qu’on change cinq, dix fois de métier dans sa vie, qu’on s’adapte au marché du travail, et pourtant ils préconisent la spécialisation précoce.

Mon fils est à l’école à Noisy-le-Sec, dans la Seine-Saint-Denis. Ma fille y entre l’an prochain, elle se réjouit. Ils sont petits, le bac est loin. Avec leurs copains-copines, ils ont l’appétit d’apprendre, et je suis sûr que, si on leur en donne les moyens, ils en sont tous et toutes capables. Ne nous résignons pas à une école qui figerait les inégalités


Lien pour obtenir les 65 pages du rapport Mathiot.