Climat 3 – Suite du rapport du GIEC

LES GRANDS ENSEIGNEMENTS DU RAPPORT

1. Des températures durablement à la hausse

« Le réchauffement du système climatique est sans équivoque », attaque le résumé aux décideurs. « Chacune des trois dernières décennies a été successivement la plus chaude jamais observée depuis 1850 », poursuit-il. « Dans l’hémisphère Nord, la période 1983-2012 a probablement été la tri-décennie la plus chaude depuis 1400 ans. »

La moyenne des températures relevées à la surface des océans-et des continents montre ainsi un réchauffement de 0,85 °C entre 1880 et 2012.

Les océans, qui recouvrent plus de 70 % de la surface du globe et ont absorbé plus de 90 % de la chaleur additionnelle (la chaleur « en trop »), générée depuis 1971, se sont à coup sûr (99 % de certitude) réchauffés au cours de cette même période. C’est en surface que cette hausse est la plus importante, dont le rythme est estimé à 0,11 °C par décennie. Et elle se poursuivra au cours ‘du XXI° siècle: la chaleur pénétrera plus profondément dans les eaux et affectera les courants, pronostique le Giec, qui table sur une hausse de + 0,6 °C à 2 °C pour les 100 premiers mètres de profondeur et de + 0,3 °C à + 0,6 °C pour les 1000 premiers mètres.

Globalement, la température à la surface de la Terre devrait « probablement » (66 % de certitude) continuer à croître de 0,3 °C à 1,7 °C, par rapport à la période 1986-2005, selon le scénario le plus optimiste. Le scénario le plus pessimiste table quant à lui sur une hausse comprise entre 2,6 °C et 4,8 °C.

Pire ou mieux qu’avant? + 4,8 °C ? La pire estimation du Giec peut paraître plus optimiste que celle avancée dans son quatrième rapport: + 6,4 °C. « Mais les scénarios d’alors envisageaient des concentrations en CO2 plus élevées », nuance Laurent Bopp, océanographe et directeur de recherche CNRS au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE/IPSL). À niveau constant, les résultats demeurent équivalents.

Les scénarios dit « idéalisés » indiquent ainsi une hausse comprise entre 1,5 °C à 4,5 °C (contre 2 °C à 4,5 °C en 2007). In fine, la hausse des températures par rapport à la période préindustrielle (fin du XVIII siècle) devrait dépasser le seuil des +2 °C d’ici à 2100. Un seul des quatre scénarios juge cette perspective « peu » envisageable.

2. L’influence prépondérante de l’activité humaine confirmée

« Il est extrêmement probable que plus de la moitié des hausses de températures observées de 1951 à 2010 ont été causées par la hausse anthropique de la concentration des gaz à effet de serre. » Derrière cette phrase sibylline, reprise dans le résumé aux décideurs, se cachent deux informations fondamentales: « Nous avons encore plus de certitude que l’influence des activités humaines est dominante dans le phénomène de réchauffement climatique », traduit Serge Planton, ingénieur à Météo France, chercheur au Centre national de recherches météorologiques. Le e rapport estimait sûr à 90 % le rôle prépondérant de l’homme. Le 5e le juge désormais certain à 95 %. « 5 % d’incertitude en moins, c’est énorme », souligne Christophe Cassou, chargé de recherche CNRS au Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique. « Derrière ce chiffre, il y a une batterie d’études et de recherches supplémentaires. »

Autre information déterminante: celle relative au niveau de cette responsabilité humaine. « Le réchauffement est le fruit de plusieurs facteurs », rappelle Serge Planton. Certains forçages sont naturels ou liés à la variabilité interne du climat. D’autres sont d’origine humaine. Les émissions de CO2, par exemple, qui favorisent l’effet de serre. Mais également les émissions d’aérosols (poussières industrielles, peintures…) dont certaines ont un effet refroidissant L’un dans l’autre, l’activité humaine demeure responsable d’une hausse d’environ 0,65 °C entre 1951 et 2010. « C’est la première fois qu’un résumé aux décideurs donne des estimations chiffrées à ce sujet », souligne Serge Planton.

3. La variabilité Interne du climat mise en relief

Voilà une quinzaine d’années que la hausse des températures décélère. Alors que depuis 1951, le mercure augmentait en moyenne de 0,12 °C par décennie, depuis 1998, cette hausse n’est plus que de 0,05 °C, et cela alors même que la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère a continué d’augmenter: on parle d’un plateau de températures, lequel alimente tes controverses.

Pour le Giec, ce phénomène illustre les variabilités naturelles, qui « ne reflètent généralement pas les tendances climatiques à long terme ». « Cette ondulation autour de la, tendance générale n’a rien d’exceptionnel, explique Christophe Cassou, les fluctuations naturelles du climat sont fréquentes. » Elles s’expriment à l’échelle hebdomadaire ou saisonnière. « C’est le contraste que nous avons connu cette année entre un mois de juin froid et humide, et un mois de juillet chaud et sec: l’atmosphère bascule sans aucun forçage extérieur. » La variabilité interne du climat peut aussi se manifester sur une période s’étalant de l’année à la décennie. Dans le cas du « plateau », elle s’expliquerait par l’oscillation océanique naturelle.

« Le Pacifique a basculé d’un état plutôt chaud, dans les années 1970, à un état plutôt froid, au début des années 2000 », contribuant à refroidir les plus basses couches de l’atmosphère, reprend Christophe Cassou. Autre facteur: l’activité volcanique a été plus intense ces dix dernières années. Les particules (là encore des aérosols) ont fait écran aux rayonnements solaires et contribué au rafraîchissement de l’air.

4. Une part d’incertitude incompressible.

Plusieurs inconnues demeurent, à commencer par la façon dont se comportera le cycle du carbone en cas de réchauffement. « La végétation et les océans captent environ 50 % du CO, anthropique, explique Laurent Bopp. Or; de plus en plus d’études montrent que plus la température se réchauffe, moins ces puits naturels sont efficaces. » Ils captent moins de CO2, lequel reste dans l’atmosphère et contribue à accélérer le réchauffement Le problème est d’autant plus complexe du côté de la biosphère, émoussée par la déforestation et autres changements d’affectation des sols. Si tous les scénarios anticipent une perte d’efficacité, aucun n’avance, toutefois, d’échéance à laquelle l’océan « saturerait » et n’absorberait plus du tout de CO2.

climatDES CONSÉQUENCES IRRÉVERSIBLES

« Depuis 1950, de nombreux changements observés sont sans précédent au cours des décennies et des millénaires », avance le résumé aux décideurs. Et ce n’est pas fini. La persistance « des émissions de gaz à effet de serre provoquera de nombreux changements dans le système climatique ». Beaucoup « persisteront plusieurs siècles, même si les émissions sont stoppées ».

1- Une élévation du niveau des mers

Tous les scénarios le confirment: l’élévation du niveau des mers va se poursuivre. Le précédent rapport estimait qu’il grimperait de 18 à 59 cm durant la période 2081-2100 par rapport à la période 1986-2005. La barre est revue à la hausse. Le scénario le plus optimiste envisage désormais une augmentation comprise entre 26 cm et 55 cm. Le plus pessimiste avance une fourchette de 52 cm à 98 cm.

« Dans le quatrième rapport, nous ne disposions pas d’estimations suffisamment fiables concernant l’écoulement des glaciers, et seule la dilatation thermique (expansion due au réchauffement des eaux – NDLR) était prise en compte », explique Laurent Bopp, océanographe au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement.

Certaines langues de glace forment des bouchons qui limitent l’écoulement des glaciers », reprend Laurent Bopp. « S’ils fondaient, cela pourrait accélérer la hausse du niveau de mers dans une mesure encore incertaine. » Certains estiment, toutefois, que la cote pourrait, dès lors, largement dépasser les 1 m

2-Des océans plus acides

C’est l’autre grande inquiétude liée aux émissions de CO : lorsqu’elles se dissolvent dans l’eau, les molécules de dioxyde de carbone, acides, modifient la chimie du liquide. C’est la fameuse acidification des océans. Celle-ci n’a donc rien à voir avec le réchauffement, mais résulte des mêmes maux. Les scientifiques sont capables de mesurer son évolution passée: le pH (1) à la surface des océans a baissé de 0,1 depuis le début de l’ère industrielle. Savoir ce qu’il en sera dans le futur est en revanche plus difficile, puisque cela dépend de la quantité de CO qui sera émise dans l’atmosphère.

« Mais nous sommes désormais en mesure de construire de vrais scénarios, à l’instar de ceux réalisés pour les températures ». note Christophe Cassou, qui travaille sur les modélisations climatiques au Cerfacs (Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique). Ainsi les modèles projettent-ils que le pH pourrait encore chuter de 0.06 à 0.32 d’ici à la fin du siècle. L’impact sur les organismes calcaires (solubles dans l’acide) tels que les crustacés, les coraux ou encore certains planctons sera précisé dans le second volet du rapport, attendu en mars.

3-Les événements extrêmes à la hausse

Les bouleversements du « cycle de l’eau » ne seront pas uniformes, confirme le 5″ rapport du Giec: les contrastes vont s’accentuer entre régions sèches et régions humides, de même qu’entre les saisons. Globalement, les précipitations devraient diminuer dans les régions déjà sèches, tandis qu’elles devraient augmenter sous les latitudes déjà humides, lesquelles connaîtront plus de pluies extrêmes.

Quant à pouvoir confirmer le lien entre événements extrêmes – ouragans, sécheresses, moussons… – et réchauffement, les scientifiques s’en rapprochent. « Nous ne sommes pas encore capables de démontrer que tel événement est incompatible avec la variabilité naturelle du climat ». explique Christophe Cassou. « En revanche, leur récurrence géographique et temporelle est un indicateur fort du changement climatique. » Ainsi, la sécheresse survenue en Russie en 2012 ne peut être directement rattachée au réchauffement. Le fait que le pays en a connu trois années de suite est, en revanche, beaucoup plus probant. Le rapport met ainsi en évidence le fait que les températures élevées ont battu plus de records que les températures froides, et continueront de le faire (sûr à 99 %). Il pronostique, dans la foulée, des vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues.

4-Des glaces et des neiges en déclin

Il est très probable (sûr à 90%) que la couverture glaciaire de l’Arctique va continuer de diminuer et de s’affiner, de même que la couverture neigeuse de l’hémisphère Nord, confirme le Giec. D’ici à la fin du siècle, le tour de l’Arctique pourrait décroître, en septembre, de 43 %, selon le scénario le plus optimiste, et de 94 % selon le plus pessimiste. Ce dernier envisage même, à cette même période, un océan arctique totalement libre de toutes glaces avant la moitié du siècle. L’hypothèse ne récolte toutefois qu’un niveau de confiance modéré.

Notes :

(1) Unité de mesure de l’acidité et de la basicité d’un produit: plus il est bas, plus le produit est acide

Tous commentaires font avancer la reflexion. Merci d'avance

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s