5-6) Le gaz de schiste n’a plus la cote

La France, la Bulgarie, la Roumanie et la République tchèque ont décidé de suspendre l’exploitation de leurs gisements pour des raisons écologiques. Alors que l’UE se retrouve sous pression pour suivre cette voie, la Pologne pourrait être le dernier pays à miser sur cette ressource.

Le ministère de l’Environnement tchèque prépare un projet de moratoire sur l’exploration du gaz de schiste, peut-on lire sur le site internet du ministère. Ce moratoire d’une durée de 18 mois à 2 ans, permettra, selon les autorités tchèques, de combler les lacunes dans la législation actuelle sur la protection de l’environnement, les exploitations minières et les travaux géologiques.

Dès le mois dernier, le gouvernement tchèque a annulé les deux concessions pour l’exploration du gaz de schiste pré-consenties par les autorités à la société australienne Hutton. Le ministre tchèque de l’Environnement, Tomáš Chalupa estimait alors que les communes ne disposaient pas des renseignements nécessaires à l’examen des questions relatives à la protection des sources d’eau potable, de l’environnement et du paysage.

Les doutes allemands

En Roumanie, le nouveau gouvernement de gauche de Victor Ponta s’est également prononcé en faveur du gel de l’exploration du gaz de schiste. Le nouveau programme économique du gouvernement roumain stipule notamment qu’ “un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste sera introduit sans délai, en attendant la conclusion de recherches européennes sur les effets de la fracturation hydraulique sur l’environnement”.

Cette annonce risque d’entraver les projets de la compagnie américaine Chevron, qui détient quatre concessions d’exploration de gaz en Roumanie et qui s’apprêtait à entamer des forages cette année. L’an dernier, Chevron a remporté également un appel d’offres pour l’exploration de gaz de schiste en Bulgarie, un projet toutefois compromis par le vote au Parlement [en janvier], avec la majorité des voix du GERB, le parti gouvernemental de centre-droit, d’une résolution interdisant de manière “permanente” l’exploration et l’exploitation de gaz et de pétrole extraits des schistes par le procédé de fracturation. Cette méthode, mise au point et développée par les industriels américains du gaz, reste la seule technique connue pour extraire du pétrole et du gaz à partir de schistes rocheux.

La fracturation consiste à injecter à haute pression dans des roches de schiste un mélange d’eau et de sable, qui libère le gaz piégé dans les roches poreuses. La solution employée contient 1% d’agents chimiques, généralement identiques à ceux que l’on retrouve dans les aliments ou les cosmétiques.

Les adversaires de la fracturation estiment que ces produits chimiques peuvent contaminer l’eau, ce que les exploitants réfutent. L’année dernière, la France a été le premier pays au monde, suivi depuis par la Bulgarie, à interdire l’utilisation de cette technologie. Désormais, la fracturation suscite également les doutes des ministres allemands de l’Environnement – Norbert Röttgen – et  de l’Economie – Philipp Rösler, rapporte l’hebdomadaire Der Spiegel.

Gazprom favorisé

De tels signaux peuvent inquiéter la Pologne, dont les réserves de gaz de schiste, parmi les plus importantes en Europe, sont estimées à environ 2 000 milliards de mètres cubes [dont 346 à 768 milliards de mètres cubes extractables]. Ce potentiel pourrait nous permettre de devenir indépendants de l’approvisionnement en gaz fourni par [le russe] Gazprom, tout en opérant la conversion énergétique, tant préconisée par l’UE, du charbon vers le gaz.

Selon l’eurodéputée Lena Kolarska-Bobińska, “ces récentes décisions de pays membres de l’UE sont susceptibles de renforcer la pression sur la Commission européenne, qui élabore actuellement plusieurs documents relatifs à l’exploitation des gisements de schiste. La Commission ne pourra plus prétendre que l’opposition tient uniquement aux arguments idéologiques de quelques partis politiques isolés”.

Cela peut affecter le débat sur l’avenir du gaz de schiste dans l’UE, admet également Bogusław Sonik, eurodéputé de PO [Plateforme civique, le parti du Premier ministre Donald Tusk] et auteur du projet de rapport de la commission de l’environnement du Parlement européen qui stipule que l’UE n’a pas besoin de règles supplémentaires pour l’extraction du gaz de schiste. Le Parlement européen n’a pas encore approuvé cette position. Il se trouve que dans certains pays de l’UE, l’interdiction du gaz de schiste peut favoriser la position de Gazprom.

En Bulgarie, le moratoire a été introduit juste avant les prochaines négociations sur le gazoduc South Stream en provenance de la Russie. Gazprom cherche par ailleurs à convaincre la Roumanie de se rattacher à cette infrastructure. Quant au moratoire tchèque, il sera en vigueur jusqu’à la fin des travaux pour le gazoduc de raccordement avec Nord Stream, le gazoduc sous la mer Baltique [entre la Russie et l’Allemagne], actuellement en construction en République tchèque, justement.

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Source originale de l’article Gazeta Wyborcza / Varsovie – Auteur Andrzej Kublik , Traduction : Lucyna Haaso-Bastin , lu dans Presseurop – Groupe « courrier international » Permalien

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