ENERGIE (2) Quelle politique énérgétique

Quelle politique énergétique

par L. Foulquier

Simplement quelques notes schématiques sur un problème qui concerne toute l’humanité et qui est aujourd’hui directement lié à celui de l’énergie.

Il s’agit du changement climatique et de l’augmentation actuelle de la température du globe qui est un grave danger. C’est une question centrale, une crise ne chassant pas l’autre.

A l’échelle géologique, le climat terrestre a toujours varié. On a trouvé sous l’équateur des conglomérats glaciaires ! Il y a 9 000 ans, le Sahara était vert ! Il y a des millions d’années, la terre était bien plus chaude qu’aujourd’hui, il y avait quatre fois plus de gaz carbonique (CO2) et pas de calotte glaciaire. (Voir « l’histoire » de la tectonique des plaques). Cela est dû à plusieurs facteurs dont l’excentricité de l’orbite terrestre (distance entre la terre et le soleil), l’axe de rotation de la terre, etc.

La compréhension du mécanisme de l’effet de serre est fondamentale. Les rayons solaires sont absorbés par l’atmosphère et renvoyés en partie vers l’extérieur. Les rayons infrarouges de la terre sont retenus à 95% par l’atmosphère. Sans ce mécanisme la température moyenne de la terre serait de -18°C, et nous sommes à plus de 15°C. La vapeur d’eau des nuages (55%) et des gaz (28%) (CFC, NO2, .méthane et surtout le CO2) sont responsables de ce phénomène.

Charles David Keeling constate en 1958, à 3400 mètres d’altitude, sur la station d’Hawaï, que la concentration en CO2 augmentait. Et ce dernier maintient captif une parie du rayonnement solaire. Ce chercheur déduit que cette augmentation est due à l’activité humaine du fait de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et aussi de la déforestation.

En 1965, dans l’Antarctique, en Terre Adélie des chercheurs mettent dans un verre de whisky des glaçons venant d’une carotte glaciaire profonde. (Noter qu’en pleine guerre froide des scientifiques américains, français, russes,… travaillaient ensemble dans la station soviétique Vostok !). Ors, la glace des profondeurs qui est très compressée, pétille de petites bulles ? Claude Lorius pensa que cette glace pourrait contenir les archives de l’atmosphère ? Toute une histoire des climats allait se préciser.

Avec différentes méthodes (grâce au Commissariat à l’Energie Atomique, par la mesure d’isotopes comme le Deutérium), on peut « voir » le passé du climat sur des centaines de milliers d’années. Ainsi, on a démontré que sur les 420 000 dernières années, les concentrations en gaz à effet de serre, le CO2 en particulier, sont corrélées à la température de l’Antarctique.

Depuis 1988, les travaux du GIEC (Groupement d’Expertise Gouvernementale sur l’Évolution du Climat) s’inscrivent dans cette recherche. Tout concorde : en 150 ans environ, le CO2 a augmenté de 30% et le méthane de 145%. Ce qui correspond à un rythme de milliers de fois plus grand que celui des temps géologiques.

Le résultat est qu’on observe une augmentation rapide de la température sur la terre. Une augmentation (entre 2° C et 6°C) aurait de terribles conséquences : fonte des glaces, acidification de la mer, augmentation du niveau des océans par dilatation, inondation et migration de populations, sécheresse, maladies, perte de biodiversité…). Ces impacts seront différents selon les régions du globe, mais on sait que ce sont les pays les plus pauvres d’Afrique et d’Asie du Sud-est qui auront le plus difficultés, et c’est peu dire !

Il faut faire quelque chose.

C’est urgent et la situation est plus que sérieuse (depuis 140ans, l’augmentation de la température a été de 0,7°C à 0,8°C).

On sait que le CO2 supplémentaire vient de l’utilisation des énergies fossiles. Ces émissions ont atteint un niveau record en 2010 (+5% et 30,6 milliards de tonnes !). Les scientifiques estiment qu’il ne faut pas dépasser notre température de plus de 2° C sinon on va vers une crise climatique très grave. Aujourd’hui l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estime que cet objectif est devenu inatteignable ! On peut être pessimiste pour le prochain sommet de Durban (fin 2011) sur la lutte contre le réchauffement climatique. Selon le responsable de l’ONU, on ne respectera pas le protocole de Kyoto.

Il y a des solutions.

Pour cela, il faut en priorité réduire l’émission des gaz à effets de serre par la diminution rapide de l’utilisation des énergies fossiles. En priorité le pétrole et le gaz, compte tenu de l’épuisement de la ressource. Au niveau mondial, c’est une réduction moyenne d’un facteur 2 d’ici 2050 qu’il faut atteindre et au niveau des pays industrialisés et riches, d’un facteur 4.

Ici encore en fonction des situations, c’est différent selon les pays. La France a moins de contraintes du fait de son parc nucléaire qui ne produit pratiquement pas de gaz à effet de serre. Par contre les contraintes sont fortes sur le Danemark ou l’Allemagne qui sont les plus importants pollueurs. La décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire va encore augmenter cette pollution. Ors, ce pays doit réduire son émission de CO2 de 21%.

Actuellement, surtout pour Télecricité, la production d’origine nucléaire mondiale permet d’éviter la production d’environ 2 milliards de tonnes de CO2.

Les énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire, aussi intéressantes soient-elles, sont intermittentes, donc pour entretenir le réseau il faut compenser par des centrales au gaz. D’où une augmentation de l’effet de serre.

Pour le charbon, (ce que l’Allemagne utilise massivement pendant que l’entreprise EON ferme les entreprises thermiques en France !!), il faut travailler encore les conditions de son extraction et de son utilisation, ainsi que la possibilité de capture et de stockage du C02. Pendant longtemps, du fait de fortes réserves, le charbon sera largement utilisé.

C’est une manière de dire que la recherche et les progrès scientifiques et techniques doivent être complètement intégrés au processus d’économie d’énergie. Par exemple, les nanotechnologies pour l’isolation, les batteries, … les nouveaux réacteurs nucléaires pour économiser l’uranium (c’était le but de Creys-Malville !) et peut être demain la fusion selon les résultats de recherche avec le projet ITER.

C’est une bataille d’ensemble qui va de la baisse de la consommation du pétrole et du gaz dans le résidentiel, le tertiaire et les transports au profit de l’électricité avec un « mix énergétique » en passant par la lutte contre les gaspillages et la déforestation.

Les moyens ne manquent pas, mais il faut une autre politique énergétique (dont vous parlera J.CL Cauvin). Cela heurte les intérêts du capital et ne colle pas avec « la concurrence libre et non faussée ». D’où le besoin d’un débat et d’une lutte politique. Cela se vérifie sur le couple « climat-énergie » depuis 1992 à Rio ! 1997 Kyoto, 2000 La Haue, 2001 Bonn, 2009. Copenhague, 2010 Cancun, fin 2011 Durban ?

Des progrès mais « si le climat était une banque vous l’auriez sauvé depuis longtemps » disait Chavez. Il n’y a toujours pas de mesure contraignante ni de date butoir. Il faut trouver l’argent nécessaire pour commencer à payer la « dette » que nous avons vis-à-vis des pays en développement. Les sommes sont de l’ordre de 30 milliards de dollars pour 3 ans et 100 milliards par an à partir de 2020.

Mesurons bien les inégalités avec une production de 24 tonnes de CO2 par an et par habitant aux USA, 12 tonnes en Europe et 1 tonne en Afrique. Il faut également tenir compte de l’augmentation de la population qui devrait passer de 6,8 milliards d’habitants (plus ou moins 200 millions) actuellement à 8,4 / 9,1 milliards en 2050.

Il y a bien besoin de réduire les émissions de CO2 dans les pays industrialisés de 75 à 80% : d’augmenter dans de grandes proportions les énergies renouvelables et de ne se priver d’aucune ressource énergétique non productrice de gaz à effet de serre ; donc un mix énergétique où l’énergie d’origine nucléaire prenne toute sa place. Ne pas oublier que « bataille de l’eau » a besoin d’énergie pour être gagnée.

Rester dans « le système » pour gagner de l’argent dans un capitalisme vert est un réel danger. Soutenir les valeurs boursières « éco responsables » est une mystification. Utiliser des alibis idéologiques et souvent des contre-vérités, pour ne pas mettre le danger climatique au cœur d’une stratégie énergétique peut vite devenir criminel.

Marchandiser « l’environnement », les droits à polluer… ou vouloir tout régler par des taxes ou des augmentations de prix qui tombent sur le budget des familles, est la voix de l’injustice et de la récession.

Ce sont les profits qu’i faut taxer et le système capitaliste lui-même qu’il faut mettre en cause. Tout démontre qu’il n’est pas « éco compatible ».

Voici quelques faits et idées qui peuvent nous permettre de construire un débat réellement démocratique au sens où il permet de mettre en commun des connaissances, des expériences, des opinions, des propositions.

Je me permets simplement pour finir de vous soumettre cette réflexion du glaciologue, pionnier des recherches sur le climat, Claude Lorius : « … La science ne peut sans doute pas nous sauver, mais sans la science, il est peu probable que nous soyons sauvés »(*).

(*) C. Lorius – L. Carpentier « Voyage dans l’anthropocène » -Actes Sud 2011)

Source : PCF Paris – Commission ÉNERGIE

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