Votre curiosité limitée par vos données ?

A priori pratique, la personnalisation de nos recherches et de nos informations pourrait nous enfermer dans nos affinités.

Sur Internet, il est parfois difficile de définir ce qui tient du choix ou de l’incitation. S’appuyant sur les multiples données que nous leur fournissons, les géants du Web et d’autres s’efforcent de nous offrir au mieux de leurs capacités un service plus qu’adapté : « personnalisé ».

Pour mieux nous fidéliser, Facebook trie ainsi les actualités qui apparaissent sur notre profil, selon nos goûts supposés. Si vous avez préféré cliquer sur tel article relatant le quotidien des girafes, plutôt que sur tel autre comptant les morts du conflit syrien, Facebook le sait. Il calculera en conséquence les contenus les plus « pertinents » pour vous. Résultat, votre profil affichera probablement plus d’articles animaliers que d’histoires de conflits meurtriers.

Même procédé chez Google.

Si deux internautes cherchent les mêmes termes, au même moment, sur deux ordinateurs différents, ils n’obtiendront pas nécessairement les mêmes résultats en première page. « Lorsque vous surfez sur Internet, des cookies enregistrent vos informations de navigation, explique Benoît Tabaka, directeur des politiques publiques chez Google France. À partir de ces informations, Google vous propose en premier les résultats susceptibles de vous intéresser davantage. » Une hiérarchisation personnalisée certes pratique – vous arriverez beaucoup plus rapidement au résultat que vous cherchez – mais qui n’est pas sans ambiguïté.

Selon Eli Pariser [1], militant « Internet » américain, ce procédé, qui tend à se généraliser, pourrait bien nous enfermer dans une « bulle de filtres », un « univers d’information personnel ». « Ce qu’il y a dans cet univers est fondé sur qui vous êtes, ce que vous faites. Mais vous ne décidez pas de ce qui y entre, et surtout, vous ne voyez pas ce qui en est rejeté », expliquait le militant lors d’une conférence en 2011.

Pour Adrienne Charmet, de la Quadrature du Net, c’est une perte de richesse : « Bien sûr, Google ne nous empêche pas d’accéder à d’autres informations. Il y a toujours la possibilité d’aller voir autre chose [en recherchant des termes précis]. Mais on perd l’ouverture au monde qui a fait tout l’intérêt d’Internet. » Une réduction de la part de hasard dans nos flâneries en ligne qui pourrait s’opposer au besoin d’être informé, selon Eli Pariser : « Cela nous mène vers un monde où Internet nous montre ce qu’il pense que nous voulons voir, mais pas forcément ce que nous devons voir. »

Lena Bjurström Article paru dans Politis n° 1345

Couv Politis 1345

[1] A publié The Filter Bubble : How the new personalized Web is changing what we read and how we think, Penguin, 2011.


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