Suite – Hollande : Ses nouvelles fréquentations.

Autour du chef de l’Etat, en cette rentrée, le paysage ressemble à un champ de ruines. Butiner pour trouver des hommes et des femmes qui ne soient pas ceux d’hier, des idées qui surprennent. Voir la France dans sa réalité, et pas seulement de l’Elysée.

Les nouvelles fréquentations de François Hollande mêlent ses obsessions politiques, ses réflexes de survie, ses envies d’ailleurs. Fabrice Luchini, qui a été aperçu dans le bureau présidentiel avant l’été, coche toutes les cases. Un ami du chef de l’Etat observe : « Je sens François comme en 2010, lorsqu’il était au plus mal et qu’il s’est mis en position de conquête. » « Il a toujours aimé voir des gens très différents, ajoute un autre. Mais il ne veut pas qu’on dise qu’il est en campagne, alors il fait attention. » A l’Elysée, c’est la lutte pour survivre Il ne repart pas de zéro, c’est bien pire que cela : les compteurs affichent tous des chiffres négatifs.

Pour un Bernard Cazeneuve qui a su entrer dans le cercle des indispensables, combien de déceptions ? Il tente néanmoins de promouvoir une génération. Il déjeune, le 26 août, avec des élus, maires et présidents de conseils départementaux, à la fois récents et jeunes ; le 3 septembre, avec Fleur Pellerin, dont les premiers pas au ministère de la Culture ont été semés d’embûches. Le 9 septembre, c’est Myriam El Khomri, ministre du Travail depuis une semaine, qu’il invite à sa table, en compagnie des – jeunes, eux aussi économistes Philippe Askenazy, Thomas Breda, Marc Ferracci, Elise Huillery et Marie-Anne Valfort. Aux convives, il est demandé de ne pas dévoiler le contenu de la conversation. Un repas dont le conseiller social du chef de l’Etat a appris l’existence par hasard…

A l’Elysée, c’est la lutte pour survivre, plus que l’émulation pour produire. « Certains marchent allègrement sur les plates-bandes des autres », déplore un collaborateur. Le7 septembre, les seconds couteaux suivent la conférence de presse dans un salon, et on rit volontiers de ce président qui parle de Daech en prononçant « dash », comme s’il parlait d’une célèbre marque de lessive. Le cabinet mue en permanence. On ne compte plus les départs. On ne compte plus les arrivées.

Le 14 septembre est entré en fonction un nouveau conseiller, chargé de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Sa mission est emblématique de cette séquence qui voit François Hollande préparer 2017 sans le dire. L’historien Christophe Prochasson, qui était recteur à l’académie de Caen depuis deux ans, est l’auteur de quelques livres de référence sur la gauche, la République et les intellectuels.

Alors qu’il est reçu, en juillet, par le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet, et son adjoint, Boris Vallaud, le président vient se mêler à la conversation. Bien sûr, il faut mener à terme certains chantiers éducatifs compliqués ; il s’agit aussi de retisser des liens avec une démocratie intellectuelle brouillée avec le pouvoir, en trouvant les mots et les gestes susceptibles de faire oublier les innombrables malentendus des dernières années.

Le 16 juillet, le chef de l’Etat avait d’ailleurs invité à déjeuner quelques membres de la rédaction de La Vie des Idées, universitaires brillants et non encartés ; le 1er septembre, il revoyait le directeur du site, Pierre Rosanvallon, qui vient de publier un ouvrage qui ne peut laisser François Hollande indifférent : Le Bon Gouvernement(Seuil). Le9 juillet, la crise grecque est à son acmé, mais le président consacre une demi-heure à parler du Sens de la république(Grasset) avec son auteur, Patrick Weil. Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai ce que tu penses…

Les rendez-vous de François Hollande épousent les contours du quinquennat, ses tournants, ses imprévus. Ainsi, la période « patrons » est finie. Le président estime avoir fait ce qu’il avait à faire, avec le pacte de responsabilité et ses 41 milliards d’euros de baisse de charges et d’impôts. « C’est aux chefs d’entreprise de retrousser leurs manches maintenant. De toute façon, les gros votent Sarkozy, les petits, Le Pen », grommelle un ami du chef de l’Etat. Sauf à plaider un dossier particulier, les principaux concernés voient moins l’intérêt de franchir la grille de l’Elysée.

« Hollande est intelligent et convaincu qu’il faut une politique pro-entreprise. Mais il n’a pas la majorité pour la mener », souligne un patron du CAC 40. François Pinault ou Marc Ladreit de Lacharrière, toujours en contact avec le président, sont autant des mécènes que des businessmans. Il choisit des sujets qui enjambent 2017 La règle souffre deux exceptions : Hollande cultive les patrons étrangers – il a demandé à l’un de ses proches d’organiser des rencontres – et reçoit régulièrement les dirigeants des filiales en France de groupes mondiaux.

Et il chouchoute stars et jeunes pousses d’Internet. Xavier Niel et son école 42, pépinière de geeks, Jacques-Antoine Granjon (Vente-privee) l’ont accueilli dans leurs boîtes. « Il y a la volonté de mobiliser la jeunesse pour les prochaines élections, mais aussi celle de faire avancer l’économie numérique avec les projets d’Emmanuel Macron et d’Axelle Lemaire [ministre de l’Economie et secrétaire d’Etat au numérique] », souligne Olivier Mathiot, PDG du site PriceMinister.

Voilà des sujets pour la fin du quinquennat… et pour la suite. « En lançant des chantiers qui se poursuivront au-delà de 2017, Hollande entend transformer sa candidature en évidence », commente un ministre. Curieusement, les priorités affichées durant la campagne ne saturent pas l’agenda. L’Education a, en principe, droit à 60 000 postes de plus, mais à peu de rendez-vous. Jean- Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université, ou Pierre-Yves Duwoye, recteur de l’académie de Limoges et camarade de la promotion Voltaire, à l’ENA, sont régulièrement consultés. Une relation plus surprenante et très discrète le connecte au monde de la Défense.

François Hollande sonde régulièrement Pierre Mignot, général de division à la retraite, qui fut membre du cabinet de Ségolène Royal, ministre déléguée chargée de l’Enseignement scolaire, et ami du couple. Avec l’offensive au Mali, le 11 janvier 2013, François Hollande se fait de nouveaux amis, plus sérieux que ceux de Facebook. Il ne peut plus se passer du général Benoît Puga, son chef d’état-major particulier, et le maintient à son poste alors qu’il a atteint la limite d’âge. Il apprécie Pierre de Villiers, frère de Philippe (l’homme politique), chef d’état-major des armées, littéraire subtil et virtuose de la loi de programmation militaire. Ainsi que le patron de l’armée de terre, Jean-Pierre Bosser, alors qu’il ne voyait guère son prédécesseur.

Le social est, avec le numérique, l’autre thématique qui peut déborder sur le quinquennat suivant. Pour réformer le droit du travail ou construire une Sécurité sociale professionnelle, François Hollande dispose de nombreux capteurs : Jean Grosset, conseiller social du Parti socialiste, ancien syndicaliste (Unsa), ou Jacky Bontems, ex-n° 2 de la CFDT, président de Réseau 812, qui draine 3 000 chefs d’entreprise, DRH et anciens responsables syndicaux. Le livre (1) que Bontems vient de cosigner avec Aude de Castet, préfacé par François Hollande, est à la fois la louange de l’action présidentielle et la liste des réformes possibles pour le futur candidat. « Comme Mitterrand, une araignée qui tisse sa toile »

Le social, c’est aussi le terrain choisi par D12, le nouveau nom de Démocratie 2012, cette association créée en 2010 par Jean-Marie Cambacérès, ancien de la promotion Voltaire, pour attirer les hollandais non socialistes. Ces compagnons de route relancent leurs activités, leurs réflexions et cherchent du sang neuf du côté des jeunes. « Hollande est comme Mitterrand, une araignée qui tisse sa toile, laissant travailler différentes personnes sur les mêmes sujets, quand Sarkozy fonctionne sur un mode pyramidal », analyse Cambacérès. Ce connaisseur de l’Asie n’est pas sans influence : il a convaincu le chef de l’Etat de ne pas abandonner les festivités du Nouvel An chinois à Paris auxquelles Sarkozy avait donné un lustre particulier.

La France de Hollande n’est pas celle des communautés, mais la Chine vaut bien une entorse. L’Arménie aussi : depuis quinze ans, le président nourrit des relations suivies avec Franck Papazian, coprésident du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France ; ce qui explique, en partie, la position très distanciée du PS sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, et cette exception : « Vous êtes la seule communauté avec laquelle j’ai cette relation », dit le président au leader arménien. Ah, si cent roses pouvaient s’épanouir. François Hollande ne donne pas de consigne, il laisse les uns et les autres agir à leur guise.

Son conseiller pour la communication, Gaspard Gantzer, travaille les réseaux ENA, notamment parmi ses anciens élèves, pour phosphorer sur un embryon de projet. Ce que l’intéressé nie catégoriquement. « Je suis ravi de revoir mes anciens élèves de Sciences po, mais c’est amical, en aucun cas pour écrire des fiches ou bâtir des groupes de réflexion. » C’est une difficulté supplémentaire qui guette un président candidat : il s’agit non seulement de vaincre l’assèchement des esprits provoqué par l’exercice du pouvoir, mais aussi de le faire en toute discrétion

Laurent Agnès, L’Express – SOURCE http://www.lexpress.fr/actualite/politique/francois-hollande-ses-nouvelles-frequentations_1717054.html

Retour au Blog  …. CLIC