Post-mortem : les fantômes du Web

Quelles traces laissons-nous sur Internet quand nous mourons ? Et qui sera le légataire de ce « patrimoine numérique » ?

Saviez-vous que le Web est un immense cimetière à ciel ouvert ?

Un profil Facebook sur cent appartiendrait à un utilisateur décédé  [1]. Soit 130 millions de comptes « morts-vivants » – avouez que ça fait froid dans le dos !

Sans compter les centaines de millions de photos, de comptes de messagerie et de commentaires postés sur les forums par ceux qui ne sont plus de ce monde (réel). Mais qui continuent, via ces « datas » laissées intactes dans les limbes de la Toile, de hanter le Web.

Si nul n’a besoin d’extrait d’acte de naissance pour voir le jour sur Internet, il n’est en revanche pas facile d’y « mourir ». Et de moins en moins : plus nous passons de temps sur le Net, plus les données s’accumulent, et plus notre patrimoine virtuel s’enrichit. Que deviendra-t-il après notre trépas ? Mystère.

Nos photos de vacances stockées sur Flickr ressurgiront-elles à la faveur d’une recherche sur Google ?

Notre téléphone continuera-t-il de retentir aux appels d’employeurs qui auraient repéré notre CV sur LinkedIn ?

Nos amis Facebook recevront-ils toujours les notifications les enjoignant à fêter notre anniversaire ?

Aucun texte de loi n’obligeant formellement les propriétaires de nos données à les supprimer, nous voilà donc tel Prométhée sur son rocher : condamnés à l’immortalité numérique…

Mais les choses changent. Histoire d’éviter les impairs – auprès des vivants –, Facebook, Google ou Microsoft commencent (bien tardivement) à s’intéresser à nos données post-mortem. Et proposent des solutions à ceux qui voudraient, comme dans le monde réel, décider de l’organisation de leur mort virtuelle et de ce qui en découle : la succession de leur patrimoine numérique.

Depuis la mi-février, le réseau de Mark Zuckerberg propose aux utilisateurs américains une nouvelle fonction consistant à désigner un « légataire » qui, en échange de votre certificat de décès, continuera de gérer votre compte Facebook : demande d’amis, modification de la photo de profil, post de message – seul l’accès aux anciens messages ne sera plus disponible.

Chez Google, il faut en passer par le « Gestionnaire de compte inactif », un questionnaire online qui laisse aussi perplexe que la feuille vierge d’un testament : on y demande à l’internaute s’il préfère laisser son compte s’autodétruire ou léguer « le fonds » de son compte Gmail à des héritiers…

Vaste question ! Depuis juillet dernier, grâce au service « Ending » de Yahoo !, les internautes japonais peuvent même programmer les mails d’adieu qu’ils enverront… de l’au-delà. Coût de l’opération : 1,80 dollar par mois jusqu’à son arrivée dans le royaume des cieux – Yahoo ! vous souhaite longue vie !

Flairant le filon, un nombre croissant de sites proposent par ailleurs des lieux de recueillement virtuels. « Les concessions à perpétuité deviennent rares, […] la crémation se développe de plus en plus », argue Jardindusouvenir.fr, qui promet de « délivrer une parcelle d’éternité » à ceux qui créerons un « espace mémoriel » en souvenir de leurs chers disparus.

Comme le pack Eterniti qui comprend notamment un livre d’or en ligne et la possibilité d’acheter fleurs et bougies virtuelles, le tout pour 49 euros TTC. Même les pieds devant, vous n’avez pas fini de faire le bonheur du Web !

Lena Bjurström Article paru dans Politis n° 1345

Couv Politis 1345

[1] Selon la Cnil, qui a engagé une réflexion sur « la mort numérique » en 2014.


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