Iran-Service Public. Des quotas anti-femmes

Le quotidien des Iraniennes ne s’améliore pas. Alors que 40 % des diplômées sont au chômage, le gouvernement veut maintenant que les femmes ne dépassent pas 10 % du nombre des fonctionnaires.

Les autorités iraniennes sont en train de mettre en place un système de quotas pour exclure les femmes des examens d’accès à la fonction publique. Survenant dans un contexte de chômage élevé chez les femmes, cette nouvelle a jeté de sérieux doutes sur la position du président Hassan Rohani vis-à-vis d’une présence croissante des femmes dans la société.

Le 18 septembre s’est tenu, à l’échelon national, l’examen d’embauche du ministère de l’Education, auquel 178 000 candidats ont participé. La date des résultats n’est pas clairement définie, mais il est d’ores et déjà certain que, quelles que soient les notes obtenues par les candidates, elles ne représenteront que 10 % des recrutés. Cette regrettable orientation ressort des directives d’inscription concernant l’examen de cette année. Il y est stipulé que, sur les 3 703 postes d’enseignant à pourvoir, seulement 630 iront à des femmes, les 3 073 restants étant réservés aux hommes. Les femmes postulant à Téhéran semblent les plus touchées, puisque, sur les 190 nouvelles recrues du ministère de l’Education, il n’y aura que 6 femmes.

Comportement efféminé

Ces directives semblent être le fruit d’un travail de longue haleine. En février, le responsable de l’Organisation de recherche et de planification du ministère de l’Enseignement a exprimé ses inquiétudes à l’agence de presse semi-officielle Fars, liée aux Gardiens de la révolution islamique, sur le risque de susciter chez les garçons des écoles élémentaires des “comportements féminins ou efféminés” en confiant leur enseignement à des femmes. Ces remarques seraient à l’origine des discriminations fondées sur le sexe introduites dans l’examen d’embauche de cette année.

Shirzad Abdollahi, expert en éducation de Téhéran, nous a expliqué qu’aujourd’hui, dans la plupart des grands centres urbains iraniens, la majorité des enseignants sont des femmes. “Dans les grandes villes, et en particulier à Téhéran, le personnel éducatif est composé à 70 ou 80 % de femmes. La plupart des enseignants des écoles élémentaires de garçons, en particulier pour les trois premières années, sont des femmes.” Cependant si dans les grandes villes les postes d’enseignant sont majoritairement occupés par des femmes, la balance penche nettement en faveur des hommes pour ce qui est des postes d’encadrement.

Selon M. Abdollahi, “dans l’enseignement, le pourcentage de femmes aux postes d’encadrement – hormis celui de directeur d’école – est seulement de 1 %, et aux postes administratifs le personnel est entièrement masculin”. Pourtant, rien ne laisse penser dans les commentaires des hauts fonctionnaires ni dans la brochure de l’examen d’embauche que le ministère de l’Education envisage de rétablir l’équilibre aux postes d’encadrement. C’est pourquoi de nombreuses candidates sont persuadées que la mise en place de quotas vise à les exclure du marché du travail.

Discrimination

A la veille de l’examen, Forough, qui n’a pas souhaité révéler son nom de famille, nous a confié : “Ils veulent 100 professeurs d’anglais, 98 plus exactement, et seulement 7 femmes seront recrutées. Aussi, quels que soient mes résultats à cet examen, je n’aurai qu’une chance sur cent d’être acceptée. Pour moi, c’est le comble de l’injustice. Je suis vraiment choquée, désespérée. Je savais que le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad [président de la république 2005-2013] était contre les femmes, mais je ne comprends pas pourquoi M. Rohani, qui est un président sensé, nous fait ça.”

Il convient de noter que la mise en place de quotas visant à réduire le nombre d’embauches de femmes ne se limite pas au ministère de l’Education. Il y a trois mois, quand plusieurs milliers de candidats ont passé un examen pour 2 800 postes à pourvoir dans 18 organes gouvernementaux, 2 284 postes (81,5 %) étaient spécifiquement destinés à des hommes selon la brochure de l’examen, alors que 6 (0,57 %) seulement étaient réservés aux femmes et 500 pouvaient être indifféremment occupés par les deux sexes.

Cette discrimination massive observée dans la politique d’embauche du gouvernement a même suscité des critiques chez les proches collaborateurs de M. Rohani. Dans une interview accordée le 8 avril au quotidien Shahrvand, la vice-présidente chargée des femmes et des affaires familiales, Shahindokht Molaverdi, a décrit l’abaissement des quotas de femmes dans les examens d’accès au gouvernement et à la fonction publique comme une discrimination et une exclusion flagrante. “Je pense, a-t-elle dit, que cet examen, qui laisse peu de chances aux femmes, va à l’encontre des politiques, plans, slogans et promesses du 11e gouvernement [celui de M. Rohani].”

Dans la même interview, Mme Molaverdi a indiqué qu’elle était en pourparlers avec les autorités compétentes pour réexaminer ces quotas. Cependant, l’absence de changement dans l’examen de cette année montre que ces discussions n’ont pas porté de fruits. Une pétition contre la discrimination fondée sur le sexe, signée par des centaines de militants des droits des femmes, n’a pas davantage réussi à faire revenir les autorités sur leur position.

Le problème de l’emploi — ou plutôt du non-emploi — des Iraniennes est colossal. Le 6 septembre, Mme Molaverdi a déclaré publiquement que plus de 40 % des femmes diplômées de l’enseignement supérieur étaient au chômage. Depuis l’accès au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad, en 2005, les chiffres de l’emploi des femmes n’ont cessé de baisser.

A l’époque, 3,9 millions d’Iraniennes avaient un emploi, contre 3,1 millions cette année. Les statistiques officielles indiquent elles-mêmes que les femmes au chômage sont deux fois plus nombreuses que les hommes et que plus de la moitié des Iraniennes sont actuellement à la recherche d’un emploi.

Source Al-Monitor

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