Comment le maïs est devenu une arme de domination massive (1/2)

Premier volet : des espions chinois dans les champs américains. Malgré l’étendue de son territoire, la Chine ne produit pas suffisamment de nourriture. La seule façon durable de répondre à la demande nationale est de cultiver des hybrides ultra-performants. Et, pour s’en procurer, rien de mieux que d’aller les chercher chez son meilleur ennemi : les Etats-Unis. Quand le FBI piste les voleurs d’épis.

Le 30 septembre 2012, des agents du FBI ont contacté le Service des douanes et de la protection des frontières de l’aéroport international O’Hare de Chicago avec une demande urgente. Ils voulaient que les sacs de deux passagers à bord d’un vol en partance pour Pékin soient immédiatement inspectés. Les passagers n’étaient pas connus des autorités comme de dangereux criminels : il s’agissait de Li Shaoming et de Ye Jian, respectivement président et responsable de la recherche sur les cultures de Beijing Kings Nower Seed Science & Technology, une grande entreprise agricole chinoise qui développe des semences de maïs, de riz, de coton et de colza.

Dans les bagages de Li Shaoming, les agents du FBI ont trouvé deux grandes boîtes de pop-corn Pop Weaver pour micro-ondes. Et sous les sachets de grains de maïs se cachaient quelque 300 minuscules enveloppes de papier kraft, toutes portant un numéro cryptique – 2155, 2403, 20362. Chaque enveloppe contenait un seul grain de maïs.

Dans les bagages de Ye Jian, les enquêteurs ont découvert des grains de maïs éparpillés parmi les vêtements, chacun étant individuellement enveloppé dans une serviette en papier de la chaîne de restaurants Subway. Des douaniers ont été déployés dans la zone d’embarquement du vol pour Pékin, où ils ont trouvé les deux hommes et les ont fouillés. Ils ont mis la main sur d’autres grains de maïs, également emballés dans des serviettes, dans les poches de Ye Jian.

Course-poursuite

Au même moment, à une autre porte d’embarquement, Wang Hongwei, un Chinois que le FBI soupçonne de travailler également pour [l’entreprise chinoise de semences] Kings Nower Seed, embarquait sur un vol pour Burlington, dans le Vermont, où une voiture l’attendait pour qu’il se rende ensuite au Canada. Des agents du FBI étaient là pour le suivre, mais Wang Hongwei a fini par distancer son équipe de surveillance. Qu’à cela ne tienne. Des agents de la police des frontières l’attendaient à son arrivée à la frontière américano-canadienne, au point de passage de Highgate Springs.

Ils ont fouillé son véhicule et découvert 44 sachets de grains de maïs sous son siège et dans ses valises, ainsi qu’un carnet rempli de coordonnées GPS et un appareil photo numérique contenant des centaines d’images de champs de maïs. Interrogé par les agents, Wang Hongwei a seulement dit qu’il avait acheté ce maïs à un homme du nom de Mo Hailong, directeur des affaires internationales de Beijing Dabeinong Technology Group (DBN Group), la maison mère de Kings Nower Seed.

Voulant éviter d’éveiller l’attention de Mo Hailong, les agents ont laissé les trois hommes quitter le pays, mais ils ont confisqué leur maïs. L’agent spécial Mark E. Betten, seize ans d’expérience au FBI dans le vol de propriété intellectuelle, a fait envoyer les grains à un laboratoire d’analyse indépendant, qui a confirmé qu’il s’agissait d’hybrides brevetés, génétiquement modifiés. Leur séquençage génétique a plus tard permis d’établir qu’il s’agissait de semences en cours de développement par Monsanto, DuPont Pioneer et LG Seeds, filiale du Groupe Limagrain, ces trois entreprises faisant partie des quatre plus grands semenciers au monde. Les coordonnées GPS correspondaient à des fermes de l’Iowa et de l’Illinois, où ces entreprises testaient les performances de nouveaux hybrides.

En décembre 2013, après avoir rassemblé ces preuves, les marshals [agents de la police fédérale] se sont rendus au domicile de Mo Hailong, en Floride. Ils l’ont arrêté et extradé vers l’Iowa, où il est depuis assigné à résidence à Des Moines. Le FBI a également inculpé cinq complices présumés, tous chinois, qui restent introuvables (dont les trois hommes fouillés par les douaniers à l’aéroport de Chicago) et, par la suite, la sœur de Mo Hailong, Mo Yun. En septembre, ces deux derniers devront répondre de l’accusation de tentative de vol de secret industriel devant un tribunal fédéral de l’Iowa. Ils risquent jusqu’à dix ans de prison et 5 millions de dollars d’amende.

Cela peut sembler une grosse affaire d’espionnage post-11-septembre, bien grosse pour quelques grains de maïs, mais le gouvernement américain y voit un problème beaucoup plus vaste. Ce vol, estime-t-il, résulte d’un fait indéniable et dangereux : malgré l’étendue de son territoire, la Chine ne peut tout bonnement pas produire suffisamment de nourriture pour se nourrir, en particulier maintenant que la classe moyenne, en plein essor, prend goût à la viande. (En Chine, l’essentiel du maïs sert à l’alimentation du bétail.) Les pénuries d’eau et le manque de terres arables contraignent le gouvernement chinois à acheter 2 à 5 millions de tonnes métriques de maïs américain par an, soit environ 94 % de la totalité du maïs importé chaque année en Chine.

La Chine encourage-t-elle l’espionnage ?

Si Pékin espère nourrir sa population, de plus en plus nombreuse, tout en se dégageant de l’emprise bien réelle des Etats-Unis sur sa consommation alimentaire, ses agriculteurs doivent produire beaucoup plus de maïs – non seulement pour répondre à la demande intérieure pendant les bonnes années, mais aussi pour faire des réserves pour les mauvaises.

Depuis plusieurs dizaines d’années, la Chine augmente sa production de maïs en allouant une superficie de plus en plus importante à sa culture, mais les terres arables viennent à manquer et le ministère de l’Agriculture des Etats-Unis estime que la consommation chinoise de maïs aura augmenté de 41 % d’ici à 2023, avec un rythme bien plus soutenu que la production.

La seule façon tenable pour la Chine de répondre à la demande nationale est donc de cultiver des hybrides ultraperformants, qui lui permettraient de doubler, voire de tripler sa production par acre. Cela fait des années que les scientifiques chinois n’ont pas développé un seul bon hybride de maïs. Or Monsanto et DuPont Pioneer, les deux géants américains des semences, en ont mis au point tellement qu’ils contrôlent à présent 45 % de toutes les semences vendues dans le monde. Le ministère de la Justice américain soutient que la Chine autorise ses entreprises à dérober les secrets agricoles américains directement sur le terrain, et même qu’elle les y encourage.

L’obtention des technologies qui se trouvent derrière ces hybrides de dernière génération permettrait à des entreprises comme DBN Group – et à la Chine – de gagner une dizaine d’années et plusieurs millions de dollars de recherches. Comme me l’ont dit des généticiens végétaux au courant de l’affaire, le fait même que Kings Nower Seed a mis sur le marché des produits à base de technologies volées – et qu’il compte en commercialiser davantage – laisse entendre que le gouvernement chinois est complice. Le vol n’est difficile ni à identifier ni à prouver ; DBN Group ne pouvait espérer s’en sortir sans dommage qu’à condition que la Chine ait pour politique de favoriser ce type d’espionnage.

Le procès contre Mo Hailong a ceci d’unique que la surveillance du FBI, à chaque étape, a été approuvée par un juge fédéral dans le cadre du Foreign Intelligence Surveillance Act (Fisa), une loi qui impose à l’agence de renseignement de prouver que des écoutes téléphoniques sont “nécessaires, ou utiles, pour permettre aux Etats-Unis de se protéger contre des menaces étrangères pour la sécurité nationale, comme des attaques, du sabotage, du terrorisme ou des activités d’espionnage”.

Le gouvernement fédéral admet ainsi explicitement qu’il considère les produits agricoles à la fois comme un atout et une arme dans sa longue partie d’échecs géopolitique contre la Chine, comme une ressource à la valeur et à l’importance quasi militaires. Selon cette logique, les ressortissants chinois qui volent du maïs sont des espions, aussi importants – et peut-être même plus – que ceux qui dérobent les plans de nouveaux systèmes d’armement.

L’enquête du FBI sur Mo Hailong a été ouverte lorsque celui-ci a commis un étonnant faux pas. Au début du mois de mai 2011, Mo Hailong et Wang Lei, à l’époque vice-président de Kings Nower Seed, sillonnaient les routes de campagne du comté de Tama, dans l’Iowa, à la recherche, présume le FBI, d’un champ de test de DuPont Pioneer. Mo Hailong a demandé à Wang Lei de s’arrêter au bord d’un champ pour interroger un agriculteur en pleines semailles de printemps. Les deux Chinois ont raconté à l’homme qu’ils venaient d’assister à une conférence agricole internationale à l’université d’Etat de l’Iowa, à Ames, et qu’ils voulaient voir quelqu’un semer du maïs dans un vrai champ. L’agriculteur était sceptique.

Le lendemain, le chef des champs de DuPont Pioneer a aperçu la même voiture. Il a vu Mo Hailong grimper sur le bord d’un fossé, s’agenouiller dans la terre et commencer à déterrer des grains de maïs. Nez à nez avec le chef des champs, Mo Hailong, troublé, a rougi. Il a prétendu être un chercheur de l’université de l’Iowa – et non de l’université d’Etat de l’Iowa – en route pour une conférence. Mais, avant que le représentant de DuPont Pioneer puisse l’interroger davantage, il a pris la poudre d’escampette. Il a sauté dans la voiture et Wang Lei a démarré, avant de s’éloigner à toute vitesse.

Numéro d’immatriculation

Quelques semaines plus tard, des agents du bureau du FBI de l’Iowa s’asseyaient autour d’une table avec des représentants de DuPont Pioneer pour la première d’une série de réunions régulières – ce qui dit l’importance que notre police accorde au maïs – au siège de l’entreprise, à Johnston, dans l’Iowa. Un cadre de DuPont Pioneer a mentionné l’incident et expliqué qu’il arrivait à l’entreprise de signer des contrats d’exclusivité avec des agriculteurs pour qu’ils cultivent des semences brevetées et souvent génétiquement modifiées. La séquence génétique exacte d’une bonne semence est un secret soigneusement gardé, à plusieurs millions de dollars. Le chef des champs de DuPont Pioneer avait noté le numéro d’immatriculation du véhicule et l’avait transmis à la sécurité de l’entreprise.

Les multinationales de l’agroalimentaire comme DuPont Pioneer et Monsanto possèdent d’importants services de sécurité et des réseaux d’enquête très performants. DuPont Pioneer a découvert que la voiture appartenait à un certain Mo Hailong. Selon les documents du tribunal, un homme dont le nom n’est pas divulgué, vice-président et directeur général de la filiale chinoise de DuPont Pioneer, a déclaré au FBI qu’il avait déjà des raisons de penser que Kings Nower Seed volait des semences expérimentales à son entreprise pour produire des clones et les vendre aux agriculteurs chinois. L’entreprise DuPont Pioneer a récemment découvert qu’une des semences de maïs de DBN Group qui faisait partie de ses meilleures ventes en Chine avait des séquences génétiques communes avec une lignée parentale mâle qu’elle avait elle-même développée génétiquement. Le FBI a accepté d’ouvrir une enquête.

Quatre mois plus tard, alors que le FBI planchait toujours sur l’incident de Tama, le bureau du shérif du comté de Polk, dans l’Iowa, a reçu un appel téléphonique signalant trois hommes asiatiques qui rôdaient autour d’un champ de maïs de Bondurant, juste à côté de Des Moines. Le shérif adjoint s’est dépêché de se rendre sur les lieux, où il s’est présenté aux trois hommes et a pris leur identité : Mo Hailong Robert (qui utilisait parfois le pseudonyme de Robert Mo), Wang Lei et Li Shaoming. Les hommes ont dit être des semenciers chinois venus donner des conseils au propriétaire de la ferme. Le FBI a été informé de l’affaire – et il a reconnu le nom de Mo Hailong. Il a donc envoyé un agent de l’antenne d’Omaha pour interroger l’agriculteur. Celui-ci n’avait jamais entendu parler des trois hommes. Il a expliqué à l’agent qu’il était sous contrat avec Monsanto, mais qu’il ne savait même pas quel type de maïs il cultivait. Peu après, un représentant de Monsanto a confirmé qu’il s’agissait également d’un site de test d’une nouvelle semence que l’entreprise était en train de mettre au point.

Les enquêteurs du FBI pouvaient à présent prouver que Mo Hailong avait cherché, et ce à deux reprises, à se procurer des semences expérimentales en les prélevant directement sur des sites secrets. Ils se sont de plus aperçus qu’il avait obtenu des informations sur la localisation de ces sites en travaillant avec des collaborateurs de l’entreprise. Le FBI a par ailleurs découvert que, pendant son séjour dans l’Iowa, Mo Hailong avait expédié des centaines de kilos de colis dans un centre UBS de West Des Moines à destination de son domicile, à Boca Raton [en Floride]. Contenu indiqué sur le formulaire de suivi : “échantillons de maïs”. Le vol de semences de maïs dans le champ d’un concurrent est aussi vieux que la culture du maïs elle-même. Donald J. Lee, professeur et phytogénéticien au département d’agronomie et d’horticulture de l’université du Nebraska à Lincoln, plaisante :

On dit qu’un bon phytogénéticien a beaucoup de poches. Et, quand il va voir le champ de test de son voisin, il revient toujours les poches pleines.”

Récemment encore, les agriculteurs étaient leurs propres semenciers. Donald J. Lee me dit que son grand-père, fermier dans l’Iowa il y a un siècle, sélectionnait à chaque récolte les épis qui serviraient aux semailles de l’année suivante. En ces temps-là, il n’était d’ailleurs pas inhabituel que les familles ou les amis échangent leurs graines.

Wallace, “le Bill Gates des semences”

Tout cela a changé avec l’arrivée de Henry A. Wallace [1888-1965], fondateur de Pioneer Hi-Bred Seeds – que Donald J. Lee décrit comme “le Bill Gates des semences”. Henry A. Wallace a pour la première fois rencontré le problème des variations génétiques lorsqu’il étudiait l’amélioration génétique du maïs à l’Iowa State Agricultural College. Il a eu cette idée clé selon laquelle l’unique solution pour produire de bons hybrides de maïs était de créer des variétés endogames génétiquement pures qui pourraient être utilisées comme “parents” année après année. Henry A. Wallace a commencé à imaginer un système pour produire et distribuer des semences de maïs performantes aux agriculteurs de tout le Middle West. En mai 1926, il décida de fonder la Hi-Bred Corn Company – le premier producteur au monde de semences hybrides.

Pour susciter l’intérêt des paysans, le commercial de Henry A. Wallace, Roswell Garst (qui est par la suite devenu un grand semencier de son côté), est allé de ferme en ferme dans 16 comtés de l’ouest de l’Iowa distribuer aux paysans suffisamment de sacs de semences Hi-Bred de 4 kilos pour qu’ils ensemencent la moitié de leurs champs. Quel que soit le surplus de récolte des hybrides, il était convenu que Pioneer [l’Hi-Bred Corn Company est devenue Pioneer en 1935] partagerait moitié-moitié avec les paysans. Au bout de quelques années, les agriculteurs se sont dit qu’ils feraient davantage de profits en achetant tout bonnement les sacs de semences au lieu de partager leur surplus avec l’entreprise.

Cette expérience a apporté à la jeune Hi-Bred Corn Company quelque chose de bien plus précieux que des espèces sonnantes et trébuchantes : des informations sur les performances de ses semences en fonction des conditions de culture. Et, quand Henry A. Wallace a été nommé ministre de l’Agriculture (comme son père), par Franklin Roosevelt en 1933, il a enfin eu accès aux ressources nécessaires pour tenter de convertir le pays au maïs hybride, qui, pensait-il, pouvait le sauver de la Grande Dépression.
La transformation qui s’en est suivie a été stupéfiante. Quand Henry A. Wallace a intégré le cabinet de Roosevelt, moins de 1 % du maïs américain était produit avec des semences hybrides.

Des stocks gérés par l’Etat

Dix ans plus tard, plus des trois quarts du maïs provenaient d’hybrides – ce qui a presque doublé le rendement national par acre [1 acre équivaut à environ 4 000 mètres carrés] au cours des vingt années suivantes. Pour éviter que cette production record ne fasse baisser les prix du maïs, Wallace a créé l’“ever-normal granary”, une réserve nationale de céréales gérée par le gouvernement fédéral. Les bonnes années, le ministère de l’Agriculture achetait du maïs et le stockait pour empêcher les prix de s’effondrer. Les mauvaises, il mettait sur le marché le maïs de son grenier pour empêcher les prix de flamber. Le plan de Wallace, immensément populaire, a stabilisé les prix alimentaires aux Etats-Unis – et lui a valu d’être choisi par Roosevelt comme candidat à la vice-présidence en 1940.

Mais le remarquable maïs Hi-Bred de Wallace avait un inconvénient de taille : il consommait bien plus de composés azotés du sol que le maïs ordinaire – plus, en fait, que quasiment toutes les autres cultures. Pendant les années de guerre, le gouvernement a résolu le problème en mettant plus de surfaces en culture, mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale le ministère de l’Agriculture a trouvé une autre solution. Les géants de l’industrie chimique, comme DuPont et Monsanto, avaient décroché des contrats de défense nationale pour produire du nitrate d’ammonium et de l’ammoniac anhydre pour la fabrication de bombes et d’autres munitions. Ils avaient mis au point l’herbicide 2,4-D, qui pouvait détruire les cultures allemandes, et produit l’insecticide DDT, pour empêcher la propagation chez les GI des poux, vecteurs du typhus. Dès la fin de la guerre, DuPont a commercialisé ces mêmes produits chimiques comme engrais et désherbants pour pelouses et jardins. Les publicités de l’époque les vantaient comme de “meilleurs produits pour une vie meilleure… grâce à la chimie”. Mais le jardinage n’était que la pointe émergée de l’iceberg.

DuPont, comme d’autres géants de l’industrie chimique tels que Dow et Monsanto, s’est associé aux cartels des céréaliers pour faire du lobbying et obtenir le soutien du Congrès dans le but de faire de ces composés des produits agrochimiques fabriqués à grande échelle. En 1953, le secteur a trouvé son meilleur allié en Ezra Taft Benson quand celui-ci a pris le poste de ministre de l’Agriculture du président Dwight D. Eisenhower. Benson, membre éminent de l’Eglise des mormons, républicain et antirouge fanatique, a immédiatement informé Eisenhower qu’il était philosophiquement opposé au système de soutien des prix du maïs par le gouvernement mis en place par Wallace, parce que, à son avis, il s’agissait d’une forme de socialisme.

Préfigurant les politiques agricoles agressives, pro-business, d’aujourd’hui, Benson estimait que la seule façon de surpasser les exploitations collectives d’Union soviétique et de Chine était de tirer au maximum profit de la supériorité de notre maïs et de notre chimie. Les Etats-Unis pouvaient, s’ils le décidaient, surproduire du maïs pour faire baisser les prix internationaux et utiliser le surplus comme un instrument diplomatique sous la forme d’aide étrangère. Au lieu d’armes, les Etats-Unis ont commencé à donner à nos alliés des céréales – faisant pour la première fois d’un produit alimentaire une arme de l’arsenal national. L’unique problème, c’est que, en militarisant l’agriculture américaine, Benson a transformé les technologies agricoles en cibles de l’espionnage étranger.

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Ted Genoways, journaliste et écrivain de fiction reconnu et plusieurs fois primé. Contributeur des magazines américains Mother Jones, The New Republic et OnEarth, ses écrits ont également été publiés dans The Atlantic, Harper’s, The New York TimesOutside et The Washington Post. Il est l’auteur d’un livre d’enquête sur la filière industrielle de la viande aux Etats-Unis : The Chain : Farm, Factory, and the Fate of Our Food (Harper/HarperCollins Publishers, 2014).

Courrier international – SOURCE