Réchauffement climatique et avenir du genre humain-Suite

II) Le potentiel de déstabilisation d’un réchauffement climatique non-maîtrisé

Il est difficile à l’heure actuelle d’évaluer dans la longue durée la totalité des impacts d’un réchauffement climatique non ou insuffisamment maîtrisé, d’autant plus qu’il risque de se conjuguer avec d’autres tendances tout à fait négatives :

– Le premier impact le plus évident, c’est la nécessité d’une transition énergétique à mettre en œuvre sans délai, faisant reculer massivement les énergies carbonées PGC , sources principales d’émissions de GES, pour les remplacer par une électricité dé-carbonée (voir I ci-dessus), transition devant se conjuguer aussi avec des efforts significatifs d’économies d’énergie (face à une forte augmentation prévisible de la consommation mondiale d’énergie, dans les PED notamment).

Parmi les autres évolutions globales problématiques :

– Le gaspillage et l’épuisement de diverses ressources naturelles, les problèmes prévisibles de la raréfaction des ressources en eau douce dans nombre de pays ;

– L’émergence possible de dizaines, voire de centaines de millions de réfugiés climatiques dans les PED, fuyant leur pays déstabilisé, pour tenter de survivre. C’est l’une des évolutions potentielles les plus préoccupantes. En effet, les fragiles acquis de la civilisation humaine (empathie pour son prochain, volonté de coopération, aide aux plus faibles), comportements que nous partageons depuis des temps immémoriaux avec les grands singes, risquent de voler en éclats au profit d’un retour à une loi de la jungle où chaque ethnie, chaque peuple défendra son pré carré, où les idéologies du rejet de l’autre, déjà présentes (voir Front national) deviendront, n’en doutons pas, majoritaires, où les plus forts (les mieux armés) finiront par massacrer les plus faibles, bref une plongée dans la barbarie menaçant l’avenir même de l’espèce humaine. Même si ce point ne peut ici être développé plus avant, c’est l’un des risques les plus graves d’une non-maîtrise du réchauffement climatique.

– Le coût financier immense pour l’humanité d’une montée significative du niveau des océans, de la violence des phénomènes climatiques (ouragans, inondations et sécheresses, hauteur et violence des vagues océaniques), sans aucun rapport avec le coût, somme toute limité et connu, d’une maîtrise du réchauffement climatique dans les deux à trois prochaines décennies ;

– La non-maîtrise d’une évolution démographique (9 milliards d’habitants en 2050, 10 à 11 en 2100) qui risque de rendre vains tous les efforts déployés pour garantir un avenir acceptable à l’ensemble du genre humain, et impossible la maîtrise du réchauffement climatique. Or, il n’y a aucune fatalité à cette évolution démographique. Divers exemples de PED montrent déjà qu’une action éducative ad hoc, accompagnée de l’accès facilité à des moyens contraceptifs, conduisent à une transition démographique rapide (voir également la position récente du pape François sur la limitation souhaitable à 3 enfants).

– La persistance d’un système des Nations unies où la souveraineté de l’Assemblée générale est de plus en plus bafouée, court-circuitée par les classes dirigeantes des pays les plus puissants et par le capital mondialisé, alors même que les besoins d’outils de régulation et/ou de contrôle internationaux rassemblant la totalité des Etats et ayant des pouvoirs effectifs de contrôle et de sanction sont patents en matière de climat et d’environnement (création d’une « Organisation mondiale de l’environnement » (OME) dotée de véritables pouvoirs), de transition énergétique planétaire (création d’une « Organisation Internationale de l’Energie » (OIE), chargée de gérer de manière acceptable pour tous les pays le recul des énergies fossiles).

– Cependant, à court terme, c’est la transition énergétique qu’il importe d’analyser sans attendre, car elle nécessite des actions rapides tant au plan planétaire que national.

La transition énergétique (planétaire et nationale)

En France, le « nombrilisme hexagonal » fait que le débat sur la transition énergétique et les choix qu’elle comporte reste essentiellement national, ou limité à l’imitation ou non d’un modèle allemand qui se confirme comme conduisant à une impasse majeure.

Or, en réalité, la transition énergétique doit prioritairement se définir au niveau planétaire, pour ensuite être déclinée au niveau de chaque nation. Pour notre pays, s’y ajoute le fait que les grands groupes français de l’énergie (EDF, Areva, Gdf-Suez, Total, Alstom, malheureusement bradé à « General Electric »), leurs centaines de sous-traitants (400.000 emplois au total dans le seul nucléaire), sont fortement impliqués dans les activités internationales touchant à l’énergie et qu’il serait irresponsable de ne pas en tenir compte.

Nous nous en tiendrons ici à quelques constats touchant à la transition énergétique planétaire (qui nécessiterait en fait une étude détaillée spécifique, vu la complexité des problèmes posés).

Les deux grandes énergies matures, susceptibles de dé-carboner rapidement et significativement l’électricité, au moindre coût, dans les pays occidentaux et dans les grands pays émergents (cf. recommandation du GIEC) dans les dix à quinze ans à venir, restent le nucléaire et l’hydraulique.

Pour le nucléaire, un fort développement de celui-ci est d’ores et déjà programmé, notamment en Chine, Inde, Russie, en Corée du Sud, au Royaume-Uni, dans une quinzaine de pays semi-émergents (Moyen-Orient, Asie du Sud, Amérique du Sud-dernier en date, l’Egypte) avec un triplement du nombre actuel de réacteurs (435) passant d’ici 2030-2040 à plus de 1.300 réacteurs. Par ailleurs, 45 autres pays ont déclaré récemment « s’interroger sur l’opportunité d’entamer une production nucléaire ». Toutes les puissances nucléaires (Chine, Russie, Inde, Corée du Sud, USA) s’apprêtent à conquérir ces marchés et il serait suicidaire que l’industrie française ne fasse pas de même (les dernières déclarations de S. Royal montrent une prise de conscience de cette situation : élargir la gamme de réacteurs, construire un réacteur de IV° génération dans la perspective de garantir un approvisionnement en énergie dé-carbonée à bon marché sur des centaines d’années).

Mais ce développement ne peut s’opérer sans une mutation d’envergure dans le système international de contrôle de la sûreté nucléaire qui présente actuellement de graves lacunes, à l’origine en fait des accidents inacceptables de Tchernobyl et Fukushima, lacunes dans la sûreté encore présentes dans divers pays :

Absence de normes internationales obligatoires de sûreté nucléaire et de radioprotection et d’un contrôle international indépendant de celles-ci (approbation préalable des nouveaux types de centrale, de leur implantation, de leur mode d’exploitation, du mode de gestion des déchets à longue durée de vie, existence d’une véritable culture de la sûreté nucléaire, de milliers de spécialistes nationaux qualifiés, d’instances nationales de sûreté nucléaire réellement indépendantes, à l’abri des pressions des entreprises comme de celles du pouvoir politique ou de leurs collusions – voir causes réelle de Fukushima).

Or, l’outil international susceptible d’exercer ce contrôle, avec les compétences nécessaires, existe déjà, c’est l’AIEA. Mais celle-ci est paralysée, car les cinq « puissances nucléaires » (USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) se sont jusqu’ici opposées à ce contrôle (interférence avec un nucléaire militaire qui devrait disparaître) (1). Mais la situation évolue et la France, unanimement considérée comme possédant le meilleur système de sûreté nucléaire au monde, peut jouer un rôle décisif dans ce combat. Cette orientation devrait normalement bénéficier de l’appui de l’ensemble des forces politiques nationales, y compris écologistes, à condition que celles-ci reviennent sur leurs attitudes passionnelles à propos du nucléaire (2), luxe que notre pays et l’humanité ne peuvent plus se permettre.

L’électricité hydraulique

Celle-ci, fortement présente dans certains pays (voir pays européens déjà cités, le Brésil (électricité quasiment à 100% hydraulique), peut nettement progresser dans d’autres, notamment en Asie, Amérique du Sud, Afrique subsaharienne, même aux USA où une étude récente montre que sa production pourrait doubler.

Pour l’Afrique subsaharienne, par exemple, celle-ci n’exploite que 7% de ses ressources hydrauliques potentielles. Cela signifie que sa production d’énergie globale pourrait tripler rapidement sans augmentation de ses émissions de CO2. Elle est par ailleurs un complément idéal des énergies intermittentes (rapidité de montée en puissance).

Energies intermittentes

Celles-ci n’ont aucune chance de tenir une place significative d’ici 15 à 20 ans dans le « mix »énergétique mondial et encore moins d’y faire reculer significativement les énergies carbonées. Le bilan des deux énergies les plus activement promues par le « capitalisme vert », à savoir l’éolien et le photovoltaïque, est clairement négatif dans un pays comme l’Allemagne qui a beaucoup misé sur elles depuis près de 20 ans. Les garanties de taux de rentabilité exorbitants (10 à 15%) sur 20 ans exigés par le dit « capitalisme vert » pour investir dans ces énergies, dont le coût est supporté par les consommateurs individuels (entreprises exemptées), ont fait que le coût de l’électricité pour le consommateur allemand est le double du prix français. Par ailleurs, malgré cela, la part de ces énergies dans la consommation énergétique globale allemande n’atteignait en 2013 que 2,7 % (1,7 % pour l’éolien, 1% pour le photovoltaïque). Enfin, l’intermittence de ces énergies est comblée par des recours au charbon, au gaz et au lignite, d’où des réductions d’émissions de GES quasi-nulles (taux d’émission allemand 9 tCO2/hab.an) ( 3). D’autres énergies dé-carbonées, comme le solaire thermique ne posent pas ces problèmes, permettant un certain stockage de l’énergie. Par ailleurs, le bilan des renouvelables type biomasse est de plus en plus contesté (études US récentes) à l’échelle planétaire du point de vue réduction des émissions de CO2 (biocarburants en particulier). C’est dire que la recherche sur toutes les énergies dé-carbonées (4), leur évolution, la baisse de leurs prix de revient, doit se poursuivre très activement, car pour l’instant la maîtrise climatique globale n’est pas garantie.

Qui doit financer la maîtrise du réchauffement climatique ?

Ce n’est certainement pas la moitié de l’humanité qui croupit dans la misère, ni les consommateurs des pays occidentaux, dont une bonne partie est accablée par le chômage, total ou partiel, par les politiques d’austérité, souvent en état de précarité énergétique. Il faut se tourner vers les détenteurs de la fantastique accumulation financière qui, par leurs prédations toujours plus poussées, étranglent littéralement la majeure partie de l’humanité. Ce sont les « 1% » qui possèdent désormais plus de 200.000 milliards de $ (5). Il y a quelques années, le rapport « Stern » évaluait à 1 % du PIB mondial (6), l’effort annuel nécessaire pour maîtriser le réchauffement climatique. Soit, actuellement, 750 milliards de $/an (1% d’un PIB mondial de 75.000 milliards de $ en 2013). Cette accumulation insensée de plus de 200.000 milliards de $ continue à croître. Une simple taxe de 0,5% sur la dite accumulation, ne la faisant même pas régresser, rapporterait plus de 1.000 milliards de $/an et financerait largement la maîtrise du réchauffement climatique (la dotation aux PED pourrait être largement accrue). Elle ferait d’une pierre deux coups, en contribuant simultanément à une sortie de la crise actuelle, par relance des investissements publics et recul du chômage.

Maîtriser le réchauffement climatique est donc fondamentalement une bataille politique de grande envergure, impérative, car, sans elle, l’humanité risque de sombrer.

Christophe Magdelaine, Notre planète.Info – Source de l’article 

 

Note :

  1. Par décision d’appliquer enfin le traité de non-prolifération ;
  2. Face à l’obsession du danger du nucléaire, rappel que le nucléaire est de loin l’énergie qui, à puissance installée égale, provoque le moins de morts (étude scientifique US récente) et que les garanties techniques de la sûreté sont à l’horizon.
  3. D’où des baisses des prix de reprise garantis, décidées par A. Merkel, qui vont encore freiner leur progression. Réduction drastique de ces prix aussi en Espagne.
  4. Recherches à poursuivre activement en longue durée pour mise en valeur d’autres énergies dé-carbonées à un prix de revient acceptable, géothermie, hydroliennes, énergie houlomotrice, réacteurs au thorium, énergie de fusion (à long terme), stockage de l’électricité, captage stockage du CO2 (en difficulté). Utilisation d’un solaire thermique et d’un solaire photovoltaïque aux coûts en baisse, en économie d’appel au réseau (pas de vente de l’électricité produite).
  5. Evaluations OXFAM et Crédit suisse en 2013 (taux de croissance de 7%/an!).
  6. Même ordre de grandeur dans une étude récente de l’  « Imperial College ».

1 réflexion à propos de “ Réchauffement climatique et avenir du genre humain-Suite ”

Tous commentaires font avancer la reflexion. Merci d'avance

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s