La comédie européenne

Dès l’origine, les fins se concertent. Paul Valet.

Comprendre la situation actuelle nécessite de se replonger dans nos argumentaires contre l’Acte unique européen, le traité européen de Maastricht, son amplificateur, le Traité de Lisbonne et les textes qui en découlent.

Autant de textes sacrés de la financiarisation qui délimitent l’étroite cage de fer dans laquelle sont enserrés les peuples, en balisant méticuleusement le transfert de plus en plus massif des richesses créées par le travail vers le capital. 

Parmi ceux-ci, le traité budgétaire européen (TSCG) de 2012, puis des paquets de directives entre 2010 et 2015 codifiant la surveillance des politiques budgétaires par la Commission européenne. Ils renforcent l’automaticité des sanctions contre un État ne respectant pas les critères fixés par les traités et imposent la mise en place de plans d’ajustement structurel pour des États connaissant des difficultés financières (1)

Ainsi, les milieux d’affaires ont fait émerger une nouvelle construction politique et économique pour remplacer l’État social par « l’État-dette » placé sous la surveillance permanente des marchés financiers comme l’avouent désormais d’un air pénétré les premiers ministres successifs.

La création de la banque centrale européenne, indépendante de tout pouvoir politique, gérant une monnaie unique en interdisant aux États de recourir à un endettement intérieur, obligeant à ne pas dépasser 3 % de déficit budgétaire et 60 % de dette publique, des richesses produites, ne pouvait qu’aboutir aux explosives contradictions en cours.

Dans une Europe devenue « marché ouvert où la concurrence est libre » où est instituée « la liberté totale de circulation du capital », où les monopoles publics sont interdits, le dumping fiscal entre États est organisé pour faire obstacle à tout accroissement de la taxation du capital. À ceci, s’ajoutent les délocalisations de production qui détruisent le tissu industriel et agricole étouffant l’activité et du travail.

Les fleuves de commentaires de café du commerce sur la valse des premiers ministres cachent ces données fondamentales. Les traités européens et leur renforcement par une multitude de directives dont le nouveau « pacte de stabilité et de croissance réformé » adopté au début de l’année 2024 constitue ce corset de fer dont il convient d’alerter l’immense majorité de celles et de ceux qui n’en peuvent plus de se priver, de souffrir, de s’appauvrir en travaillant dur quand l’infime minorité de l’aristocratie industrielle et financière s’enrichit en spéculant.

[…] Le peuple français qui a majoritairement voté contre le traité constitutionnel rejette d’autant plus ces politiques que l’application du traité européen est le résultat d’un déni de démocratie. Et ce déni a été amplifié par le non-respect du résultat des urnes lors des élections législatives de juillet 2024.

Barnier, Bayrou, Lecornu ne sont donc que des chargés de mission : celle de répondre positivement à la décision de la Commission européenne, approuvée par M. Macron aux réunions du Conseil européen. 

Ils ne répondent pas à un mandat fixé par le peuple, mais à celui fixé par les eurocrates contenu dans la procédure engagée contre la France le 19 juin 2024. […]
On peut y lire le projet en cours qui a servi de trame aux discours des premiers ministres :

On notera bien ici, qu’il n’est nulle part envisagée de trouver de nouvelles recettes en faisant contribuer les détenteurs de patrimoine et de capital.

Le petit groupe (3) qui a rédigé cette note en lien avec l’Élysée est composé de hauts fonctionnaires « très politisés » qui passe allègrement et sans gêne de la direction du Trésor à la direction des cabinets ministériels à Bercy et de Matignon, au secrétariat général de l’Élysée et à la direction de grands groupes capitalistes. Ils confirment dans ce papier que la France respectera « une trajectoire de référence exigeante : un ajustement structurel qui représente 0,6 point de PIB par an en moyenne sur la période et un taux de croissance des dépenses primaires nettes limité à 2 % en 2025 ».

Derrière ce vocable abscons de « dépenses primaires nettes, » se cache la compression de l’ensemble des « dépenses publiques » à l’exception du paiement des charges d’intérêts. On pourra donc fermer des hôpitaux, doubler les forfaits médicament, pousser le projet d’une année blanche pour les rémunérations des agents publics et pour les prestations sociales, mais on ne réduira pas le paiement des intérêts de la dette. 

Le périmètre des consultations que fait mine de mener le Premier ministre ne portera pas sur les fondements de cette trajectoire d’austérité, mais sur la manière de la mettre en œuvre en utilisant ici des annonces cosmétiques, ailleurs des faux-semblants comme l’a été le conclave sur les retraites ou l’abaissement du chiffon rouge des jours fériés ou l’allongement de la durée du sacrifice contenue dans la trajectoire austéritaire entre cinq et sept ans pour réduire l’investissement public et social utile de près de 150 milliards d’€. […]
Débattre de possibles compromis sur cette base est donc d’une totale absurdité. […]


La lettre du 15 septembre 2025 (Extraits). Patrick Le Hyaric.


  1. Textes du « six pack » « two pack » du « semestre européen » contre lesquels nous avons combattu au parlement européen.
  2. Entretien à radio classique 1 septembre 2025.
  3. Voir article Le Monde du 20 septembre 2024 « la bande des quatre, reste aux commandes de l’État »

Une réflexion sur “La comédie européenne

  1. bernarddominik 22/09/2025 / 8h31

    C’est une erreur de croire que la création monétaire soit une solution face au déficit car elle entraîne une dévaluation de fait de la monnaie à travers l’inflation. Une monnaie stable permet au contraire de développer des projets réalistes elle oblige les états à être rigoureux dans leur gestion de l’argent public. Quand j’étais adolescent en Allemagne avec 1 mark on avait une bière ou 1,15 francs. 30 ans plus tard en Allemagne on avait toujours une bière ou 3,5 francs. La monnaie française avait perdu 300% de sa valeur. Et bizarrement les français avaient alimentée leurs livrets A avec leurs petites économies car ils ne se rendaient pas compte qu’ils étaient les dindons.

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