Psychologie d’une arnaque

User/abuser de la cupidité d’autrui…

Parfois, une vie peut basculer à cause d’une publicité. Pour Monsieur X, cela se produit un jour d’octobre 2023. Il reçoit un e-mail dans sa boîte, parmi des centaines d’autres. Mais celui-ci attire son attention. Il y est question de placements financiers offrant des taux de rendement extrêmement intéressants : 9,5% par an !

 Il s’agit d’investir dans des bornes de recharge pour voitures électriques de type Tesla, en Espagne. Notre témoin prend connaissance du message. Puis le referme et poursuit son activité. Cependant, le temps fait son œuvre. Il est intrigué : « Je me disais que c’était trop beau pour être vrai ! Mais j’ai eu envie d’en savoir plus. »

Monsieur X est cadre, gagne plutôt bien sa vie, est propriétaire de sa résidence principale et dispose d’une somme très confortable, provenant en partie d’un plan social survenu dans son ancienne entreprise. Environ 500 000 €, qu’il a placés dans des supports en assurance-vie et dans des SCPI (Société Civile de Placement Immobilier).

A priori, donc, pas de gros besoins. Toutefois, à l’écouter, il nourrit une certaine déception en ce qui concerne la performance des produits financiers proposés par sa banque. Il en attend plus !

D’abord, séduire

Et c’est sans doute cette insatisfaction qui le pousse à composer le numéro de téléphone indiqué sur la publicité. Au bout du fil, un homme d’une soixantaine d’années « à la voix rassurante », nous raconte-t-il. L’individu explique que cet investissement en Espagne fonctionne comme des SCPI, mais avec l’énorme avantage de ne pas être soumis à la fiscalité française. Et qu’il est aisé de récupérer les fonds au bout d’un an. Il annonce à son futur « client » qu’il percevra par virement un loyer mensuel.

Derrière cette offre, se trouve la société GSM France. Monsieur X a tout de même le réflexe de vérifier sur Inter-net. Cette entreprise existe bel et bien. Son siège social se situe en région parisienne et, parmi ses activités, il y a effectivement l’acquisition et la gestion de biens immobiliers, l’obtention de droits d’exploitation et la promotion immobilière.

Après plusieurs mois d’échanges, Monsieur X se sent en confiance et décide d’investir la somme de 15 000 C. « J’ai bien eu quelques sueurs froides au moment de signer, se souvient-il. Je disais à mon interlocuteur que je préférais rencontrer physiquement la personne quand j’effectuais une grosse transaction. Néanmoins, il avait toujours réponse à tout. »

L’escroc le rassure aussi sur ce point en lui déclarant qu’ils vont finir par se voir, car sa société organise très régulièrement des salons.

Ensuite, mettre en confiance

Comme convenu, l’investisseur commence à toucher des loyers. Environ 150 € par mois. Et il est en relation régulière avec son « conseiller ». Via une plateforme internet, il a accès à toutes ses opérations. Il baisse alors complètement la garde. Ou presque. Un détail retient son attention : les intitulés des virements avec des noms d’entreprises espagnoles qui changent tout le temps.

Mais son interlocuteur, une fois de plus, trouve la parade et lui affirme que Tesla est un énorme groupe, avec des entités partout dans le monde, et que c’est normal.

Pratiquement un an après son premier investissement, l’escroc propose à Monsieur X une nouvelle mise : « Cette fois, encore plus intéressante ! Il s’agit de parts dans des boutiques Chanel en Espagne. Une véritable opportunité ! »

L’épargnant, qui n’a aucune raison de se méfier, investit alors 25 000 €. Le même mode opératoire que la première fois est à l’ceuvre.

Enfin, disparaître avec l’argent

C’est à ce moment-là que les échanges avec le pseudo-conseiller deviennent plus espacés. Il est toujours en réunion, en déplacement… Monsieur X se rend au siège de la société GSM France afin de s’assurer qu’il existe bien. C’est la douche froide. La secrétaire ne connaît personne du nom de son contact.

Le nom et les coordonnées de la société ont été usurpés. Très affecté, Monsieur X porte plainte auprès de la gendarmerie. Une enquête est ouverte. Il prend les conseils d’un avocat tout en sachant qu’il est peu probable qu’il récupère ses fonds un jour. « Je suis sous antidépresseurs. C’est un sentiment très fort de trahison et de culpabilité. J’ai suivi une psychothérapie, mais je ne sais pas si je parviendrai à m’en remettre un jour », avoue la victime, encore très en colère.


Pascale Barlet. Revue « Que Choisir » N° 649 Bis


Une réflexion sur “Psychologie d’une arnaque

  1. bernarddominik 28/08/2025 / 18h38

    Un naïf de plus. Un principe général: pas d’affaires par téléphone ou internet. Vérifier que la société a les agréments du ministère des finances, et qu’elle existe depuis au moins 5 ans.

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