Un gouvernement en manque de légitimité !

Vous qualifiez les législatives de juin-juillet 2024 de « vote sans issue ». Un an après, sont-elles toujours sans issue politique ?

« Globalement, oui : pas de majorité à l’Assemblée nationale, une absence de cap, de lisibilité… Quel est l’objectif principal de François Bayrou ? On a du mal à répondre à cette question simple, pourtant si importante en démocratie ».

Il a l’objectif de durer…

« Durer n’est pas un objectif politique. Et le sentiment d’impasse pose une question plus importante encore : quel est le mandat populaire de ce gouvernement ? Il dit par exemple que, pour résorber nos déficits publics, il faudrait supprimer des agences qui ne servent à rien. Pourquoi pas, mais cela n’a pas été délibéré ni tranché par le peuple souverain ».

Les élections n’ont en fait pas délivré de mandat clair…

« Non, car faire barrage au Rassemblement national est peut-être un principe politique, mais ce n’est pas un programme de gouvernement. Il y a de plus décorrélation entre les choix exprimés lors de ces élections et la composition des gouvernements nommés ensuite. Trois forces peuvent réclamer la victoire : le RN, en tête des voix aux deux tours, le Nouveau Front populaire, en tête en nombre de sièges, et le front républicain. Mais aucune de ces forces ne gouverne. D’où une impasse politique puisque tout projet du gouvernement pâtit d’un manque de légitimité ».

La clé de tout cela est à l’Élysée ?

« Oui, Emmanuel Macron en est responsable à double titre. Ses deux mandats présidentiels aboutissent à une victoire écrasante du RN aux élections européennes. Et il a décidé seul la dissolution de l’Assemblée nationale qui génère cette impasse ».

La seule solution serait donc une nouvelle dissolution ?

« C’est l’une des issues possibles, mais je ne suis pas sûr que de nouvelles élections législatives clarifieraient vraiment la situation. Dans un premier temps, plus simplement, les formations politiques devraient montrer qu’elles préparent sérieusement la grande échéance présidentielle de 2027, afin de redonner à leurs électorats un peu de vision, un peu d’espérance ».

Ça veut dire qu’on ne fait rien de fondamental d’ici à 2027 ?

« Toucher à des questions primordiales pose la question du mandat populaire pour le faire ».

Au-delà du rendez-vous de 2027, craignez-vous des conséquences à long terme sur la santé de notre démocratie ?

« La question du bon fonctionnement de la démocratie en France est posée depuis bien avant la séquence électorale de 2024, c’était même le point de départ d’Emmanuel Macron pour sa campagne présidentielle de 2017. Et la séquence de la dissolution a entraîné dans l’opinion publique un sentiment de chaos, de confusion – plus personne ne comprend rien. La France aurait donc tout intérêt à se poser de sérieuses questions sur son modèle démocratique : comment faire en sorte que le pays n’ait pas à nouveau un jour une explosion de colère, comme la crise des Gilets jaunes ? »


Propos recueillis par Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 08/06/2025


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