Son point de vue

Idéalement, dans une France parfaite, il ne devrait pas être nécessaire de descendre dans la rue pour manifester contre l’antisémitisme. Pourtant, on éprouve un grand désarroi et une profonde angoisse devant la multiplication des actes antisémites, qui vont des étoiles de David tracées sur les murs des magasins tenus par des Juifs aux patronymes d’origine juive arrachés des boites aux lettres.

La hargne antisémite a beaucoup d’imagination et va chercher dans les moindres recoins la trace du Juif. Le conflit à Gaza donne aux auteurs de ces actes une illusion de légitimité. Mais on devine, derrière les prétextes fournis par l’actualité, des haines plus profondes, plus anciennes. Aux États-Unis, un professeur a demandé à ses étudiants juifs de se regrouper dans un coin de l’amphithéâtre pour, selon lui, leur faire comprendre ce que ressentent les Palestiniens.

Comment des gens censés être cultivés, qui ont eu la chance de faire des études, peuvent en arriver à de tels raisonnements ? À quoi sert la culture si elle autorise des agissements aussi primitifs ?

Cette question, beaucoup se la sont posée pour comprendre pourquoi une nation aussi civilisée que l’Allemagne, terre de philosophes et d’artistes, avait pu engendrer un monstre comme le nazisme. Aujourd’hui, cette interrogation s’applique à beaucoup d’autres pays du monde, dont certains sont de vieilles démocraties.

Derrière le rejet du Juif, il y a le rejet d’une société sociale-démocrate, avec ses grands principes, souvent difficiles à atteindre et sujets aux sarcasmes. L’obsession de la pureté est une explication possible à ces dérives.

Une société parfaite, sans aucun élément discordant, une sorte de fascisme light, où toute voix dissonante serait effacée. Est-ce pour cela qu’une partie de la gauche n’a pas manifesté dimanche ?

Une frange de la gauche, obsédée parla pureté politique, toujours prompte à ta scission à la moindre divergence, convaincue qu’en excluant de ses rangs les déviationnistes elle atteindra la perfection qui construira un monde parfait.

Avec une telle mentalité, le Juif devient vite un intrus qu’il faut écarter, comme on exclut un dissident politique. Les partis qui n’ont pas d’états d’âme à mettre en œuvre des purges dans leurs rangs, afin d’en extirper et d’éliminer les traîtres, n’ont plus aucun garde-fou pour faire de même avec l’ensemble de la société.

Après leparti, c’est toute la société sociale-démocrate qui doit être purgée de ses anomalies. Au premier rang desquelles le Juif, ce perpétuel suspect, toujours sommé de s’excuser d’être ceci et de ne pas être cela. Éternellement mis en demeure de démontrer son utilité. À quoi sert le Juif ? Le Juif existe-t-il vraiment ? La culture juive, l’identité juive sont-elles réelles ? Ne sont-elles pas des créations de la social-démocratie occidentale ? Comme d’ailleurs l’État d’Israël ? Ces questions-là n’existent que pour le Juif.

Personne d’autre sur terre ne doit autant se justifier de sa nécessité et de sa réalité. Ce n’est pas exactement la même chose que le racisme, qui dénigre et exclut, comme le xénophobe qui veut renvoyer les étrangers dans leur pays d’origine.

Mais pour le Juif, quel est son pays d’origine, puisqu’on lui refuse d’en avoir un ? Si le raciste ne veut pas vivre aux côtés de l’étranger, l’antisémite, lui, ne veut pas que le Juif vive. On est dans la négation mème de la réalité du Juif. Le Juif n’est pas, et s’il en subsiste une trace, elle doit être supprimée.

La réussite sociale du Juif devient alors insupportable à l’antisémite, car elle témoigne de sa simple existence. Le Juif ne doit pas être. Ni sous la forme d’un État, ni même par des noms inscrits sur des boites aux lettres. L’obsession de la pureté politique qui structure certain parti ne pouvait que croiser un jour la route de l’antisémitisme.


Éditorial de Riss. Charlie hebdo. 15/11/2023


Une réflexion sur “Son point de vue

  1. bernarddominik 17/11/2023 / 8h59

    A côté de ses pompes.
    Que quelqu’un soit juif ou pas, tout le monde s’en fout. Il n’y a que quelques minuscules minorités qui en font cas.
    J’ai travaillé avec des gens dont certains étaient juif, parfois on le savait parfois pas, il n’y avait aucune différence, ils bossaient comme tous les autres, personne n’en faisait cas et personne ne parlait de juif. L’antisémitisme est un phénomène très marginal dont brusquement tout les journaux parlent, quant aux actes antisémites recensés, je n’en ai vu aucun ni entendu parler par mes amis et voisins. D’ailleurs Darmanin ne garde bien de préciser de quoi il s’agit. Il y a toujours eu des dégradations de cimetières et on ne parlait que de celles de juifs, comme si les autres ne signifiaient rien.

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