« Le Consentement »

Le film : dont s’emparent les adolescentes via les réseaux sociaux…

Depuis sa sortie, le 11 octobre, le film « le Consentement » fait mentir la règle qui prévaut au cinéma, puisque, après un démarrage au ralenti – 60 000 entrées enregistrées la première semaine –, il n’a pas été chassé des grands écrans. Au contraire, il explose désormais les scores : plus de 23 500 entrées pour la seule journée du 1ᵉʳ novembre.

Il porte à l’écran la relation entre l’adolescente et l’écrivain Gabriel Matzneff, de près de trente ans son aîné. L’emprise du pédophile sur sa victime est exposée sans filtre tant dans les dialogues que dans les actes sexuels. C’est ainsi tout le mécanisme de manipulation qui est explicité. Que les jeunes filles s’emparent de ce sujet éclaire sur une évolution des mentalités qu’on ne peut que trouver rassurante et applaudir.


Scarlett Bain – Source  

La réalisatrice Vanessa Filho a préféré nous accompagner dans l’éblouissement adolescent de la jeune victime, charmée par un vieux beau tout-puissant, qui sut séduire le Tout-Paris littéraire et politique, les adultes et tous ceux qui décident. Si les premières images nous présentent un homme fat, sûr de sa prestance et par là-même odieux, on arrive cependant à saisir comment sa proie lui a été en partie offerte, et comment il a su s’emparer du reste par une cour assidue, oppressante, dont la cible était une gamine préadolescente, qui ne fut jamais protégée.

Certains plans filmés comme les photos à contre-jour de David Hamilton, allusion qui n’est sans doute pas innocente, appuient parfois trop lourdement la mise en scène. Mais l’on ressort bien écœuré par l’impunité de cet odieux personnage misogyne, violeur d’enfants, porté aux nues par une communauté malade, fascinée par la liberté affirmée, la transgression revendiquée d’un beau parleur quinquagénaire, vampire de l’enfance, aux gestes pourtant redoutés par ses laudateurs.

La mère de Vanessa ne s’inquiète-t-elle pas de son esprit de débauche après lui avoir pourtant présenté sa fille de 13 ans ? On saisit la vie béante de Vanessa Springora, creusée, détruite par les abus de pouvoir de ce manipulateur. L’autrice, créditée au générique, a été sollicitée par la réalisatrice tout au long du processus. Cette adaptation l’a à nouveau bouleversée.

On aimerait refermer le livre ou quitter la salle serein, sereine. Comme après avoir exercé une vengeance réparatrice. On en sort blessé, dégoûté, triste. Les acteurs jouent malheureusement juste. Kim Higelin est incroyable de timidité et de caractère. Elle incarne une force enchaînée qui peu à peu tente de se libérer. Quant à Jean-Paul Rouve, on oublierait presque qu’il joua autrefois un Robin des bois jovial et facétieux. Désormais, on ne le verra plus qu’en horrible Matzneff.


Kareen Janselme. Source

Alors que le film a bien failli ne plus être diffusé à partir du 29 octobre 2023…

Tout cela grâce au développement d’un trend Tik Tok, avec des postes à 1, voire 2 millions de vues, ou des jeunes (surtout les jeunes filles), se film avant, pendant et après une séance de film pour faire part de leurs émotions.

« Les ados se sont emparés du film par eux-mêmes », a expliqué Marc Missonnier, son producteur sur X (ex Twitter).

Pour tenter d’expliquer cet engouement, le producteur évoque une identification très forte au personnage de Vanessa Springora, interprété par Kim Higelin ; le regard de la réalisatrice sur l’adolescence et ses « sentiments exacerbés » dans lequel beaucoup de jeunes spectatrices se seraient reconnues ; et aussi la puissance même du titre, « Le consentement » étant un mot crucial pour cette génération.


Lu dans Télérama du 08/11/2023


N'hésitez pas à commenter