Émancipation polonaise

Nous avons créé une propagande à un niveau pire que sous le communisme dans les années 70 »,

… a reconnu Marcin Wolski, l’un des dirigeants et ancien présentateur vedette de la chaîne publique polonaise TVP2, au lendemain de la défaite électorale aux législatives, le 15 octobre, du parti nationaliste PiS (Droit et Justice), dirigé par le très conservateur Jaroslaw Kaczynski.


Depuis huit ans, ce catholique traditionaliste gouvernait la Pologne d’une main de fer : durant deux mandats, il a remis en question l’Etat de droit, placé sous tutelle la justice, généralisé la corruption, censuré les médias, lutté contre la communauté LGBT et mené une bataille féroce contre le droit à l’avortement. Autant de spécialités qui ont conduit Bruxelles à geler les fonds européens versés à la Pologne, pourtant membre à part entière de l’Union.

Une antenne du parti

Le 16 octobre, lors de son intervention devant le très droitier forum de discussion Klub Ronina à Varsovie, Marcin Wolski (suspendu de TVP six mois avant les élections) a expliqué que, durant des années, les chaînes de la télévision publique polonaise avaient « propagé l’agressivité, la haine et les mensonges au profit exclusif du pouvoir. Cette nation a tout simplement été humiliée par la propagande qui s’est déversée ces derniers mois (…). La logique stalinienne a gagné : celui qui n’est pas avec nous est contre nous ».

Avant ce constat, les observateurs internationaux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), envoyés sur place pour surveiller le déroulement de ces législatives, en étaient arrivés aux mêmes conclusions. Dans leur rapport préliminaire, ils relevaient que, pendant la campagne, TVP avait « délibérément déformé les événements en promouvant le parti au pouvoir. . . tout en attaquant lourdement son principal rival politique ».

Selon leurs observations, 80 % de la couverture médiatique de l’opposition par TVP était « négative », alors que celle concernant le PiS était « souvent conçue pour amplifier les messages de campagne du parti ». Et concluaient que, « sous le PiS, TVP [était] devenu le porte-parole du parti ». Las, ça n’a pas suffi !

Donald Tusk, le leader de l’opposition centriste proeuropéenne de la Plateforme civique (PO), est appelé à succéder à Kaczynski. Ex-Premier ministre polonais (de 2007 à 2014) et ex-président du Conseil européen, Tusk a promis de relancer un projet de loi déposé l’année dernière par l’opposition, et retoqué faute de majorité au Parlement, visant à supprimer TVP Info, la chaîne publique d’info en continu, considérée comme « un média de propagande ».

Tout de suite les grands mots !


Article signé des initiales L. C. Le Canard enchaîné 25/10/2023


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