Gaz du Haut-Karabakh…

L’Europe baisse son froc pour le gaz de Bakou

Au moment où vous lirez ces lignes, la grande majorité des 120 000 habitants du Haut-Karabakh, présents sur leur sol depuis deux mille cinq cents ans, auront quitté leur pays et trouvé refuge en Arménie. C’est évidemment une catastrophe humanitaire que cet exode rendu inévitable par la dernière attaque militaire en date commise par l’Azerbaïdjan, mais ces réfugiés, comme l’Arménie, ont besoin de soutien, pas de lamentations.

Or de soutien, ils n’en ont pas eu. Pourtant, depuis la fermeture, en septembre 2022, du corridor qui relie le Haut-Karabakh à l’Arménie, l’issue était prévisible : coupés du monde extérieur, affamés au sens propre du terme par un blocus ayant pour but une épuration ethnique totale, soumis à des exactions dans la partie du territoire reprise par Bakou, les habitants du Haut-Karabakh n’ont eu d’autre choix que de cesser le feu et d’accepter, pour éviter un génocide, que leur terre passe sous la souveraineté du régime Aliyev. Au 1ᵉʳ janvier 2024, la république d’Artsakh cessera donc d’exister.

Elle a été trahie par l’Europe et l’Occident. On pourrait même dire qu’elle a été vendue pour un plat de lentilles, mais composé de pétrole et gaz. C’est Ursula von der Leyen qui a formalisé la transaction honteuse en juillet 2022, lorsqu’elle s’est rendue à Bakou pour signer un contrat assurant l’Union européenne d’être livrée en hydrocarbures pour compenser ce qui n’arrivait plus de Russie.

Naturellement, quand vous êtes ainsi généreusement secouru, il faut remercier votre bienfaiteur. Comment ? En détournant le regard quand il s’attaque aux Arméniens, continue à nier le génocide de 1915 et déroule impitoyablement son plan de réalisation d’une continuité territoriale entre la mer Caspienne et son alliée, la Turquie.

Ce plan, toutes les chancelleries le connaissent. Et aussi les élus qui vont manger dans la main du régime Aliyev au point de devenir ses agents d’influence. Les mêmes, souvent, qui ne veulent pas de la Turquie dans l’Europe, mais qui font tout pour que l’espace de l’ethnicisme panturc s’étende des Balkans aux confins de l’Asie centrale.

On pourrait s’étendre longuement sur les responsabilités qui ont mené à ce qu’une terre historiquement et culturellement arménienne devienne une partie de l’Azerbaïdjan, obligée de faire sécession pour sauvegarder sa spécificité.

Ainsi, Staline est coupable d’avoir décidé le rattachement du Haut-Karabakh à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan le 4 juillet 1921, alors que 94 % des habitants étaient arméniens et que les cendres du génocide de 1915 étaient encore fumantes. L’ONU a, dès les années 1990, soutenu contre toute logique que le Haut-Karabakh était, en droit international, une terre azérie.

Le groupe de Minsk, créé par l’OSCE pour trouver une issue pacifique au conflit, avec les États-Unis, la France et la Russie comme coprésidents, a été d’un aveuglement total sur un point : le contentieux entre les deux parties ne porte pas sur des kilomètres carrés, c’est un conflit de civilisations, que cela plaise ou non.

Le Haut-Karabakh, christianisé vers 450, a connu, à partir du VIIe siècle, la domination du califat, l’invasion de Tamerlan puis celle de la Perse, puis de la Russie impériale, puis de l’URSS. Or le Haut-Karabakh veut rester envers et contre tout de culture arménienne, tout en ayant son histoire propre, et non être absorbé dans une aire turcique dont on sait par l’expérience que, sous sa forme empire, puis sous Atatürk et jusqu’à nos jours, elle n’a que faire du droit des minorités.

Lequel semble importer à l’Europe partout dans le monde, sauf lorsque ce sont des chrétiens d’Orient qui sont concernés. Poutine, lui, embourbé en Ukraine, est débarrassé d’un conflit gelé. Tout le monde est content, la messe est dite.

Mais il ne faut pas lâcher car les mois qui viennent peuvent, l’appétit venant en mangeant, conduire Bakou à s’en prendre directement au territoire arménien et à mener au Haut-Karabakh une politique de répression sans pitié.


Alexandre Benech. Charlie Hebdo. 04./10/2023


Une réflexion sur “Gaz du Haut-Karabakh…

  1. Bernard Dominik 05/10/2023 / 22h09

    S’il ne reste aucun arménien au Haut Karabakh, les azeri auront de la peine à y pratiquer une répression sans pitié. Cela dit c’est triste, mais la fuite des arméniens est une erreur, il fallait prendre Alyev au mot.

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