On peut s’en fiche…

… Pourtant, analyser le mal-être sociétale est nécessaire pour retrouver une société ouverte à la collectivité, débarrassée d’un individualisme régnant, régressant.

À trop s’éparpiller, la sociologie s’est éloignée de son but premier : comprendre les grands principes qui régissent les sociétés humaines.

Bernard Lahire s’y attelle dans un livre ambitieux, “Les Structures fondamentales des sociétés humaines”.


Sombre constat que celui de Bernard Lahire, directeur de recherche CNRS (centre Max Weber / ENS de Lyon), qui jette un regard sévère sur sa discipline. Ou plutôt, sur ce qu’elle est devenue. Empruntant des chemins toujours plus étriqués, elle a fini par se couper des grandes questions existentielles qui agitent l’humanité.

Émiettée en une infinité de fragments, elle se serait appauvrie sur le plan théorique, jusqu’à s’enfermer dans des aires géographiques, des périodes historiques et des objets étroits. Hermétique aux conclusions de la biologie, elle a eu la présomption de croire qu’elle pourrait se suffire à elle-même. Dans Les Structures fondamentales des sociétés humaines, l’auteur relève un défi colossal : dessiner les grandes lois qui structurent toutes les sociétés humaines.

Il ne part pas de zéro. Depuis le XIXe siècle, cent cinquante ans de travaux empiriques ont été accumulés. Bernard Lahire a ainsi compilé plus d’un millier de références dans le domaine de l’anthropologie, de la sociologie, de l’histoire, de la linguistique, de la préhistoire, de la paléoanthropologie, de l’éthologie, de la biologie, des neurosciences…

« Pourquoi la domination ? » en est une.

Si on pose cette question à n’importe quel sociologue, il répondra : « Quelle domination ? À quelle époque ? Dans quel type de société ? » Et il aura raison, en un sens, car celle-ci peut prendre des formes très diverses selon le contexte.

En même temps, force est de constater que les rapports de pouvoir sont un invariant de toutes les sociétés humaines. Aucune n’est structurée autour de relations parfaitement équilibrées entre les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes, les riches et les pauvres.

Autre exemple : pourquoi sommes-nous tellement attirés par ceux qui nous sont proches, au point de leur donner la préférence ? Népotisme, ethnocentrisme, racisme s’observent dans toutes les sociétés. L’opposition eux / nous se retrouve dans les batailles de clocher, les guerres entre quartiers, les conflits entre ethnies…

Pourquoi, encore, le rapport au sacré existe-t-il dans toutes les sociétés, même si ses formes varient ? Les sciences sociales ont renoncé à explorer ces grandes questions pour se concentrer exclusivement sur l’étude de cas particuliers.


Marion Rousset. Télérama. Source (extraits)


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