Accumulation de gaffes…

… tourmentes à la DGSE !

Depuis qu’il a pris les rênes de la « Boîte », il y a six ans, Bernard Emié a accumulé tant de déveines et de loupés que sa tête est désormais sur le billot.

Tout commence en juillet 2020.

Une histoire de Pieds-Nickelés vient ternir la légende du Service savamment bâtie par le réalisateur Eric Rochant. Deux militaires de la DGSE, chargés du gardiennage d’un centre ultrasensible de la maison – celui où officient les clandestins du service action -, se font coffrer par une patrouille de police au moment où ils s’apprêtent à occire une conseillère en coaching.

La crim découvrira par la suite que les deux zozos se sont fait enrôler comme tueurs à gage pour arrondir leurs fins de mois et ne sont que les exécutants d’une loge maçonnique devenue organisation criminelle…

La piscine retournée

Tout aussi atterrant : lors de ce même été 2020, deux ex-agents de la DGSE écopent de huit et douze ans de prison pour trahison. « Des agissements d’une extrême gravité », tonne alors Emmanuel Macron.

Les deux espions ont tout bonnement livré des informations confidentielles à la Chine, parmi lesquelles des notes classifiées. Mieux, l’un des deux traîtres retournés par les Chinois est l’ancien responsable du département de contre-espionnage ! Mortier n’a pas de chance. Pour une fois que le Service disposait d’un agent parlant bien le mandarin !

En octobre 2022, la série noire continue. Bernard Bajolet, le prédécesseur de Bernard Emié, est mis en examen par un juge pour complicité de tentative d’extorsion. Une première, pour un directeur de la « Boîte ». Un affairiste franco-suisse, accusé d’avoir barboté 15 millions d’euros à la DGSE, a porté plainte après que les services lui ont mis la pression pour récupérer son magot. Le plus ballot, c’est qu’Emié lui-même a provoqué la mise en examen de son ex-patron, en déclassifiant à tire-larigot des documents sur les dessous de l’opération.

Encore plus fâcheux : la cécité de la DGSE dans des dossiers diplomatiques vitaux. Bernard Emié a été incapable d’alerter Emmanuel Macron sur un retournement d’alliance militaro-industrielle aux conséquences dévastatrices à Canberra.

Le 15 septembre 2021, le Premier ministre australien dénonce sans préavis le contrat du siècle – la commande à Naval Group de 12 sous-marins Barracuda pour 56 milliards d’euros. Terrible camouflet pour le Président…

Le service n’a pas vu venir non plus l’invasion russe en Ukraine, en 2022, ni aucun des derniers coups d’Etat militaires en Afrique, qui est pourtant son bac à sable. Une cécité qui, comme l’a révélé « Le Canard » (2/8), a rendu Macron furieux.

Le 29 juillet, lors du Conseil de défense à l’Elysée, Emié s’est fait souffler dans les bronches pour ne pas avoir flairé le putsch qui venait de se produire au Niger : « Le Niger après le Mali, ça fait beaucoup. » Et le chef de l’Etat d’enfoncer le clou : « On voit que le mode de fonctionnement de la DGSE n’est pas le bon. Si on ne voit rien venir, c’est qu’il y a un problème. » Macron l’a d’autant plus mauvaise que le Niger était l’un des derniers alliés de la France au Sahel dans la lutte contre le terrorisme islamiste et que ses mines d’uranium font tourner une partie des centrales d’EDF…

La piscine sous l’eau

Pour sa défense, le grand chef de la DGSE n’a trouvé à exhiber qu’une malheureuse note, rédigée quatre mois avant le coup d’Etat. Las ! au dire des intéressés ayant lu la bafouille, cette dernière ne contenait « aucun renseignement exploitable ». D’ailleurs, quand le chef d’état-major des armées se rend, le 11 mars, au Niger, la DGSE ne l’a visiblement pas briefé. Au côté de son homologue, le général Salifou Modi – celui-là même qui, un mois plus tard, participera au putsch, devenant dans la foulée le numéro deux de la junte -, Thierry Burkhard se réjouit : « C’est un partenariat qui fonctionne bien, même s’il y a toujours des choses à améliorer, qui progresse avec une vraie fraternité d’armes, les soldats nigériens et les soldats français côte à côté pour lutter contre le terrorisme. » Bien vu !

Pourquoi nos espions se sont-ils autant plantés ? Le coup d’Etat d’août 2020 au Mali a été organisé, lui aussi, au nez et à la barbe de la DGSE. Le colonel Assimi Goïta n’avait pourtant pas caché ses accointances avec les paramilitaires russes de Wagner, assez peu francophiles. Résultat : deux ans plus tard, les 5 000 bidasses français stationnés dans le pays pour contenir les groupes armés islamistes ont été priés de dégager.

La piscine ensablée

Bis repetita au Burkina Faso, où, après deux coups d’Etat non anticipés par la DGSE, les forces spéciales françaises, qui se trouvaient sur place depuis quinze ans, ont été sommées, en février dernier, de faire leur paquetage. Ne restait plus que le Niger pour accueillir nos pioupious ! A présent, notre ambassadeur à Niamey est barricadé, et 1 500 soldats sont retranchés dans leur base, obligés de « taper » dans leurs rations de combat, faute de ravitaillement…

« Le coup d’Etat au Niger, c’est notre plus grand fiasco depuis le calamiteux sabotage du « Rainbow Warrior », en 1985 », déplore un ancien officier de la maison interrogé par « Le Canard ». Pour un autre de ses camarades, encore en service, c’est l’ensemble de la stratégie qui est à revoir : « Il faut arrêter le tout-techno . Surveiller les ordinateurs ou les téléphones portables permet de localiser un terroriste pour l’éliminer mais pas de savoir ce qu’un dirigeant étranger ou son entourage a dans la tête. Pour cela, il faut des sources humaines. » Aujourd’hui, la direction technique de la DGSE, qui gère les Grandes Oreilles, ponctionne les trois quarts des 933 millions d’euros de budget annuel et mobilise la moitié des 7 000 agents. La lutte contre le terrorisme a tout englouti.

Grâce au travail de ciblage de la DGSE, près d’un millier de djihadistes ont été éliminés en l’espace d’une dizaine d’années au Sahel, en Libye, en Syrie et en Irak. « Comme il fallait faire des choix, la centrale a lâché le renseignement politique en Afrique et en Russie… » soupire notre expert.

Et, ça, ce n’est pas dans « Le Bureau des légendes », dont la production a été arrêtée. Il n’y avait plus que des mauvaises histoires à raconter ?


Odile Benyahia-Kouider et Christophe Labbé. Le Canard Enchainé – 13/09/2023


Une réflexion sur “Accumulation de gaffes…

  1. bernarddominik 19/09/2023 / 9h07

    Oui la dgse est au fond du trou, avec un président peu au fait de la diplomatie

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