C’est NON !

Le chanteur vivant — le « plus aimé » des Français — se fâche contre une bio non souhaitée

Le creux du mois d’août ou l’effet nostalgie ?

Depuis deux semaines, on ne voit plus que lui : la une du « Parisien » et de « L’Obs » le même jour (16/8), de « Libé » le lendemain, celle du « Point » quinze jours plus tôt, des sujets sur toutes les radios ou presque… Une folie médiatique qui l’amuse ou l’agace, c’est selon.

Lui, c’est Jean-Jacques Goldman, 71 ans, retraité depuis… plus de vingt ans. Il va très bien, merci.

Cet adepte du « pour vivre heureux, vivons caché » applique ce principe en famille, à Londres, depuis quelques années. Car, si on le voit beaucoup, on ne l’entend pas, sinon à travers ses chansons, diffusées en moyenne près de cent fois par jour.

Un livre, sorti le 18 août 2023, est prétexte à ce raz de marée.

Une biographie écrite par Ivan Jablonka (1), écrivain et professeur d’histoire – le simple pedigree de l’auteur dit à lui seul combien le regard sur Jean-Jacques Goldman a changé dans les milieux intellectuels et au sein d’une certaine gauche.

  • Oublié, le « chanteur à deux balles » pour « midinettes ».
  • Renié, cet article méprisant publié par « Libération » avant un concert, qui avait mis l’artiste en rage.
  • Aujourd’hui, Goldman est rangé parmi les chanteurs à textes et les auteurs visionnaires. Mieux, Jablonka l’érige en symbole de la « deuxième gauche », l’« équivalent, écrit-il, d’un Rocard en politique ».

Qui dit mieux ?

Il a fait un bouquin tout seul

Goldman, lui, n’a rien oublié. Non pas qu’il soit d’un naturel rancunier ; après tant d’indignités, il considère simplement ne pas mériter cet excès d’honneurs.

Aussi, depuis Londres, ne lance-t-il aucun appel. Et se contente-t-il de cette mise au point pour « Le Canard » : « Je n’ai jamais rencontré cet auteur, mes amis non plus, et je suis triste pour tous les gens qui se font duper en achetant ces livres qui parlent de moi. »

En vérité, Ivan Jablonka a sollicité des entretiens avec Goldman, les membres de sa famille et ses plus proches amis, qui ont tous refusé. Mais, histoire de se donner le beau rôle, il a prétendu le contraire dans son livre et dans l’une des nombreuses interviews qu’il a données à l’occasion de sa sortie : « Je n’ai pas cherché à le rencontrer, car j’ai estimé qu’il fallait respecter sa disparition (sic), [mais] ce n’est pas un problème, car le métier d’historien consiste à aller sur les traces des gens. L’histoire est une enquête dans l’absence » (« Libération », 17/8).

Dans « L’Obs », il en rajoute : « Au moment où il a choisi de suicider (re-sic) son personnage public, il est devenu un être d’histoire. C’est pourquoi mon livre est légitime, et même nécessaire. »

Forcément, voilà qui agace le chanteur et compositeur aux 28,5 millions d’albums vendus et l’a poussé à sortir, prudemment et furtivement, de sa réserve. Il n’en dira pas plus. Il y a quelques années, lorsqu’il était devenu la « personnalité préférée des Français », devant l’abbé Pierre, dans le classement du « Journal du dimanche », il avait demandé que son nom soit retiré du palmarès. Et n’avait accepté qu’il y soit réintégré qu’après le décès du vénérable ecclésiastique.

Goldman n’a pas le pouvoir de faire retirer son nom d’un livre qui n’a pas son agrément. Il laissera donc à d’autres le soin de vivre, au fil de ces pages qu’il veut ignorer, sa vie par procuration.


Bruno Dive – Le Canard Enchainé.23/08/2023


  1. « Goldman », par Ivan Jablonka, Seuil, 400 p., 21,90 C.

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