Ruissellement interne

On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

La Cour des comptes raconte comment 200 salariés de Bpifrance ont rapidement doublé leur mise en investissant dans un fonds de placement maison (« Marianne », 20/7). La Cour, évoquant un possible « conflit d’intérêts », a saisi, le 19 juillet le Parquet national financier pour qu’il tranche cette « question déontologique ».

Sur demande de Bercy, la Bpifrance avait créé, en octobre 2020, « BE1 », un fonds permettant au public d’investir dans ce que les professionnels appellent le « private equity » des sociétés à forte rentabilité, non cotées en Bourse. BE1 avait été lancé alors que l’économie – et donc la valeur des entreprises – était au plus bas du fait de la crise du Covid. Et, évidemment, quand l’économie est repartie, début 2021, ç’a été le jackpot_ Les quelque 3 000 investisseurs ont vu en deux ans et demi leur placement (95 000 euros au maximum) doubler.

Mais – et c’est là le problème -, parmi ces bienheureux, se trouvaient 200 des 3 400 salariés de Bpifrance, dont le patron lui-même, Nicolas Dufourcq. Or, note la Cour des comptes, certains de ces salariés étaient bien placés pour con naître les perspectives économiques des 1500 entreprises mises dans BE1. Des « initiés », en quelque sorte ? Bercy, en tout cas, avait tiqué et, lors du lancement d’un second fonds, « BE2 », avait exigé que les salariés de Bpifrance ne puissent pas y souscrire.

D’un autre côté, si on obligeait les banquiers à investir dans les placements qu’ils conseillent à leurs clients, il y aurait moins d’épargnants grugés.


Article signé des initiales H. M. Le Canard 26/07/2023


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