Cent jours et puis…

… et puis rien, toujours le même bordel… mêmes injustices, peut-être même amplifiées avec la police se rebiffant, exigeant une justice bien particulière tout en poursuivant ses sévices…

Cent jours, c’est long, et c’est surtout loin pour Macron. Loin parce qu’il fait comme si ce laps de temps qu’il s’est lui-même fixé, de l’après-crise des retraites aux récentes violences urbaines, appartenait déjà au passé. Mais loin aussi en distance, puisqu’il a choisi de s’autosatisfaire de son « bilan » de la période en question en Océanie, 16 743,62 km entre Paris et Nouméa au plus court ! Difficile de trouver plus éloigné pour s’exprimer sur les « cent jours d’apaisement ».

Mais, quand on n’a pas grand-chose à dire, un brin d’exotisme peut enjoliver la vacuité du discours. De même que le décalage pas seulement horaire du propos. Lequel tient en peu de mots. Au point de devoir les répéter, comme « l’ordre, l’ordre, l’ordre », que le Président, insistant aussi sur « la sécurité », a martelés en guise de « première leçon » tirée des scènes d’émeutes et de chaos qui ont touché le pays.

Pour les leçons suivantes, ce sera plus tard. « Le retour à l’autorité à chaque niveau et d’abord dans la famille » sera, c’est le mot, un « chantier » à ouvrir « à la fin de l’été ». Car « l’ordre, l’ordre, l’ordre » vaut aussi pour l’agenda présidentiel, dans lequel tous les sujets susceptibles de fâcher ont été repoussés aux pages « dans quelques semaines » ou « rentrée ».

Certes, il a bien fallu, en matière d’ordre et de sécurité, évoquer les propos du directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, pour lequel « un policier », comme celui de la BAC de Marseille incarcéré préventivement pour des violences volontaires aggravées, « avant un éventuel procès n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail. » Une façon pour la police, avec le soutien du ministre de l’Intérieur, de critiquer la justice, sur laquelle, là encore, Macron a fait très court.

En tant que « garant des institutions », il ne peut pas « commenter ». Et en tant que théoricien du « en même temps », il trouve que oui, mais non. Il « comprend l’émotion » des policiers marseillais, mais « nul en République n’est au-dessus de la loi ». Alors qu’une autre affaire du même genre se profile à Marseille, pas question de se laisser plomber le voyage ! Le bout de ces « cent jours d’apaisement » doit être apaisant.

Il faut savoir aussi profiter de la visite en Océanie, « construire la suite » et le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie, s’émerveiller de sa barrière de corail, et aller voir plus loin les merveilles cachées de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Chaque chose en son temps, et de préférence après ce voyage et les vacances. Et il conviendra d’en profiter, car la rentrée risque d’être un peu chargée.

Pas seulement parce que la « planification écologique » y sera « détaillée », ou parce que tous les sujets éruptifs y ont été évacués. Mais d’abord parce que le principal problème de ce quinquennat, celui de la pénalisante absence de majorité absolue, n’est en rien résolu. Il va évidemment se poser de nouveau à l’automne, auquel, déjà, par souci d’« apaisement », Elisabeth Borne avait, au début des cent jours, repoussé des textes à risque.

À commencer par le projet de loi sur l’immigration, derrière celui de la loi de programmation des finances publiques ? Deux cas où les « majorités d’échange » que l’exécutif appelle de ses vœux sont loin d’être acquises d’avance.

L’automne n’est pas dans cent jours, autrement dit pas loin, mais, pour Macron et son « choix de confiance » et « d’efficacité », Borne, il risque d’être un peu long.


Erik Emptaz. Le Canard Enchainé. 26/07/2023


3 réflexions sur “Cent jours et puis…

  1. bernarddominik 27/07/2023 / 12h22

    Le tir de lgbd à bout portant et le passage à tabac du jeune marseillais Heidi sont scandaleux. Les policiers coupables doivent être jugés pour tentative d’homicide volontaire. Et donc la prison est normale. F Veaux à tort de couvrir des policiers criminels. La police est là pour assurer la sécurité des personnes et des biens pas pour agir comme de vulgaires voyous. Autant je ne pleure pas sur la mort d’Adama Traoré voyou dangereux, pour Nahel on peut à la rigueur admettre que l’abus entraîne l’abus, autant pour Heidi les policiers sont inexcusables

    • Libres jugements 27/07/2023 / 16h12

      Chacune, chacun, aura (ou devrait avoir) un avis personnel sur ces différentes affaires dans lesquelles sont impliqués certains policiers.
      Reste que la justice doit être la même pour tout à chacun, la transgresser mérite sanction sans discernement.

  2. laurent domergue 28/07/2023 / 18h21

    Pour parler de ce dont la police est capable il faut y avoir été confronté !

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