Un père maternel


Sa tendre force, est d’un ange, je crois, ou d’un homme de ce genre, d’une bonne et transparente féminité.
Inconditionnel, c’est éclatant; la paix même, sans faiblesse, sans avarice. Non l’ange ordinaire, étincelle d’un feu plus grand, mais l’angendreur.
Il m’a donné un enfant. Frêle.
Pas plus grand qu’une cartouche de lait; son corps : une capsule de vie, un flacon. En forme de biberon pour une mystérieuse tétée.
Mon si-petit est ce que j’éprouve pour lui : un amour surnaturel; Et maintenant l’alimenter.
Un lait viendra-t-il aux lèvres, ou quelle haleine, ou la queue gonflée d’une vautoure ?
Source : le père : sa mère ; ou qui ?
Et, avec une lente douceur s’infiltre l’encre de vie. Son parfum m’extasie. Je te reconnais.
C’est toi !, c’est lui !, c’est en lumière et sans limite la force qui me dit : Amour !
Nécessité de l’autre jour.


Hélène Cixous (née en 1937)


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