Hors jeu…

… c’est ainsi que l’immarcescible François Bayrou, définit lui-même, dans un accès de réalisme, sa position dans la course à la succession d’Élisabeth Borne à Matignon.

Ses vieux déboires judiciaires dans l’affaire des assistants parlementaires européens l’empêchent, admet-il encore, d’être « en quoi que ce soit dans cette course-là ».

Ce n’est pas faux. Mais l’empêché, faute d’espérer devenir Premier ministre, n’en dispose pas moins d’un poste de première importance celui de haut-commissaire au Plan. Certes, il s’y est encore peu fait remarquer par l’ampleur de ses travaux, mais rarement les plans, même si ce ne sont pas les siens, auront autant été d’actualité. Pas un jour ne passe sans que Macron, ou le gouvernement, en annonce un ou plusieurs nouveaux. Il y a des plans sur tout et sur tous les plans.

Rien que cette semaine, nous avons droit, pour commencer, au plan du gouvernement pour freiner la dépense publique. Vaste programme (ladite dépense a augmenté de 100 milliards en trois ans) et petit plan (10 milliards d’économies par an). Mais il faudra néanmoins trouver un autre plan pour calmer les mécontentements, car le choix des secteurs sur lesquels l’exécutif va réduire les frais (aides à remploi, dépenses de soins, etc.), ajouté à la fin du « quoi qu’il en coûte », va forcément faire grincer.

Pas autant que le plan de réforme des retraites, dont le fameux COR, le Conseil d’orientation des retraites, après ravoir, voilà un an, jugé pas vraiment urgent, a estimé lundi qu’il ne réduirait pas suffisamment le déficit à l’horizon 2030. Surtout du côté des régimes de la fonction publique. Mais Bercy a sûrement un plan pour y remédier.

En attendant, d’autres sont en cours = le plan de sobriété énergétique pour l’été, le plan « avion vert » pour le développement de l’avion « zéro émission », lancé par Macron en personne au Salon du Bourget. A ne pas confondre avec, dans le même temps et au même Salon, la plus grosse commande de l’aviation civile, celle passée par la compagnie à bas coût indienne IndiGo de 500 Airbus A320 pas verts.

Quant au plan pour une usine Tesla avec Élon Musk, reçu à la fois comme un chef d’État et une rockstar à l’Élysée puis au salon VivaTech, il semble, lui, avoir pris un peu de retard, même dans son annonce par l’intéressé, resté très évasif. Pas le plan « Marseille en grand » pour la modernisation des transports et des écoles, lancé en 2021 et relancé par Macron, qui y retournera les 27 et 28 juin pour claironner de nouveau que ce n’est pas une galéjade et qu’il est « amoureux » de la ville.

Pour ce qui est du plan de séduction des voix qui n’ont pas fini de lui manquer pour avoir une vraie et stable majorité à l’Assemblée, c’est plus compliqué. Son cœur balance vers la droite et un éventuel Premier ministre de ce camp, mais pas le cœur de sa majorité relative, qui a d’autres plans. Et les ténors LR, tout en jurant ce week-end qu’ils ne se rallieraient pas à Macron, restent très divisés sur la question.

D’où, finalement, pour le locataire de l’Élysée, un retour au plan B comme Borne, en envisageant de ne pas se séparer tout de suite de sa Première ministre mais sans s’interdire un remaniement du gouvernement. Bayrou, qui « refuse de dériver d’un côté ou de l’autre », n’a donc pas à regretter de ne pas pouvoir remplacer Borne puisque, pour le moment, Macron semble avoir choisi de ne pas le laisser en plan.


Erik Emptaz. Le Canard Enchaîné. 21/06/2023


2 réflexions sur “Hors jeu…

  1. bernarddominik 23/06/2023 / 7h07

    Dans un pays habitué aux subventions aux cadeaux fiscaux à des gouvernants au train de vie royal à des aides distribuées largement, même si chacun les trouves chiches, il est très difficile de faire des économies, déjà que le ministre des finances n’arrive pas à équilibrer ses comptes.

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