Qui parle écologie au gouvernement ?

Le ferroviaire

D’un côté, annoncée à grands flonflons par Elisabeth Borne, la promesse d’investir 100 milliards, oh le beau chiffre rond, dans le ferroviaire. Mais si on regarde d’un peu près… Ces 100 milliards, non seulement c’est d’ici à 2040, on a le temps de voir, mais il s’agit surtout de retaper les lignes vieillissantes mal entretenues et annonce macronienne matamoresque, de lancer 10 nouveaux « RER régionaux » — en réalité des TER sans voie dédiée mais avec une fréquence soutenue.

Ruse : s’ils voient le jour (ce qui n’a rien de sûr), ce seront les collectivités locales et l’Europe qui en financeront les trois quarts. Mais qu’importe : il s’agit avant tout de faire croire au mot d’ordre officiel : « Plus de ferroviaire, moins de route ».

Lequel est bidon. Car, de l’autre côté, des routes ! Des routes nouvelles en chantier et en projet. Et, là, c’est du béton.

Les autoroutes.

À Rouen, un contournement de 41,5 km d’autoroutes (plus 9 échangeurs, des viaducs à foison, etc.) : en tout, 500 ha de campagne et de forêts seront bétonnés sans ciller. Et tant pis si le maire est contre.

À Toulouse, 54 km d’A69 qui permettront de rejoindre Castres en gagnant un quart d’heure (d’après les opposants) ou trente-cinq minutes (d’après les autorités). Là encore, 500 ha bétonnés, des agriculteurs expropriés, etc.

Pour contourner Arles, 13 km d’autoroute à construire, qui massacreraient une partie de la Camargue et de la Crau — la dernière steppe d’Europe. 900 ha impactés, dont 700 agricoles.

Dans l’Eure, entre Dreux et Chartres, 97 km d’autoroute A154-A120. Pas moins de 660 ha de terres agricoles bousillées.

En Haute-Savoie, 16,5 km d’autoroute entre Machilly et Thonon-les-Bains. Des maraîchers expropriés, une centaine d’hectares de forêts rasée, etc.

Ajoutez-y l’élargissement de l’autoroute A63 au sud de Bordeaux et de l’A31 en Lorraine, et vous aurez fait le tour. Mais il n’y a pas que les autoroutes : il y a les routes. Comme le signale « Libération » (8/4), La Déroute des routes, qui regroupe 47 collectifs en lutte, a recensé pas moins de 70 projets routiers, de Maubeuge à Vichy en passant par Orléans, « dont 55 sont contestés ». Actions en justice, manifs, occupations, ça n’arrête pas. Prochaines dates : les 22 et 23 avril, pour un week-end de « manifaction » à Toulouse contre l’A69 organisé par Les Soulèvements de la terre (les affreux que veut interdire Darmanin), La Voie est libre et Extinction Rebellion.

Bilan de cette énumération ?

Pour avoir l’air écolo, on vante le rail ; dans les faits, on soutient à fond la bagnole. Laquelle sera (en théorie) électrique en 2035. Donc verte. Subséquemment : bétonner aujourd’hui, c’est verdir demain.

Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas.


Jean-Luc Porquet. Le Canard Enchainé. 12/04/2023


Une réflexion sur “Qui parle écologie au gouvernement ?

  1. bernarddominik 13/04/2023 / 17:29

    Macron et Borne qui ment plus que l’autre?

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