La Manif pour tous bouge encore

Le 24 mars 2013, La Manif pour tous (LMPT) mobilisait plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues de Paris contre le projet de loi relatif au mariage des personnes de même sexe (loi Taubira), finalement adopté en mai suivant.

L’opposition au mariage et à l’adoption par les couples de même sexe, à la PMA en l’absence de père pour l’enfant et à toute forme de GPA reste le programme d’un mouvement qui, comme cela était prévisible, s’est étiolé au fil du temps, mais dont l’importance est énorme dans la structuration de la droite, et qui cherche à se relancer autour de la famille traditionnelle.

Dix ans exactement après, LMPT est devenue Le Syndicat de la famille, avec toujours comme présidente Ludovine de La Rochère, et Albéric Dumont, désormais engagé auprès d’Éric Zemmour, en tant que vice-président. Le changement de dénomination est malin : selon un sondage Hop de janvier 2017, 91 % des Français voient dans la famille le premier lieu de solidarité, et c’est un lien indépendant du positionnement politique pour 90 % des sondés. D’où le slogan de l’événement de lancement de cette nouvelle structure : « On a tous besoin de la famille… ».

Se relancer autour de la famille traditionnelle

En y regardant de près, la nouvelle formation a évolué dans la sémantique qu’elle utilise : le mot « syndicat » (et l’expression « sections syndicales » pour désigner les antennes locales) répond au positionnement progressiste de la Confédération syndicale des familles (CSF), favorable à la loi Taubira. Et elle affirme être un « mouvement social », dont le rôle est l’alerte contre « toutes les menaces et attaques contre la famille, la filiation et les besoins de l’enfant », puis la mobilisation et l’élaboration de propositions dans des domaines aussi variés que « la natalité, la santé, l’éducation, l’emploi, le mariage, le logement, l’attractivité des territoires, la justice ».

En clair : tous les champs qui ont des répercussions sur ce que la doctrine catholique ainsi que le conservatisme politique considèrent comme étant la cellule de base de la société, en butte aux attaques de la philosophie de la déconstruction, de l’idéologie woke, de la cancel culture et, bien sûr, de l’idéologie du genre.

On ne peut juger l’impact politique d’un mouvement aux personnalités présentes à sa soirée de lancement. Notons qu’on y a vu Éric Zemmour et Stanislas Rigault pour Reconquête ! ; Bruno North du Centre national des indépendants et paysans (Cnip) ; Charles Millon et Geoffroy Lejeune de Valeurs actuelles ; Guillaume de Prémare, délégué général de l’association catholique traditionaliste Ichtus ; Jean-Frédéric Poisson ; Aude Mirkovic de Juristes pour l’enfance ; et le syndicaliste catholique JosephThouvenel.

Donc rien, pour l’instant, qui dépasse les soutiens de l’ex-LMPT. Pas de RN : celui-ci parle dans son programme de natalité comme de contrepoids à l’immigration, mais ne veut pas se cornériser en abordant le sujet « famille » avec la bourgeoisie catholique. L’objectif du Syndicat de la famille est de peser en vue de 2027, et même de 2032. Pour la première de ces échéances, on ne doute pas que ce soit en faveur de Zemmour ou de celui (celle ?) qui portera ses couleurs.


Jean-Yves Camus. Charlie hebdo. 05/04/2023


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