Évitement…

Macron use beaucoup de ce mot et abuse volontiers, pour ne pas dire souvent, de cette tactique d’évitement.

Elle consiste à passer au-dessus de l’obstacle plutôt que d’y faire face, tâche qu’il laisse à sa Première ministre et au ministre du Travail. Lui, pour y parvenir, choisit de se « projeter dans l’après », espérant envoyer le présent au passé. Il a ainsi enjambé nombre des ennuis qu’il a jusque-là rencontrés. Et, pour son éruptive réforme des retraites qui vient et n’a pas fini de faire descendre dans la rue une bonne partie du pays, il entend évidemment enjamber aussi.

Certes, vouloir « aller de l’avant » quand ses opposants parlent de pays « à l’arrêt » peut sembler propice à se projeter dans « l’après ». Sauf que cette fois, au-delà de l’obstacle de cette journée de « très grande difficulté » du 7 mars, le problème est justement cet « après ».

 Pas l’après parlementaire du projet de loi, à propos duquel l’exécutif n’est pas trop inquiet. Mais l’après des manifestations massives de son rejet. C’est-à-dire la poursuite du mouvement et son durcissement, avec des « arrêts » ou des blocages prolongés par des grèves reconductibles dans des secteurs clés : dans l’énergie, les raffineries, les ports, chez les routiers ou dans l’Education nationale.

Là où Macron veut « passer à la suite », les opposants au report à 64 ans, à commencer par les syndicats, entendent bien, eux, comme le martèle Martinez, de la CGT, « passer à la vitesse supérieure ». Ou, comme Berger, de la CFDT, qui préfère les arrêts renouvelables aux grèves reconductibles, « franchir une étape supplémentaire ». Mais, là encore, technique d’évitement. Plutôt que le bras de fer, Macron fait le dos rond.

L’enjambeur se dit persuadé que, en dépit de sondages montrant que sa réforme est massivement rejetée, bon nombre de ceux qui s’y opposent se sont déjà résignés à l’idée qu’elle finira forcément par passer. Il table aussi sur le fait que l’inflation, surtout lorsqu’elle touche les produits alimentaires, ne facilite pas les grèves longues et donc chères pour ceux qui les font au détriment de leur salaire. Le tout ajouté à une dramatisation, par les ministres, des blocages et de la crainte d’une « semaine noire », voire plus. Et, dans le même

L’enjambeur se dit persuadé que, en dépit de sondages montrant que sa réforme est massivement rejetée, bon nombre de ceux qui s’y opposent se sont déjà résignés à l’idée qu’elle finira forcément par passer. Il table aussi sur le fait que l’inflation, surtout lorsqu’elle touche les produits alimentaires, ne facilite pas les grèves longues et donc chères pour ceux qui les font au détriment de leur salaire.

Le tout ajouté à une dramatisation, par les ministres, des blocages et de la crainte d’une « semaine noire », voire plus. Et, dans le même temps, à la multiplication des annonces sur d’autres sujets, pour attendre que l’orage passe tout en occupant l’espace médiatique. L’annonce, pile à la veille des manifs de mardi, par Le Maire, le ministre de l’Economie, de son « trimestre anti-inflation » fait évidemment partie de la stratégie.

Pour parler d’autre chose que des retraites et les enjamber, tous les thèmes sont bons. Et pas seulement ceux qui touchent parce que de première nécessité. L’enjambeur parle aussi de sujets aux contours plus flous, comme, « pour les prochains mois », « bâtir un cap commun ». Sauf qu’en attendant, même si l’inflation n’a bien sûr pas fini d’angoisser, ce sont bien les retraites qui continuent de faire l’actualité. Et, si les blocages viennent à durer, il faudra à Macron trouver mieux que de la tactique pour les débloquer.

Enjamber cette réforme des retraites mal ficelée, mal vendue et très contestée, et donner l’impression de traiter par-dessus la jambe la colère qu’elle suscite, c’est aussi courir le risque de s’y prendre les pieds.


Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 08/03/2023


Dessin de Juin – Le Canard Enchainé. 08/03/2023

Une réflexion sur “Évitement…

  1. bernarddominik 09/03/2023 / 14:12

    Dans un pays quand la rue remplace le parlement on n’est plus en démocratie. C’est devant le conseil constitutionnel qu’il faut porter l’affaire en pointant les inégalités qu’elle crée.

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