L’agriculture de demain…

Quel avenir pour l’agriculture française dans l’enjeu environnemental et climatique ?

Un entretien avec Philippe Mauguin, PDG de l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement).


  • Charlie Hebdo : La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBS) souligne que l’agriculture est la première cause du déclin de la biodiversité…

Philippe Mauguin : Effectivement, l’impact de l’agriculture est pointé mais pas seulement, il faut aussi prendre en compte la déforestation et l’anthropisation, d’une manière générale, des espaces naturels. Les faits sont aussi que l’on devra nourrir, d’ici 2050, 9,7 milliards d’habitants de la planète, il faut donc relever un défi essentiel : produire plus mais mieux en réduisant l’impact environnemental.

  • Quels sont les effets négatifs de la production ?

L’utilisation des énergies fossiles, même si elles se réduisent, produit du CO2 en quantité, ce qui a un impact sur le climat. De même, l’utilisation d’engrais azotés en quantités excessives s’accompagne d’émissions de protoxyde d’azote/N2O, qui est aussi un gaz à effet de serre. Et puis l’utilisation des intrants, et notamment des produits phytosanitaires, a un effet délétère, particulièrement sur les pollinisateurs. Cet impact est très documenté.

  • Alors que faire ?

Le premier constat, c’est que les terres agricoles se réduisent face à l’augmentation de la population, au développement des grandes mégalopoles et, plus globalement, à l’artificialisation des terres.

[…]

En résumé, on reproche aux agriculteurs d’être figés dans leurs pratiques tandis que ces derniers répondent : « Si je n’ai plus les moyens de lutter contre les ravageurs, si je mets moins d’engrais, je vais baisser mon rendement et la production alimentaire qui en découle ».

Face à ce dilemme, la recherche publique en France, mais aussi dans le monde, travaille sur des alternatives visant une transition agroécologique, avec l’objectif de sortir progressivement de la dépendance aux intrants et de permettre l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, tout en tenant compte du revenu des agriculteurs.

  • Par exemple ?

Le « carbon farming » est d’actualité. L’agriculture rejette annuellement 430 millions de tonnes équivalent CO2 en Europe, ce qui représente 10 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau européen. Il s’agit de développer des techniques améliorant la capacité du sol à absorber et à stocker le carbone. C’est bon pour les rendements, c’est bon pour l’atténuation du changement climatique et c’est bon pour la fertilité des sols. On est gagnant-gagnant !  

  • Est-il possible de rendre les plantations plus performantes sans passer par la case OGM ?

C’est l’un des sujets les plus sensibles du moment. Au niveau de la recherche, nous travaillons actuellement sur plusieurs leviers. L’un d’entre eux est le levier génétique qui vise l’amélioration des cultures. […]

[…].

  • La bonne vieille méthode des insectes prédateurs des pucerons est abandonnée ?

Pas du tout, au contraire. Les coccinelles notamment sont nos alliées et nous travaillons pour identifier d’autres auxiliaires biologiques. On utilise aussi des plantes qui ont un effet répulsif sur les insectes et vont les détourner des cultures à protéger. Globalement, le défi est considérable car le réchauffement climatique favorise le nombre de bioagresseurs.

[…]

  • Combien de temps faudra-t-il pour réconcilier l’agriculture et la biodiversité ?

Avec le déclin dramatique de la biodiversité et le réchauffement climatique, l’agenda s’accélère. Nous sommes dans l’urgence. On sait qu’il va y avoir quelques 100 000 départs d’agriculteurs dans les 10 ans à venir. Il faut, dès à présent, donner un maximum de chance à celles et ceux qui vont s’installer grâce à leur formation dans les lycées agricoles, avec l’appui de la recherche et de l’innovation. […]


Allain Bougrain-Dubourg – Source (Extraits)


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