Mauvais Flash

Au pays des borgnes, les flics et les magistrats sont-ils rois ?

En 2019, alors qu’il rentrait chez lui, Aliou a perdu un œil suite à un tir de Flash-Ball.

Malgré ses explications (et avant d’être mis hors de cause), il a fait onze semaines de prison ! Et, à ce jour, pas moyen d’obtenir le moindre à-valoir sur une indemnisation.

  • Au soir du 24 octobre 2019, dans la cité du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie, une voiture prend feu.
  • Après l’arrivée de policiers, à 22 h 50, une cinquantaine d’individus masqués déboulent, les régalant de pavés et de tirs de mortier.
  • Les flics répliquent en utilisant des lanceurs de balles de défense (LBD), bien connus depuis les manifs de gilets jaunes.

Victime provocatrice

Le chemin d’Aliou, 19 ans, qui rentre d’une soirée, passe tout près de la bataille. Il reçoit un projectile au visage. Après six jours d’hôpital, son œil est définitivement perdu. Le 13 novembre 2019 (soit vingt jours plus tard), il va se « signaler » au commissariat de Viroflay et se retrouve… en garde à vue.

Comparution immédiate, et que ça saute !

La victime conteste tout, mais les poulets, toujours à la recherche des émeutiers cagoulés, regimbent : ils ont une prise de guerre. Dans l’attente de son jugement, Aliou est envoyé en taule à Bois-d’Arcy. La machine judiciaire sait parfois être efficace…

Le lendemain, Matthieu Chirez, son avocat, dépose une plainte pour des faits de violences involontaires et saisit l’IGPN. Tout est classé sans suite.

Le 11 décembre 2019, le tribunal correctionnel de Versailles condamne le malandrin à trente-six mois de prison, dont six avec sursis. Avec ce commentaire imparable :

« Un policier (…) qui effectue un tir de lanceur de balles de défense (…) ne tire pas au hasard dans une direction, ni au hasard dans n’importe quelle direction. »

Si Aliou a été visé par le LBD, c’est qu’il l’a bien cherché !

La guignolade s’arrête (presque) le 3 février 2020. Après quatre-vingt-un jours de prison, le jeune homme est remis en liberté.

Le 2 novembre 2020, la cour d’appel de Versailles tance les premiers juges et relaxe Aliou. Au ministère de la Justice, on pinaille sur la demande de provision de 30 000 euros en attente de la reconnaissance du préjudice subi.

Argument ?

Seules les victimes d’une procédure judiciaire qui ne les concernait pas peuvent demander à être indemnisées. Justement, c’est un peu le cas…

Voilà le jeune homme, désormais borgne, obligé d’assigner l’État pour obtenir son dû ! Audience le 28 février 2023.


Marine Babonneau. Le Canard enchaîné. 25/01/2023


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