Le challenger

Sa contribution va-t-elle achever ou relever le PS ?

« J’ai vu Olivier Faure dans un merdier pas possible. Il a fait la seule chose qu’il avait à faire : survivre. » Ah, la condescendance de Mélenchon vis-à-vis de ses anciens copains, cette façon qu’il a d’étreindre en flinguant, de flatter l’encolure avec un petit sourire en coin, c’est un truc qui ne passe pas chez une bonne partie des socialistes.

Signer un accord avec LFI, c’était la seule façon de sauver les députés PS (et la circonscription de Faure), mais l’humiliation est toujours si forte que le premier secrétaire, […] en paie le prix, avec un humiliant 49 % au premier tour et un 51,09 % au second, pas glorieux.

Nicolas Mayer-Rossignol, est le maire de Rouen. C’est lui qui a défier Faure au second tour. Du genre pas trop mécontent de lui, il ne déteste pas se faire appeler « NMR » et a longtemps détaillé sesbrillantes études (normalien, agrégé de sciences de la vie, ingénieur des Mines) lors de chaque rencontre avec la presse.

Il n’a pas trop galéré : en 2007, il envoie un mail à Fabius, alors vice-président de la communauté d’agglomération rouennaise, pour lui proposer ses services. Réponse immédiate : venez.

L’ancien Premier ministre l’emmène dans ses bagages quand il hérite du Quai d’Orsay, et l’appuie pour être président de la région Haute-Normandie. Mais, en décembre 2015, la gauche perd la région. La défaite est sévère, pourtant, NMR pense avoir prouvé sa légitimité. Il souligne « un vote d’adhésion à [s]es valeurs, à [s]a façon d’aborder la politique, sur la transparence, la rénovation », avant de conclure : « Je pense que je porte avec d’autres le renouveau de la gauche normande. »

Aidé par son ego bien charpenté, le jeune fabiusien parvient, en 2020, à arracher Rouen aux écolos, donnés en tête dans les sondages. Il montre alors son goût des formules. « Concilier la fin du monde et la fin du mois », propose-t-il aux Normands. Depuis, on ne peut plus l’arrêter. Les manifs pour les retraites ? « Pour battre la droite, il ne suffit pas de battre le pavé. » Les relations avec LFI ?« Allié oui, aligné non. »

Quel est son programme ?

Une sorte de Nupes à la carte. S’il ne partage pas l’aversion d’Hélène Geoffroy envers LFI, il a encore sur l’estomac le vote des partisans de Mélenchon contre l’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’Otan. Il ne veut en aucun cas d’une sortie de l’Alliance atlantique ni la fin d’une Europe de la défense. Il n’est pas non plus pour un âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Poussé par Anne Hidalgo, par Michaël Delafosse, le maire de Montpellier, par Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, et par François Hollande, Mayer-Rossignol a obtenu un peu plus de 30 % des voix des militants. Soutenu par l’intégralité du courant Hélène Geoffroy (20 %), il avait, en théorie, la possibilité d’être élu premier secrétaire le 19 janvier, mais il n’a atteint « que » 48,91 % des votants.

Guerre des communiqués

La stratégie de NMR s’est révélée efficace : pour fragiliser Faure. Les relations entre les deux camps sont exécrables.

Les nuits de dépouillement, on a assisté à une guerre des communiqués qui rappelaient les heures fiévreuses du congrès de Reims. Comme quoi les combats sans enjeu véritable peuvent être les plus féroces.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchaîné. 18/01/2023


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