Géopolitique spatiale

Parlons fusées et satellites.

2022, avec 186 tirs de fusées dont 180 réussis, fut un record de lancements depuis le début de l’ère spatiale. Un tir tous les six jours en moyenne ! 78 tirs ont été effectués depuis les États-Unis, suivis de près par une Chine aux 64 tirs. Un boom provoqué la mise en place des constellations de satellites, dont ceux de Starlink, déjà 3 300 lancés et opérationnels, de la société SpaceX, à l’aide de sa fusée Falcon. Devant ces géants, l’étoile russe faiblit, avec 21 tirs. L’Europe s’effondre, avec 6 tirs, et la fusée russe Soyouz bannie de Kourou par l’invasion de l’Ukraine. La destruction à son premier tir de la petite Vega, le 21 décembre, a mis le point final à une année noire. Le reste du monde ? 17 tirs, dont 6 pour la Nouvelle-Zélande d’où est lancée une petite fusée… américaine.

Ce déséquilibre gigantesque sur les moyens d’accéder à l’espace, proche comme lointain, se retrouve dans les engins à lancer. La domination américaine sur le nombre des satellites déployés devient écrasante. Certes, en 2022, 47 pays ont déployé des satellites qu’ils opèrent, la plupart pour les communications et l’observation de la Terre. Certes, le Japon et l’Inde sont toujours des puissances spatiales. Certes, l’Union européenne (UE) se lance aussi dans les constellations, opère le système de géolocalisation Galileo. Mais la géopolitique du spatial nous dit que les prétentions de l’UE à la parité stratégique avec les États-Unis ne seront qu’illusion tant qu’elle ne procédera pas aux investissements nécessaires. Investissements que la Chine poursuit avec méthode et régularité. Quant au volet militaire des activités spatiales, il se distingue… par une domination encore plus nette des États-Unis.

Cette explosion du nombre de petits satellites en orbite basse, pour les constellations destinées aux communications et notamment à l’Internet, ne fait pas que gêner les astronomes. En deux ans, SpaceX a dû légèrement modifier l’orbite de ses satellites Starlink plus de 26 000 fois pour se garantir d’éviter toute collision avec des débris. La géopolitique spatiale oblige donc à se pencher sur deux questions. Comment doter l’Union européenne et ses pays membres des moyens lui permettant de contester la domination états-unienne ? Et comment réguler l’espace proche afin d’éviter des collisions en séries qui pourraient le transformer en piège mortel pour les satellites ? Deux sujets plus importants que la négociation d’un strapontin sur les futurs vols d’astronautes de la Nasa.


Sylvestre Huet. Source (Extraits)


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