« Sanofile » nous l’argent !

Après des années de batailles et de souffrances, 42 familles pensaient être enfin indemnisées pour les troubles neurologiques de leurs mômes, causés par le valproate de sodium contenu dans la Dépakine, cet antiépileptique commercialisé par Sanofi.

L’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) reconnaît la dangerosité du produit, et estime que les victimes doivent être dédommagées.

Pourtant, et comme l’a affirmé, le 11 janvier à l’Assemblée, son directeur, Sébastien Leloup, il ne débloquera pas les fonds !

Le hic ? Ces familles (contrairement aux autres, normalement indemnisées) se trouvent engagées dans une demande de dédommagement amiable, mais aussi devant les juridictions administratives et judiciaires. Depuis plusieurs semaines, l’Oniam attend l’aval du ministère de la Santé et de Bercy sur la question.

Mais l’Office en a aussi ras le bol de ramer pour récupérer, auprès de Sanofi, l’argent qu’il doit verser aux victimes comme le prévoit la procédure. Le labo conteste en effet devant les tribunaux les titres de paiement émis à son encontre, arguant auprès du Volatile qu’à « ce jour aucune décision de justice définitive ne retient la responsabilité de Sanofi dans ces dossiers très complexes ».

« Pas un seul euro n’a été récupéré par l’Oniam, qui engage tous les moyens pour tenter d’obtenir un retour sur l’argent public », a expliqué Leloup devant la commission des Finances de l’Assemblée. Il a avoué ne pas s’attendre à des réponses de la justice avant « dix, onze, douze ans ». Bah, les enfants n’auront qu’une trentaine d’années…

Ce blocage est « totalement exceptionnel », notent les représentants de l’Office : même le labo Servier a proposé des offres pour les victimes du Mediator, « sachant qu’un procès pénal était aussi en perspective ». C’est dire !

L’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant (Apesac) rappelle que les victimes ne se bousculent déjà pas au portillon pour obtenir réparation, découragées par des démarches herculéennes et des enveloppes au rabais.

Récemment, un rapport sénatorial (« Le Canard », 5/10/22) expliquait même que les crédits publics destinés à l’indemnisation des victimes étaient largement sous-utilisés.

Tout bénef pour Sanofi !


Fanny Ruz-Guindos. Le Canard enchaîné. 18/01/2023


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