Les catholiques et les droites extrêmes

Libre avis de chacune-chacun envers l’article qui suit.

Entretien entre Mégane (doctorante en sciences politiques) et la direction de « Cause Commune »

  • Peut-on encore corréler le vote à l’appartenance religieuse ?

Mégane : La sociologie électorale a grandement souligné l’existence d’une corrélation entre l’appartenance religieuse et les comportements électoraux. En revanche, il n’existe pas une religion qui serait intrinsèquement plus progressiste ou plus conservatrice qu’une autre. Le positionnement politique des différents groupes religieux est effectivement davantage corrélé aux positions sociales qu’ils occupent. En l’occurrence, en France, dans un pays longtemps qualifié de « fille aînée de l’Église », les catholiques occupent des positions majoritairement dominantes et votent plus à droite. […]

  • Comment expliquer le sentiment de marginalisation ressenti par les catholiques les plus conservateurs ?

Historiquement, il convient de rappeler que la morale familiale a été imposée par l’Église catholique dès le IVe siècle. Or, à partir des années 1960, de l’adoption du pacte civil de solidarité (PACS) jusqu’au « mariage pour tous », les positions ecclésiastiques sont progressivement marginalisées et cette marginalisation renforce un sentiment d’exclusion. Ce sentiment va se traduire par un accroissement du poids des conservateurs.

  • Est-ce que cela concerne tous les catholiques ?

Les communautés religieuses sont traversées par plusieurs courants et les catholiques ne font pas exception à cette règle. […]

  • Comment se structure la mobilisation des militants catholiques familialistes ?

En dehors des manifestations les plus visibles contre la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, les militants catholiques conservateurs ont la particularité d’être multisitués et d’avoir un répertoire d’action diversifié.

Ils participent aux financements d’écoles privées pour diffuser leur idéologie, exercent des activités de lobby ou occupent des postes à responsabilité politique.

Depuis les années 2000, on constate également l’émergence d’organisations non gouvernementales, telle qu’Europe for Family, ou la création de partis politiques, comme les Poissons roses ou le Parti chrétien-démocrate présidé par Christine Boutin.

  • Existe-t-il des distinctions sociales entre les personnes qui gravitent autour de cette nébuleuse idéologique ?

Si les personnes conservatrices sont fréquemment associées aux classes dominantes, la totalité d’entre elles ne fait pas nécessairement partie des classes économiques supérieures. Certaines appartiennent effectivement aux classes moyennes, tandis que d’autres peuvent être issues de milieux populaires. […]

  • Est-ce que La manif pour tous est un point d’entrée à l’extrême droite pour ces groupes socialement hétérogènes ?

À la veille de l’élection présidentielle de 2017, LMPT a encouragé ses militants à s’opposer au candidat d’En marche et les a invités implicitement à voter en faveur du FN. La présence de certaines figures historiques du parti, comme Marion Maréchal, aux manifestations « pour tous », est également un signal directement adressé aux membres du mouvement familialiste. […]

  • Comment des électeurs de la droite traditionnelle ont-ils pu se tourner vers l’extrême droite ?

L’absence d’une remise en cause des « lois sociétales » depuis plus de quarante ans par le pouvoir en place, qu’il soit de gauche ou de droite, a participé à créer un sentiment de défiance vis-à-vis des partis de gouvernement. De plus, leurs rassemblements dans le cadre de leurs actions militantes ont renforcé cette défiance. En effet, les critiques et les moqueries à l’encontre d’Emmanuel Macron se sont multipliées au sein du mouvement ces dernières années et ont produit des effets de réassurance collective.

Le candidat d’En marche est notamment accusé de se prononcer en faveur du « mariage pour tous » et d’être un « danger » pour la souveraineté nationale. Cette souveraineté nationale est selon eux menacée par la mondialisation, mais aussi par l’immigration maghrébine en France. Cette double menace, incarnée par les mesures politiques familiales mais aussi migratoires, permet en partie d’expliquer la convergence électorale de certains membres de LMPT autour de l’extrême droite, qui paraît, dans certaines circonstances, la plus à même de préserver l’ordre qu’ils défendent.

[…]

  • Est-ce un vote acquis définitivement au RN ?

Il est nécessaire de ne pas surestimer l’importance du vote en faveur du RN qui n’est pas automatique. Peu de catholiques conservateurs militent pour le moment au sein du parti et souhaitent y adhérer. Cette distance vis-à-vis du RN est d’abord à comprendre dans le rapport que les militants de LMPT entretiennent avec les partis politiques en général.

En effet, ses recrues sont souvent des adeptes du concept de la liberté et de la responsabilité individuelle prôné par l’Église, et sont par principe plutôt réticentes à l’identification partisane. De plus, cette distance peut être analysée dans les rapports qu’elles entretiennent avec le parti d’extrême droite lui-même. Sa rhétorique possiblement agressive, ses positions confuses sur le rôle de l’État et la vie privée de ses membres ne correspondent pas toujours à leur éthique religieuse.

[…]


Revue « Cause commune » n° 31 nov./déc. 2022


4 réflexions sur “Les catholiques et les droites extrêmes

  1. bernarddominik 24/01/2023 / 09:04

    Je ne suis pas sur que classer les gens à droite parce qu’ils ne partagent pas l’évolution des mœurs imposée par la société néo libérale soit réaliste. Je crois qu’on mélange beaucoup de choses qui n’ont rien à voir. Ça simplifie le discours politique .

    • Libres jugements 24/01/2023 / 10:00

      Bernard, ce n’est pas à toi qu’il faut demander d’observer la société actuelle, comme historique.
      Comment définir la place politique d’un certain nombre de pratiquants religieux agissants et manifestant régulièrement contre le mariage de personnes de même sexe, l’avortement, l’euthanasie de fin de vie, etc. si ce n’est les qualifier au minimum de réactionnaire ?
      À la fois les différents cultes ont toujours demandé « prié » leurs ressortissants de soutenir, « voter » les gouvernements en place. D’ailleurs tous les gouvernements en place, sans exception, ont toujours consolidé-soigné la place des cultes dans la nation française.

  2. marie 24/01/2023 / 09:23

    Bonjour Michel, je n’ai jamais compris je suis de droite catholique mais pas extrêmiste et je connais des gens de gauche qui sont aussi catholique sans être extrême gauche, c’est juste la réflexion que j’ai à la lecture de ce billet. Bonne journée Amicalement MTH

    • Libres jugements 24/01/2023 / 10:18

      Tu as tout à fait raison Marie, dans ton commentaire, il ne faut pas systématiquement positionner, décréter majoritairement que les pratiquants de cultes voteraient extrême droite…
      Pourtant, certains extrémistes (qui existent dans tous les cultes sans exception) sont bien contre la fin de vie – et a contrario « on devrait tout faire pour laisser en vie » même un légume – le mariage pour tous, l’avortement, etc. et ça va même plus loin pour certains ultras, refusant les transfusions sanguines, la consultation pour les femmes par uniquement un membre féminin de santé, l’éducation des enfants dans des écoles de courant cultuel spécifique, etc.
      Dans le même temps et pas avec les mêmes arguments de socialisation, il existe effectivement à gauche des ultras contre tout voir des anarchistes.
      en conclusion à droite comme à gauche il faut éviter de laisser croître le jusqu’au-boutisme, privilégier la réflexion par la connaissance.
      Avec toute mon amitié
      Michel

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