Alors que…

La mélenchonite et NUPES palissent; des personnalités de gauche se montrent…

Lu dans « Médiapart » sous la plume de Mathieu Dejean. Source (Extrait)


Pierre Laurent : « La Nupes a besoin d’un acte II »

L’ancien secrétaire national du Parti communiste français (PCF), Pierre Laurent, a été avare en interviews ces dernières années. Après sa défaite face à Fabien Roussel au 38ᵉ congrès du PCF en 2018 (c’était la première fois de l’histoire du parti que la direction sortante était mise en minorité et peut-être pas la dernière), il est resté un observateur attentif mais taiseux de la reconfiguration politique à gauche.

[…] Plus favorable à cette alliance que l’actuel dirigeant du PCF, avec lequel il ne cache pas des divergences dans l’entretien qui suit, … […]

Mediapart : Comment interprétez-vous la puissance du rejet dont fait l’objet cette réforme des retraites 2023?

Pierre Laurent : C’est véritablement une levée en masse de la société française, et ça ne fait que commencer. Le pays tout entier se dresse contre la réforme que veut imposer à toute force Emmanuel Macron. Je vois trois enseignements à cette journée.

  • Le premier, c’est que la colère et les angoisses des Français sur l’avenir sont immenses, et que le recul de l’âge légal de départ à la retraite est un choix de société qui les oppose à Emmanuel Macron. […]
  • Le deuxième enseignement, c’est que l’unité syndicale, l’unité de toutes les forces de gauche et de toutes les catégories de travailleurs est un puissant facteur de mobilisation. […]
  • Le troisième enseignement, c’est que la gauche est placée devant la responsabilité de tout faire pour contribuer à ouvrir un chemin de victoire au mouvement populaire. […]

La méthode choisie par le gouvernement lui permet d’aller vite et de promulguer son texte par ordonnance à la fin. Côté parlementaire, que pouvez-vous faire ? Tout va-t-il dépendre des grèves, de la rue ?

Il va falloir les deux. Macron n’a jamais obtenu de majorité politique sur son programme. C’est un pouvoir minoritaire qui essaye d’imposer une réforme très majoritairement rejetée. […] L’article 47-1 est un substitut au 49-3, dont le gouvernement a usé et abusé à l’automne dernier dans le débat budgétaire. Cet article, profondément contestable du point de vue démocratique, fait partie de l’arsenal permettant à l’exécutif de contourner la volonté du Parlement. […]

Pour parvenir à faire de ce mouvement une « victoire politique », n’avez-vous pas intérêt à travailler à un contre-projet commun ?

Un travail est déjà engagé, […] pour construire un contre-projet de réforme des retraites. Nous avons besoin d’améliorer le niveau des pensions, de mieux financer le régime des retraites, de réparer le droit à la retraite pour des personnes qui ont des carrières hachées, pour les femmes qui ont des salaires trop bas. La gauche doit travailler à ce projet de retraites pour revenir progressivement à une autre conception de la société.

[…]

La Nupes ne fait pourtant pas consensus dans votre camp. Pour vous, est-ce le début d’une réponse à ces aspirations ?

La Nupes est née au lendemain de la présidentielle sous la pression populaire. Après l’élimination de la gauche pour la deuxième fois, alors que des millions de gens nous avertissaient depuis un an pour éviter la qualification de Marine Le Pen, les Français n’auraient pas pardonné à la gauche de ne pas aller unie aux législatives, ouvrant à ce moment-là un boulevard à l’extrême droite. Cet accord a permis d’élire plus de députés de gauche, mais n’a pas empêché l’extrême droite de faire entrer 90 députés à l’Assemblée.

[…]

Le débat post-électoral s’est souvent concentré sur l’électorat des zones rurales périphériques, dont Fabien Roussel est un élu, qui n’a pa peuas beaucoup voté à gauche. Postuler que cet électorat a des demandes spécifiques, est-ce faire le jeu des divisions dont vous parlez ?

Oui, car les travailleurs des banlieues populaires et ceux des régions rurales périphériques sont confrontés exactement aux mêmes logiques. La paupérisation des services publics frappe aussi durement ces zones. Nos propositions sont des propositions d’unification des travailleurs, notre discours doit en permanence mettre ça en avant.

Ce serait donc une erreur de partir du principe qu’au vu des résultats du vote pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, il faut changer de discours pour ne s’adresser qu’aux populations des zones rurales désertifiées ?

Effectivement, je ne partage pas un certain nombre d’analyses qui sont faites et qui visent à spatialiser ce que seraient les priorités de la gauche. […]

Justement, parlons du congrès du PCF, qui s’achèvera à Marseille le 9 avril. Vous avez signé une proposition de base commune alternative à celle de la direction sortante. Qu’est-ce qui vous y a conduit ?

[…]

Nous sommes dans la première phase, et il y a deux propositions soumises aux communistes. L’une a été adoptée par une majorité du conseil national, comme c’est prévu par nos statuts, et je suis signataire d’une autre base intitulée « Urgence de communisme ». Je pense que cette démarche démocratique est une force – c’est important de le souligner quand on voit les problèmes démocratiques rencontrés par certaines formations. L’existence de ce débat pluraliste à cette étape de nos discussions est source d’enrichissement.

Vous parlez de bilan lucide. Quel est celui que vous faites de la candidature de Fabien Roussel à la présidentielle de 2022, dont certains disent qu’il a empêché le passage de Mélenchon au deuxième tour ?

Je pense que dans la campagne présidentielle, le candidat communiste, Fabien Roussel, secrétaire national, s’est imposé comme une personnalité politique dont la voix a été entendue. C’est incontestable. On peut dire que la notoriété de son discours a été une nouveauté de la situation politique récente.

Mais force est de constater en même temps que cette percée politique n’a pas solutionné les problèmes de fond auxquels nous sommes confrontés : ni du point du vue de score du PCF lui-même – qui est resté très insuffisant pour contribuer à une victoire de la gauche –, ni du point de vue des problèmes d’unification de la gauche.

Sur ces questions, il faut cependant revenir en arrière. La responsabilité de la situation est partagée dans la gauche.

[…]

Depuis que Jean-Luc Mélenchon a dit qu’il voulait être remplacé, des personnalités de La France insoumise (LFI) semblent avoir saisi l’occasion et chercher à privilégier un discours pluraliste et unitaire à la tentation hégémonique. Est-ce que ça vous rend optimiste ?

Il y a dans les quatre formations de gauche des forces maintenant puissantes qui agissent en permanence en faveur de l’unité respectueuse de nos différences. C’est un gage d’espérance. Je ne veux pas me mêler des débats de LFI. Elle a un problème particulier, que nous ne connaissons pas, puisqu’elle n’a pas de procédures démocratiques internes qui lui permettent d’arbitrer ses débats. Je ne sais pas comment LFI régulera ses débats à l’avenir, mais pour toutes ces formations, la trajectoire gagnante est une trajectoire de travail en commun.

Le PS en son temps a mené la gauche à l’échec en tentant d’aligner toutes les formations. Après les débuts prometteurs du Front de gauche en 2012, Jean-Luc Mélenchon a échoué à se qualifier en 2017 et en 2022 pour cette raison. Si nous continuons collectivement comme ça, nous irons à l’échec. Évidemment, il faudra trouver les solutions à l’équation unitaire. Mais pour la perspective de 2027, nous devons changer de logiciel.

[…]

Fabien Roussel et ses proches installent l’idée qu’il veut être candidat en 2027. Il a d’ailleurs été élu à la tête du PCF parce que l’effacement du parti était imputé à son absence aux deux prédécentes présidentielles. Qu’en pensez-vous ? 

[…] Il y a un débat normal, qui traverse le PCF depuis l’existence de cette élection au suffrage universel. La meilleure stratégie est-elle de présenter un candidat ou de soutenir une candidature unique ? […] L’ambition cardinale est celle d’une victoire commune des forces de gauche. À partir de là, tout peut être discuté.


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