Menaces…

… le lien entre le réchauffement climatique et nos activités.

Climatologue, directeur émérite de recherche au CEA, Jean Jouzel est membre de l’Académie des sciences. En pointe de la lutte contre le réchauffement climatique, il a été impliqué dans le Giec de 1994 à 2015 comme auteur principal, puis comme membre du bureau. […]

[…] Depuis, le diagnostic du Giec s’est considérablement enrichi de deux rapports spéciaux – consacrés l’un à l’océan et à la cryosphère (l’ensemble des glaces présentes sur Terre), l’autre aux surfaces continentales – et des trois volets de son 6e rapport.

Vis-à-vis du réchauffement climatique, ils en ont successivement abordé les aspects physiques, les conséquences et l’adaptation, et l’atténuation. Nous sommes entrés dans le domaine des certitudes. Le lien entre ce réchauffement et nos activités est désormais sans équivoque, comme l’est la menace qu’il représente pour le bien-être de l’humanité et la santé de la planète. […]

  • Les impacts délétères sont des certitudes

La mission du Giec consiste à « évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation ».

Le Giec n’a pour mandat ni d’entreprendre des travaux de recherche ni de faire des recommandations aux décideurs politiques, mais de leur fournir, via ses rapports, les éléments pour qu’ils puissent prendre des décisions.

Les rapports du Giec sont le fruit d’une expertise collective : chaque chapitre est rédigé par une douzaine d’auteurs, sous la responsabilité de deux d’entre eux. Ce caractère collectif oblige à argumenter, à préciser ses sources, et je peux témoigner de discussions très vives au sein des chapitres à la rédaction desquels j’ai été associé, celles-ci étant très généralement résolues de façon consensuelle. […]

Ce 6e rapport nous redit la réalité du réchauffement climatique. La dernière décennie a été de 1,09 °C plus chaude que la période préindustrielle, les sept dernières années étant les plus chaudes enregistrées depuis cent cinquante ans. Ce réchauffement est, sans équivoque, attribué à l’augmentation de l’effet de serre lié à nos activités. Sa contribution est estimée à 1,07 °C, soit l’ensemble de ce qui observé.

[…]

  • Énorme fossé entre but affiché et réalité

Ne rien faire n’est à l’évidence pas une solution. Les décideurs politiques ont – tout au moins dans les textes – intégré ce constat. La signature de l’accord de Paris, en 2015, en atteste, avec son objectif de limiter le réchauffement nettement en dessous de 2 °C et de poursuivre l’action pour le limiter à 1,5 °C. En 2018, le Giec a montré qu’un demi-degré, cela compte ; qu’il serait certainement moins difficile de s’adapter à un réchauffement limité à 1,5 °C.

Et depuis la conférence climat de Glasgow, en novembre 2021, c’est cet objectif de 1,5 °C qui est mis en avant et son corollaire, la nécessité d’une neutralité carbone dès 2050. De nombreux pays l’ont adoptée, la Chine envisage cette neutralité carbone pour 2060 et l’Inde pour 2070. Mais il y a un énorme fossé entre ce qui est affiché et la réalité.

Certes, des mesures visant à maîtriser nos émissions de gaz à effet de serre ont déjà été prises – celles-ci ont d’ailleurs augmenté moins rapidement depuis 2010 qu’au cours de la décennie précédente. Mais ces mesures sont très loin d’être suffisantes, puisque les engagements pris nous conduisent vers des émissions deux fois trop importantes en 2030 par rapport à ce qu’il faudrait pour avoir des chances de respecter l’objectif de 1,5 °C.

De fait, elles nous emmènent vers des réchauffements voisins de 3 °C, auxquels il sera, pour les jeunes d’aujourd’hui, extrêmement difficile de s’adapter dans la seconde partie de ce siècle et au-delà, voire impossible dans certaines régions. D’après le Giec, il reste possible de réduire de moitié les émissions d’ici à 2030 avec un message on ne peut plus clair : le réchauffement climatique lié à nos activités est une menace pour notre humanité et la nature qui nous entoure. Et c’est maintenant qu’il faut agir.


Source (Extraits)


(1) Voir « Les nouvelles projections climatiques de référence-Drias 2020 pour la métropole » sur le portail partenarial Météo France, IPSL, Cerfacs : www.drias-climat.fr.


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