L’« affaire » de Callac

Vue par des médias

Médiapart – Christophe Gueugneau. Source (extraits)

Callac (Côtes-d’Armor), « Du Béarn, je veux dire bravo à mes militants Reconquête! qui ont bataillé depuis le premier jour aux côtés de tous les patriotes, pour empêcher ce funeste projet de répartition des migrants à Callac. Vive la France ! »

Sur Twitter, le 11 janvier dernier, le président du parti d’extrême droite Reconquête, Éric Zemmour, laisse éclater sa joie. Le projet d’accueil de quelques familles de réfugié-e-s dans le petit village costarmoricain de Callac est officiellement abandonné, après plusieurs mois de pressions, manifestations et menaces plus ou moins voilées, de la part de l’extrême droite, locale et nationale. 

Callac et ses 2 200 habitants sont devenus malgré eux le théâtre d’un affrontement politique qui a largement dépassé les frontières de cette commune située à une vingtaine de kilomètres de Guingamp. Le projet, baptisé Horizon, n’était pourtant pas aberrant : il s’agissait d’accueillir une poignée de familles de réfugié·es dans cette commune qui perd depuis plusieurs années des habitant-e-s.

Le projet était porté par le fonds de dotation Merci (fonds privé à but non lucratif qui finance aussi, grâce à des dons, des projets d’accès à l’éducation ou d’inclusion sociale), géré par la famille Cohen, propriétaire des magasins Bonpoint et Merci.

Mais dès la première réunion publique présentant le projet, en avril, et dans les semaines qui ont suivi, une poignée d’opposants, d’abord locaux, puis venus de plus loin, a fait monter la tension. Le maire divers gauche, Jean-Yves Rolland, a fini par se murer dans le silence face aux menaces.

Sa ville a été le théâtre de deux manifestations et contre-manifestations. Sur les réseaux sociaux, la « bataille » de Callac est devenu la « mère des batailles contre le grand remplacement » pour l’extrême droite et en particulier Reconquête.

Au cœur de ce « tsunami de violences », selon ses propres termes, Laure-Line Inderbitzin, maire adjointe PCF de la ville, par ailleurs professeure de breton au collège municipal, et qui a porté le projet de bout en bout. Dès le 16 avril, une première plainte est déposée, suivie par d’autres, pour « diffamation », « menaces de mort », de « viol », « menaces » sur sa famille. 

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Elle continue de penser que le projet était bon pour la ville. « Dans le centre-ville, il y a 38 % de vacance de logements, beaucoup de logements insalubres… Ce que proposait Horizon, c’était justement de loger des familles de réfugiés dans de l’habitat diffus, pour ne pas créer un ghetto », expose-t-elle. La jeune femme rappelle également que Callac accueille d’ores et déjà une petite quarantaine de réfugié-e-s, « sans que la gendarmerie ne constate aucun problème »

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Catherine Blein, ancienne figure bretonne du Rassemblement national (RN), exclue du parti lepéniste après avoir tweeté « œil pour œil » à propos de l’attentat islamophobe de Christchurch, a rejoint l’association des opposants. Edwige Vinceleux, ancienne « gilet jaune » passée candidate Reconquête aux législatives de juin, fait publiquement de Callac, un combat personnel.

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Vue par Charlie hebdo. J.-Y. Camus. Source 19/01/2023

Catherine Blein, ex-présidente de l’association les amis de Callac, pavoise, et une bonne partie de l’extrême droite avec elle : la municipalité de cette petite ville de Côtes-d’Armor vient d’enterrer définitivement le projet associatif de revitalisation du bourg par l’installation de familles de migrants, qu’elle combattait à grands coups de manifestations.

Quelques jours après la décision municipale, Catherine Blein a quitté ses fonctions en déclarant : « nous voulions que tous les membres soient des Callasois, c’est pour cela que le bureau a été remanié ».

Cette ancienne responsable du Bloc Identitaire, devenue conseillère régionale du RN, débarqué du parti en 2017, après une condamnation pour apologie de l’attentat de Christchurch (Nouvelle-Zélande), et désormais zemmouriste, habite, en effet, à 20 km de Callac.

Une fois sa mission politique terminée, celle qui a passé 25 ans en région parisienne à travailler dans la « com » avant de s’établir à la campagne à passer la main. Cynisme total. Mais, victoire politique de la droite radicale identitaire.


3 réflexions sur “L’« affaire » de Callac

  1. bernarddominik 23/01/2023 / 14:48

    Dans cette affaire de l’immigration il faut rester raisonnable. Le projet d’insertion de migrants à Callac doit prévoir des emplois pérennes pour les migrants, car si il n’y a aucun emploi ils ne resteront pas à Callac. Si le projet comprends le logement et l’emploi il n’y a aucune raison de ne pas le mettre en œuvre. On nous dit que la natalité est en berne mais en peu de temps nous sommes passés de 66 à 68 millions, la gestion de la répartition de la population sur le territoire est essentielle. Et n’oublions pas qu’il y a un immense territoire sous peuplé: la Guyanne.

    • BENOIT 27/01/2023 / 16:52

      Il est prévu dans le projet de leur proposer un emploi, les emplois vacants ont été recensés. La population augmente, mais les villages et petites villes perdent des habitants, comme à Callac.
      En Guyane, la France a tenté un repeuplement de force avec les bagnards, ça n’a pas été très efficace.

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