À la dérive…

…  le PS n’en finit pas de sombrer, ressortira-t-il de l’eau ?

Depuis ce jeudi 19 Janv. 2023, le Parti socialiste (PS) compte deux camps apparemment irréconciliables suite au scrutin très serré qui a opposé Olivier Faure, premier secrétaire sortant, et son challenger Nicolas Mayer-Rossignol, pour la tête du parti. Et ce, quand bien même, si la victoire était confirmée d’Olivier Faure. Ces +/- 400 voix d’avance, entérine la fracture au sein de ce parti politique.

Médiapart a interrogé le politiste Pierre-Nicolas Baudot sur ce que ce scrutin interne révèle du PS, six ans après sa chute irrémédiable à la suite du quinquennat de François Hollande. Chercheur en science politique, travaillant à une thèse sur les évolutions du discours socialiste sur l’immigration, il souligne l’importance des intérêts locaux pour comprendre la forte opposition à laquelle fait face la direction sortante du parti. 

  • Qu’avez-vous observé de l’évolution des votes entre le premier scrutin du 12 janvier, qui départageait les textes d’orientation, et celui du 19 janvier, censé désigner le premier secrétaire ?   

Pierre-Nicolas Baudot : Sur les 40 000 membres affichés par le PS, une grosse moitié s’est déplacée dans les deux cas. Globalement, on observe un report massif et généralisé des voix s’étant portées sur le courant incarné par Hélène Geoffroy, éliminée de la course, vers le nom de Nicolas Mayer-Rossignol.

Il y a une logique politique anti-Faure assez évidente, même si ces reports n’ont pas été parfaits. Deux raisons l’expliquent.

  • D’une part, les socialistes n’ont pas voté pour la même chose. Le 12 janvier, ce qui était en jeu était la représentation au conseil national, le parlement du parti. Le 19, c’est une incarnation du parti dans l’espace public qui se jouait.
  • D’autre part d’un vote plus affectif, avec des militants qui peuvent être tentés de le faire correspondre aux préférences de leur secrétaire de section, qu’ils peuvent apprécier sans être sensibles aux mêmes textes d’orientation.

De manière plus générale, je trouve que le congrès a agi comme un révélateur. Il reflète un état de fait qui est en place depuis des mois. La partition que l’on a aujourd’hui sous les yeux, on l’a vue aux législatives et elle s’exprime depuis au moins un an. Elle s’est cristallisée de manière spectaculaire à l’occasion du vote.

  • On assiste à une division du parti en deux camps de taille équivalente.

La grosse différence, c’est que dans ce vote pour le congrès, tous les militants s’exprimaient, et ils ne disent pas la même chose que le conseil national élu lors du précédent congrès.

On trouve, parmi celles et ceux qui se sont déplacés, beaucoup de responsables locaux et de collaborateurs d’élus. Cela est important, car derrière Nicolas Mayer-Rossignol, je constate qu’on trouve beaucoup de gens dont les intérêts sont liés à des positions et à des configurations locales. Ils ne voient pas pourquoi ils les sacrifieraient au profit d’une stratégie nationale affirmant trop haut l’union avec les Insoumis, ce qui pourrait potentiellement les gêner. Cela concerne Nicolas Mayer-Rossignol lui-même, mais aussi des soutiens comme le maire de Montpellier, Mickaël Delafosse, ou la présidente de l’Occitanie, Carole Delga.

Ces intérêts ont toujours existé, mais auparavant ils se fondaient dans des grandes synthèses qui permettaient de les concilier avec une ligne nationale. Cela était possible car il y avait des débouchés nationaux considérables pour le PS. Or, ces débouchés se sont nettement réduits.  

  • Quelles sont les conceptions qui s’affrontent derrière cet apparent point commun ?

La ligne d’Hélène Geoffroy me semble assez claire. […] tout faire pour qu’à la fin du second mandat de Macron, la supposée aile gauche de la Macronie revienne dans le giron du PS. […]

Les soutiens de Nicolas Mayer-Rossignol utilisent parfois la même rhétorique, mais […] leur ambition me semble moins nationale que locale. L’objectif serait que chacun garde toute latitude pour faire les unions qui lui conviennent au plan local. Parce que nationalement, contrairement à ce qu’il affirme, imposer un PS central est très peu probable.

Du côté d’Olivier Faure, la valorisation de la Nupes répond à un réflexe classique après les défaites : repartir sur sa gauche. […] L’union, c’est une façon de stopper le déclin.


[…] Déchu de son rôle de grand parti de pouvoir, absolument pas perçu comme un parti de luttes, il n’a plus d’identité bien affirmée au niveau national. Il a un récit à construire, mais plus beaucoup de ressources pour y travailler, y compris matérielles.

[…] Le vrai problème, avec ce congrès, c’est qu’il n’a rien tranché, alors que le parti a été considérablement affaibli. Depuis 2017, rien n’a fondamentalement évolué. La question de l’incarnation n’a pas été posée et rien ne permet de faire apparaître clairement une ligne socialiste dans le débat public. Ce devait être la tâche des mois qui viennent, mais au vu de la partition en deux du parti, elle va être compliquée à accomplir.


Fabien Escalona. Mediapart. Source (extraits)


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