Sauver les retraites ?

Non, c’est pour les marchés financiers

Il y a quelques jours, lors d’un débat sur les retraites, la chaîne de télévision « Public-Sénat » m’opposait à une conseillère économique du cabinet britannique PWC.

Ce grand cabinet international, bien connu pour son implication dans les « Luxembourg Leaks », sévit dans le monde entier pour détruire les droits sociaux, démanteler les entreprises et affaiblir les États au nom de « la rationalité économique ».

Ainsi, cette économiste n’a fait aucun détour pour avouer l’objectif de la « contre-réforme » macronienne des retraites: satisfaire les marchés financiers.

« Comment avoir l’aval des investisseurs lorsque l’on dit, nous voulons financer notre modèle social alors que d’autres pays ont obligé leur population à partir bien plus tard » m’a-t-elle lancé !

Et, pour conclure son plaidoyer, elle a pris pour exemple l’éphémère gouvernement du Royaume-Uni qui avait promis des baisses massives d’impôts. « Les marchés financiers ont dit non, le gouvernement de Liz Truss a dû démissionner. Donc il y a quand même cette menace-là qui s’appelle la sanction des marchés », insista-t-elle.

Tout cela relève de l’imposture. Les marchés financiers ne financent pas les retraites en France puisque celles-ci le sont à partir de l’idée d’un salaire continué à partir d’un prélèvement sur le travail et les richesses produites.

Mais, la démonstration des conseillers de PWC est exacte. Car les institutions internationales notamment la Commission européenne tout au service des ogres de la finance mènent depuis des années la guerre sociale contre les travailleurs pour leur soustraire toujours plus de fruits de leur labeur. C’est la raison principale de cette violence sociale.

Ils s’acharnent à remettre en cause la grande avancée civilisationnelle qui a fait que la retraite ne soit plus une antichambre de la mort comme le souhaitait A Croizat. Pourtant, il demeure qu’un tiers des ouvriers et un quart des employés se retrouvent en incapacité dès la première année de la retraite.

Quelle vie nous restera-t-il à l’ouvrier, à la caissière de supermarché, à l’infirmière après un nouvel allongement du nombre d’années passées au travail, alors que les comités d’hygiène et de sécurité ont été supprimés par les destructeurs des droits humains et sociaux qui se succèdent au pouvoir.

La régression proposée va bien au-delà des politiques menées sous les septennats de M. Giscard d’Estaing et de M. Pompidou. À cette époque, l’âge légal de départ était bien à 65 ans, mais avec 37,5 annuités de cotisation, la prise en compte des dix meilleures années de salaire, avec une retraite indexée sur les rémunérations. Aujourd’hui, le gouvernement veut imposer l’âge légal à 64 ans avec 43,5 ou 44 années de cotisations.

Et, pour toucher une retraite convenable, beaucoup de maçons, de caristes, d’infirmières, de vendeuses de supermarchés, d’artisans, d’employés devront travailler jusqu’à 67 ans. Souvent l’argument télévisuel consiste à expliquer que les autres pays le font. Tel est bien le problème !

Le capitalisme, c’est le moins-disant social, la régression. Et on utilise les vieilles ficelles de la division entre travailleurs pour protéger la rente.

Derrière ce coup de poignard social s’en cache un autre. Le pouvoir et ses porte-voix répètent à l’envi que les caisses de retraite des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers se retrouveront rapidement en difficulté du fait d’une réduction des recettes engendrée par la diminution de la masse salariale.

Il y a donc un projet caché répondant lui aussi aux injonctions formulées conjointement par les institutions européennes et les marchés financiers sur les bons conseils de PWC et de Mckinsey & Company : affaiblir encore plus les services publics et abolir le statut des fonctions publiques créé par Maurice Thorez et largement amélioré par Anicet Le Pors en 1982.

L’insupportable débat autour des « régimes spéciaux », visant à diviser les salariés, annonce cette attaque. Autrement dit, fidèle à une injonction d’un dirigeant du grand patronat français, il y a plus de 40 ans, les conquis du Conseil national de la Résistance et « les germes de communisme » doivent disparaître pour laisser pleinement libre cours au marché capitaliste.

Le cynisme de cette affaire est aggravé par le fait que les travailleurs vont être sacrifiés sur l’autel d’une petite opération politicienne pour sceller un accord entre le gouvernement et les parlementaires de droite.

[…]

Le hasard du calendrier a voulu que la première Ministre présente son projet régressif le jour même où la presse économique (toujours pour rassurer les fameux marchés financiers) annonçait que les entreprises cotées en bourse battent les records de leur niveau de profits et que leurs actionnaires recevraient 80 milliards d’euros de dividendes.

Précisément. En faisant payer les revenus financiers du capital, en conditionnant toutes les aides publiques à la formation, à la réduction du temps de travail, à l’augmentation des salaires, à l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, non seulement il n’y aurait plus de déficit, mais on pourrait revenir à l’esprit des ordonnances de la Libération et de la loi Croizat pour une sécurité sociale élargie à toutes les périodes de la vie.

Sans attendre, la puissance du mouvement social unitaire peut obliger un vrai débat national pour faire éclater la vérité, faire triompher la justice et obliger le pouvoir à abandonner son insupportable et injustifiable projet. C’est à portée de mains


La lettre du 21 Janv. 2023 – Patrick Le Hyaric. Source (extraits – lecture libre)


Bien evidemment chacune-chacun, peut ne pas etre en accord avec ces propos. MC


9 réflexions sur “Sauver les retraites ?

  1. bernarddominik 22/01/2023 / 10:29

    Oui c’est vrai mais pas totalement. Avec la retraite à 65 ans avec 39 annuités le PCF faisait payer les retraites des cadres et études longues par les petits ceux qui avaient commencé à travailler jeunes. Quand aux régimes spéciaux, il faut savoir qu’un cheminot ou un employé d’EdF passe plus de temps à la retraite qu’à travailler, et cela au frais de ceux qui justement ne profiteront que très peu de la retraite. Il faut donc arrêter de prendre les travailleurs pour des cons, et là, la CGT et la gouvernement sont bien dans le même wagon. Il faut un régime unique part points, comme en Suéde (retraite à 61 ans) et dans TOUS les pays pratiquant la répartition, pays où les syndicats défendent TOUS les travailleurs, contrairement à la France, avec une bonification pour les métiers pénibles, payée par l’employeur, fixer l’âge minimum de départ à la retraite par des critères médicaux fait par le médecine du travail en fonction de la santé de chacun, la pension étant proportionnelle aux point acquis. Quant au minimum vieillesse il doit être financé par la solidarité nationale, donc la taxe de solidarité de 7,5% que nous payons sur nos revenus (cette taxe ne doit pas servit à fabriquer des canons comme actuellement). Tout ça c’est du simple bon sens, mais notre pays a perdu tout bon sens et s’enfonce inexorablement, et la bagarre syndicats gouvernements n’arrangera pas les choses. Il ne faut pas se faire d’illusion l’avenir d’un pays ne se situe pas en vase clos, surtout quand il n’a comme ressources que la tête et les bras de ses habitants, c’est la place qu’il se fait dans l’environnement international qui lui donne ou lui retire ses ressources, or notre pays dévisse car les français n’ont pas compris qu’il faut se serrer les coudes et tous ramer dans le même sens. Les acquis sociaux? Ce n’est qu’un paramètre, quand la France sera au fond du trou, ils seront dérisoires face au coût de la vie.

    • Libres jugements 22/01/2023 / 10:48

      En se rapportant à l’époque de l’instauration, en 1945, des régimes de la sécurité sociale et notamment des retraites, les régimes spéciaux au sortir de la guerre avaient leurs importances. Il s’agissait avant tout de « relever le pays ». Je doute qu’aujourd’hui, ils aient toujours la même valeur de compensation morale et physique, ayant pour la plupart perdu l’objectif premier, particulièrement grâce aux progrès technologiques plus appropriées.
      Quant à appliquer le système à point, il n’est pas exempt de malfaçons… lui aussi.

  2. laurent domergue 22/01/2023 / 10:36

    Aucun scrupule mais surtout aucune pudeur ni discrétion dans le fait de nous sucer le peu de moelle qu’il nous reste , il faudrait restaurer les tribunaux populaires …!!!

    • Anonyme 22/01/2023 / 12:30

      Citation d’un article de Denis Kessler dans la revue Challenges le 4 octobre 2007
      Actualités Challenges < EDITORIALISTES DE CHALLENGES 04.10.2007

      Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !

      Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie.

      Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

      A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

        • Libres jugements 23/01/2023 / 12:39

          Personne ne me fera dire autre chose que la réalité.
          Né en 1941 j’ai des souvenirs de l’immédiate après-guerre même si grâce à mes parents, je n’ai pas souffert directement de la pénurie alimentaire et du manque de tout de cette époque. Ce que je sais, toutefois colportées par les souvenirs familiaux ou lus, est : d’une part la bataille acharnée que se sont livrés certains Français contre l’envahisseur nazi alors que d’autres pactisèrent avec eux. Il y avait dans l’immédiat après-guerre, deux clans dans la société française. Ceux qui regrettaient la dictature allemande et ceux fidèles à l’esprit et du général De Gaulle et des résistants (composés en (grande) partie de communistes). Il y avait, dans les années 55/65, une cohésion sociale face à nombre d’entrepreneurs ayant « au minimum » commercé avec l’ennemi envahisseur, lorsqu’ils n’avaient pas dénoncé de leurs ouvriers juifs, ou résistants.
          C’est dans ces conditions morales techniques et financières qu’Ambroise Croizat élabora la sécurité sociale en 1945, qui préservait la Santé et la certitude de disposer d’une retraite, située à 65 ans à l’époque (pour celles ou ceux qui pouvaient l’atteindre).
          En ce qui concerne les régimes « dits spéciaux-privilégiés », encore une fois il faut se rappeler les conditions de travail, le matériel de l’immédiate sortie de guerre et le besoin de remettre la France en marche à tous les niveaux. Sont-ils nécessaires aujourd’hui alors que notamment les technologies, robotisation, avènement du numérique, ont largement contribué évoluées à soulager les « charges de travail » ?
          Maintenant à la vue de tout cela, que chacune et chacun qui me lit, en deduise que j’entendrais donner des directives, des façons de penser, ce n’est pas le cas. Dans mon esprit chacun chacune est libre d’interpréter la sélection d’articles qui se trouvent sur ce blog, et d’en tirer ses conclusions personnelles.
          Avec toute mon amitié
          Michel

  3. bernarddominik 22/01/2023 / 11:39

    MC le système à point à un inconvénient : tous les retraités sont égaux. On peut tout à fait envisager que le chômage cotise pour la retraite, ce qui serait plus juste que le système actuel. Les français se croient toujours plus intelligents que les autres, pourtant le système social inventé par Bismarck fonctionne mieux que le notre, et on peut le voir en Alsace Moselle. Bismarck n’était pas communiste. Alors arrêtons de juger avec l’idéologie mais avec des faits. Oui les profiteurs sont « baisés » par un système à points. Je vois des réactions épidermiques mais aucune qui disent la réalité. Oui il y a des travailleurs qui ayant fait exactement le même métier que moi sont morts avant 64 ans alors que j’ai pris ma retraite à 65 ans et suis 9 ans après en parfaite santé, mais est ce que ça aurait justifié que je prenne ma retraite à 61 ans (j’avais toutes mes annuités)? Sait on d’avance quel sera notre sort? Les arguments avancés par la nupes sont sans nuance donc idiots.

  4. Pat 22/01/2023 / 11:44

    Métiers pénibles ? Comme si les gens aujourd’hui travaillaient toute leur vie pour une seule entreprise ! Entre 16 et 55 ans j’ai eu pour ma part 17 employeurs différents dans le privé et la fonction publique. Chercher du boulot c’était aussi pénible…alors dans ce débat de technocrates de mauvaise foi, la seule chose que je comprends c’est que la solidarité n’existe plus et ce n’est pas la faute qu’à Macron.

  5. La plume 22/01/2023 / 13:00

    Cessons de palabrer ( discourir, discuter interminablement) !
    La feuille de « route » a été définie par M.Kessler. Depuis les responsables politiques et économiques, dans leur grande majorité, en France et dans l’Union européenne se sont faits un devoir de l’appliquer nonobstant les périodes de contestations trop fortes ! Je vous laisse juge.
    .Denis Kessler Vice Président du MEDEF 4 octobre 2007
    « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! »
    « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux.
    La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !
    À l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’ « historiques » – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.
    Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionne-
    ment du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.
    Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun.
    Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.
    Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après-guerre apparaissent sacrilèges.
    Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du Parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce.
    Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux.
    Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. »
    Le magazine Challenges, 4 octobre 2007 (texte intégral)

    Il ne reste plus qu’en tirer les conséquences poilitiques et sociales.
    Il nous faut donc définir, Citoyennes et Citoyens, notre feuille de route politique et sociale !

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