Retraites : les jeunes s’en mêlent

Ce matin, Anna, Thaïs et Judith étaient en train de plancher sur un devoir surveillé pour leur prépa littéraire à Melun (Seine-et-Marne). À 14 heures, elles marchaient contre la réforme des retraites à Paris, aux côtés des organisations de jeunesse (L’Alternative, Voix lycéenne, les Jeunes insoumis, les Jeunes écolos, la Jeune Garde, entre autres) et de La France insoumise (LFI), qui revendiquaient dimanche soir 150 000 participant·es. Une source policière citée par Le Monde en a dénombré 12 000, tandis que le cabinet indépendant Occurrence (qui effectue un comptage indépendant pour un collectif de médias dont Mediapart) parle d’au moins 14 000 personnes.

« C’est une réforme qui, comme toutes les réformes de Macron, n’est pensée que pour les riches,estime Judith. Ils ne prennent pas en compte les travailleurs les plus précaires, ceux qui travaillent déjà tard et qui n’ont pas la possibilité de travailler jusqu’à 64 ans parce que c’est trop pénible. » Elles pensent à leur avenir, à leurs parents, à la masse des travailleurs et travailleuses au dos cassé. « On sait aussi que pour eux, faire beaucoup de jours de grève, c’est un vrai sacrifice, alors on y va aussi pour les soutenir »,ajoute Anna. 

« Et puis, c’est aussi une question de démocratie, reprend Judith. Une majorité de Français est contre cette réforme. Nous sommes nombreux à manifester. Si elle passe encore avec un 49-3, qu’est-ce que ça voudra dire de l’état de notre démocratie ? » Les trois jeunes femmes évoquent d’autres alternatives, comme augmenter les cotisations des entreprises ou, disent-elles en chœur, « taxer les riches ». « Qu’ils remettent l’ISF ! », ajoute Thaïs.

Derrière les trois copines, un baffle retransmet les discours prononcés sur le camion-tribune devant le carré de tête. Au micro, Colin Champion, président du premier syndicat lycéen, Voix lycéenne : « Nous qui sommes jeunes, on ne se rappelle pas distinctement la retraite à 60 ans. Mais nous qui sommes si jeunes, nous nous rendons bien compte qu’en l’espace de douze ans, l’âge de la retraite a reculé de quatre ans. » 

Une réforme qui concerne aussi les jeunes 

Alors « jusqu’où ? »,s’interrogent des étudiants et jeunes travailleurs dans le cortège. Parmi eux, Quentin, thésard, et Johan, ancien professeur de physique-chimie, au chômage après avoir démissionné de l’Éducation nationale. Les deux compères avaient fait leurs études ensemble, ils se sont retrouvés par hasard à la manifestation. « Les gens, ils en bavent déjà, balaye Quentin. Ils travaillent trop, trop longtemps. » 

Les deux manifestants de 27 ans trouvent honteux l’argument de la Macronie selon lequel cette réforme serait faite pour que les jeunes puissent avoir une retraite, comme le développait de manière mélodramatique la « première dame » sur TF1, le 9 janvier. « C’est un argument hypocrite,ajoute Johan, comme tous les arguments qu’ils utilisent pour cette réforme : ils mentent. Par ailleurs, si on allonge le temps du travail pour les seniors, l’accès au monde du travail pour les jeunes sera plus compliqué encore. Et puis, si on est jeune aujourd’hui, on sera vieux demain, donc on se bat aussi pour nos retraites à nous. » 

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Mathieu Dejean et Khedidja Zerouali. Mediapart. Source (Extraits)


2 réflexions sur “Retraites : les jeunes s’en mêlent

  1. Pat 22/01/2023 / 12:17

    Du bon sens c’est tout…Et puis pourquoi vouloir toujours tout réglementer ? Que ceux qui veulent et peuvent travailler jusqu’à 70 ans le fasse ! Que ceux qui veulent travailler plus que 35 heures par semaines le fasse ! Du moment que tous puissent vivre dignement du début à la fin de leur vie mais avec des retraites même à 1200 euros (brut), on y arrive pas seul avec un loyer et quémander toujours des aides c’est tout simplement dégradant. Que ceux qui parlent toujours de mérite comprennent que dès la naissance nous ne sommes pas égaux et les efforts ne suffisent pas toujours.

  2. bernarddominik 22/01/2023 / 14:15

    Oui un peu simpliste. Mais c’est vrai que l’âge de départ à la retraite ne devrait pas être un tabou. Ce qui compte ce sont les cotisations. Il faut donc plus légiférer sur le nombre d’années de cotisation et l’espérance de vie. Mais il ne suffit pas d’écouter encore faut il entendre. Mais à la place des jeunes je m’inquieterais plus de la dégringolade de la France.

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