Clap de fin pour Salto…

… épilogue d’un accord chaotique.

Après TF1 et M6 en novembre, France Télévisions a annoncé vendredi 20 janvier son désengagement de l’entreprise, actant par là même la cessation d’activité de Salto.

Lors du Comité social économique (CSE) extraordinaire réuni au siège du service public, la direction a expliqué aux représentants du personnel que « rien n’est encore officiel tant que des offres de reprise peuvent être examinées, mais nous ne laisserons pas les salariés dans l’expectative plusieurs mois ».

Autrement dit, sauf miracle, Salto fermera ses portes dans quelques semaines. Selon nos informations, la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, qui a réaffirmé à plusieurs reprises son attachement à Salto, a regretté les divergences stratégiques des trois partenaires et a insisté sur le fait que cette décision de cessation était par TF1.

L’annonce n’a rien d’une surprise, elle avait d’ailleurs fuité dans la presse depuis plusieurs jours. Sauf repreneur de dernière minute, la liquidation avec vente des actifs de la société devrait être prononcée rapidement.

Un scénario censé permettre aux trois actionnaires d’éponger une partie du déficit de 85,6 millions d’euros d’après le média en ligne économique L’Informé.

Cette vente par morceaux (droits sur les programmes, plateforme technique, fichier d’abonnés…) risque toutefois de s’avérer compliquée.

Qui est prêt à miser sur des droits à durée de vie limitée ou que se passera-t-il si les abonnés dénoncent leurs abonnements ? Un nouveau casse-tête qu’il faudra trancher vite pour arrêter l’hémorragie, Salto perdant environ 6 millions d’euros par mois.

Une gestion désastreuse

Pour Delphine Ernotte, il devenait donc urgent d’arrêter les frais, non sans avoir cherché un repreneur. « Des discussions ou des approches ont bien eu lieu, mais sans se concrétiser », raconte ce proche du dossier.

Si les noms d’Amazon Prime ou de Canal+ ont circulé, un seul acquéreur s’est fait connaître à ce jour : la plateforme espagnole de streaming Agile, dont l’offre ne semble pas avoir été prise au sérieux.

Formellement, tant que la liquidation n’a pas été prononcée, ce qui peut prendre plusieurs semaines ou mois, une reprise reste possible. Une hypothèse improbable à laquelle s’accrochent les 65 salariés (42 CDI, 8 CDD et 15 prestataires intégrés). […]

Après un lancement plusieurs fois retardé, la plateforme 100 % française qui devait titiller Netflix et Amazon n’aura jamais réellement décollé, victime avant tout d’un mariage contre-nature. Une alliance de circonstance sous le regard ultra-pointilleux de l’Autorité de la concurrence.

L’instance, acteur majeur et décisif de la fusion avortée de TF1 et M6, n’a rien voulu manquer du feuilleton Salto. Un mandataire a même été dépêché sur les lieux dès la création, validant chaque décision et imposant des restrictions (limitation de la capacité d’approvisionnement en contenus exclusifs auprès des sociétés mères, limitation de la promotion croisée entre leurs chaînes et la plateforme… ). « Pas simple de travailler avec un policier sur les genoux », ironise un cadre.

Autre difficulté de taille, la distribution. Boudée par les opérateurs télécoms Orange, Free et SFR, Salto n’est visible que via une box Bouygues, puis, à partir d’avril 2022, en passant par Amazon Prime.

De plus, la plateforme SVOD aura dû composer avec la concurrence de ses propres actionnaires. Le catalogue payant (6,99 euros puis 7,99 euros) proposé par Salto se composait, en effet, des contenus de TF1, M6 et France Télévisions proposés pour la plupart gracieusement en replay sur les sites des chaînes…

Très vite dans l’impasse, Salto avait lié son avenir à celui de la fusion de TF1 et M6 initiée en 2021, les deux chaînes s’étant engagées à garder la plateforme et à racheter les parts de France Télévision, toute heureuse de pouvoir récupérer sa mise de 45 millions d’euros. L’abandon du projet de fusion en septembre 2022 a fini de sceller son sort.

[…]


Etienne Labrunie Télérama. Source (extraits)


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