Chute programmée…

… du montant des retraites… ne pas oublier que la part retraite « sécu » est englobée maintenant dans le budget général national. Autrement dit, aucune certitude, pour une indexation sur le cout de la vie ni la conservation du montant de la dotation, d’évoluer d’année en année. MC

Il y a des passagers clandestins dans le projet de réforme des retraites. Depuis des mois, le débat se focalise sur l’âge de départ ou la durée de cotisation. En oubliant le niveau de revenus des retraités qui vont (bon gré, mal gré) « contribuer à l’équilibre du système », selon la constatation du Conseil d’orientation des retraites.

Le COR le précise cruellement dans son dernier rapport (septembre 2022) : « La stabilisation /diminution de la part des dépenses de retraite dans le PIB a pour contrepartie la diminution relative (et non absolue) du niveau de vie des retraités par rapport à l’ensemble de la population. » Les pensions des retraités sont désormais en baisse constante en comparaison du salaire moyen des actifs, et (réforme ou pas)  ça n’est pas fini.

Vieux os et basses eaux

Selon ce même document, les retraités touchent actuellement (en moyenne) 52 % de leur ancien salaire. Ce « taux de remplacement » va, d’ici quelques années, dégringoler à environ 37 %, prévoit le COR. Cela ne signifie pas que les pensions vont baisser, mais qu’elles augmenteront moins vite que les rémunérations des actifs, provoquant un appauvrissement relatif des retraités.

A la clé, une diminution de leur niveau de vie. Les retraités ont un revenu nettement inférieur à celui des actifs (35 000 euros annuels contre 45 000). Malgré tout, leur niveau de vie est, depuis la fin des années 90, légèrement supérieur à celui des salariés, car les retraités n’ont pratiquement plus d’enfants à charge ni de crédit immobilier à payer.

Les projections à cinquante ans prévoient qu’il ne représenterait plus alors qu’environ 80 % de celui des actifs. Et les futurs retraités rentreront moins dans leurs sous : si ceux de l’an 2000 reçoivent, en pensions, 75 % des cotisations payées au cours de leur vie professionnelle, ceux de 2070 n’en récupéreraient que 63 %.

Cet appauvrissement relatif résulte des différentes (et bruyantes) réformes passées (Balladur en 1993, Fillon en 2003, Woerth en 2010 et Touraine en 2014), mais aussi de quelques discrètes combines utilisées depuis un quart de siècle pour faire des économies en loucedé.

Comme l’explique un ancien dirigeant de la caisse complémentaire Agirc-Arrco, « le recul de l’âge de la retraite met immédiatement 2 millions de personnes dans la rue. Les gouvernements préfèrent agir par le biais de mesures techniques, peu lisibles ». C’est ainsi que le montant des pensions (345 milliards en 2021, complémentaires comprises) a été diminué de près de 100 milliards en trente-cinq ans.

Réformes invisibles

La série commence en 1987, lorsque Philippe Séguin, alors ministre des Affaires sociales, indexe « exceptionnellement » pour un an les retraites sur l’inflation et non plus sur l’évolution des salaires, qui, elle, est généralement supérieure.

L’exception sera reconduite par la gauche, revenue au pouvoir en 1988, puis rendue définitive par Balladur, en 1993. Lequel a également allongé la durée de cotisation de trente-sept ans et demi à quarante ans, et fondé son calcul sur les 25 meilleures années de revenus, au lieu de 10.

En 2003, François Fillon porte la durée de la cotisation à quarante et un ans et demi. En 2010, Sarkozy brise le tabou des 60 ans en portant l’âge légal de départ à 62 ans. Économie pour les caisses vieillesse : autour de 20 milliards par an.

La gauche, qui avait organisé de grandes manifs contre la réforme, ne la remettra pas en question après l’élection de François Hollande à l’Élysée, en 2012. Au contraire, Marisol Touraine portera discrètement, en 2014, la durée de cotisation à quarante-trois ans à compter de 2035.

Les caisses de retraite complémentaire (Agirc et Arrco, cogérées par les syndicats et le patronat) ne sont pas en reste, via des mesures techniques que tout le monde n’a peut-être pas saisies. Le « rendement du point » — c’est à dire ce que rapportent au retraité les « points » de retraite qu’il a achetés au cours de sa carrière — a peu à peu baissé de 40 % en trente ans. Autre petite gâterie, le « coefficient de solidarité », instauré il y a quatre ans : un salarié qui prend sa retraite du régime général à l’âge légal et avec la durée de cotisation requise devra cotiser un an de plus à l’Agirc-Arrco pour percevoir sa retraite complémentaire. Sinon, celle-ci sera amputée de 10 % pendant trois ans.

Cette baisse de revenus à causes multiples est tranquillement assumée par le COR, qui, en conclusion d’un colloque, le 28 novembre dernier, conseillait notamment aux futurs retraités, « s’ils considéraient que le montant de leur future pension [était] insuffisant, [de] reporter leur âge de départ ».

Ça tombe bien, c’est exactement ce que le gouvernement propose…


Bayrou découvre 30 milliards de déficits cachés

Le déficit des retraites est supérieur d’environ 30 milliards aux chiffres annoncés par le gouvernement. Un groupe de hauts fonctionnaires l’avait révélé (« Le Canard », 1/6/22), François Bayrou le confirme. Dans une note publiée le 8 décembre, le haut-commissaire au Plan explique que, « au-delà des cotisations de droit commun », dont il est normal que l’État et les collectivités locales s’acquittent en tant qu’employeurs, « il demeure un besoin de financement de près de 30 milliards ».

Notamment à cause de la démographie particulière des fonctionnaires d’Etat, qui comptent moins de cotisants que de retraités.

Ces 30 milliards, payés par le Budget, représentent (en période hors « quoi qu’il en coûte ») environ le tiers du déficit public et sont financés par la dette, que rembourseront… les futurs retraités.


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 18/01/2023


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