Plus d’un million de personnes dans la rue…

… mais Macron ne recule pas… pour le moment !

Les mobilisations contre la réforme des retraites ont atteint un niveau historique, jeudi 19 janvier. Les syndicats, unanimes, ont appelé à une seconde journée de manifestations et de grève le 31 janvier. S’exprimant depuis l’Espagne, le président n’a rien cédé.

Les objectifs étaient ambitieux, et ils ont été largement remplis. La première journée de mobilisation contre la réforme des retraites, jeudi 19 janvier 2023, a été un succès incontestable pour les syndicats, unis dans leur protestation. Dans toute la France, les défilés ont fait le plein, et les pourcentages de grévistes dans les secteurs les plus offensifs sont impressionnants.

Tous les témoignages recueillis dans les cortèges convergent pour rejeter le projet d’Emmanuel Macron de faire reculer l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, et de porter plus vite que prévu à 43 annuités la durée de cotisation nécessaire pour obtenir le « taux plein ».

Selon les décomptes officiels du ministère de l’intérieur, 1,12 million de personnes ont défilé en France durant la journée, dont 80 000 à Paris. Les rassemblements ont donc tutoyé les plus hauts niveaux de fréquentation mesurés par les autorités, pour des rassemblements à l’initiative des organisations de salarié·es, de ces trente dernières années : les plus grosses manifestations contre les réformes des retraites de 1995, de 2003 et de 2010 avaient elles aussi dépassé le million de participants, avec comme point culminant 1,13 million de personnes le 13 mai 2003.

La barre symbolique du million de personnes dans la rue, […] a été dépassée. […] À Paris, la préfecture de police a compté 80 000 manifestants, là où elle en avait dénombré au maximum 90 000, le 12 octobre 2010. […] … compte tenu du nombre impressionnant de participant·es, les forces de sécurité ont autorisé différents itinéraires au départ de la place de la République, d’autres ont rejoint directement le défilé place de la Bastille, et toutes et tous n’ont pas, de loin, continué le parcours jusqu’à son terme de la place de la Nation.

Petit symbole : plusieurs milliers de personnes ont aussi défilé à Annonay (Ardèche), qui fut longtemps le fief du ministre du travail, Olivier Dussopt.

La mobilisation a été particulièrement marquée dans les métropoles régionales : 38 000 personnes à Lyon, selon les syndicats (23 000 selon la préfecture) ; 50 000 à Toulouse (36 000 selon le comptage de la police) ; 60 000 personnes à Bordeaux (16 000 selon la police) ; 40 000 à Nantes (26 000 selon la police) ; 25 000 à Rennes (17 000 selon la police) et à Montpellier…

Mais le signal le plus fort vient des villes moyennes, où la participation a été exceptionnellement élevée, au point qu’elle a largement surpris. Dans les cortèges, les enseignant·es, les fonctionnaires, les postiers et postières se sont retrouvé·es aux côtés des artisan·es, des commerçant·es et des personnels de santé.

À Alençon (Orne), plus de 5 000 personnes ont ainsi manifesté. À Périgueux (Dordogne), elles étaient plus de 8 500, selon le comptage de Sud Ouest. À Valenciennes (Nord), 8 000, et à Angoulême (Charente) et Alès (Gard), elles étaient 12 000. Quant à Mende, la température était de – 10 °C, la police y a compté 1 800 manifestant·es : historique pour cette ville de 11 000 âmes. […]

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Deuxième journée de manifestation syndicale le 31 janvier

Pour enfoncer le clou, les syndicats, après plus d’une heure et demie de discussion, ont donné rendez-vous mardi 31 janvier 2023 pour une deuxième journée de mobilisation, un jour après le début de la discussion du projet de loi en commission à l’Assemblée. Entre-temps, samedi 21, les organisations de jeunesse, rejointes par La France insoumise, auront à leur tour évalué leurs forces dans la rue.

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L’union dans la durée entre tous les syndicats et les partis de gauche sera sans doute nécessaire pour ébranler le pouvoir, si l’on en croit les premières réactions d’Emmanuel Macron. Parlant jeudi après-midi depuis Barcelone, où une grande partie de l’exécutif était réuni pour célébrer la bonne entente franco-espagnole, le président n’a pour l’heure pas dévié de sa ligne.

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La première ministre Élisabeth Borne a été plus prudente : « Je salue l’engagement des forces de l’ordre, comme des organisations syndicales, qui ont permis aux manifestations de se dérouler dans de bonnes conditions, a-t-elle déclaré sur Twitter. Permettre que les opinions s’expriment est essentiel pour la démocratie. Continuons à débattre et à convaincre. »

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[…] « On ne peut pas avoir une poignée de personnes qui génèrent une pagaille pour des millions de Français », avait déclaré le 15 janvier Aurore Bergé, présidente du groupe macroniste à l’Assemblée. Les manifestant-e-s pourraient lui retourner le compliment, et refuser désormais qu’« une poignée » de responsables politiques s’arc-boutent dans un bras de fer contre « des millions de Français ».


Dan Israel. Mediapart. Source Web (courts extraits)

La manifestation contre la réforme des retraites, vue par le quotidien l’Humanité – Cécile Rousseau 20/01/2023. Source (Extraits)

Contre la réforme des retraites : levée en masse, acte I

Une marée humaine contre une politique régressive. Ce jeudi, à Paris, en passant par Calais, Nice, Marseille, Lyon, plus de 2 millions de personnes ont défilé pour rejeter en bloc la réforme des retraites, en scandant : « 64 ans, c’est non ! » Au même moment où Emmanuel Macron assurait, depuis Barcelone et un sommet Espagne-France, la « détermination » de l’exécutif pour faire voter une réforme « juste et responsable », dans la capitale, un cortège impressionnant s’est déployé de la place de la République jusqu’à celle de la Nation. Ils étaient 400 000 à battre le pavé, collés-serrés, portant des pancartes pragmatiques comme : « Taxer les riches du CAC 40 pour obtenir la retraite à 55 ans ».

Dans plusieurs villes, le nombre de manifestants était inédit depuis la lutte contre la réforme des pensions de 2010 ou celle, historique, de 1995. Dans le carré de tête, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, sentait déjà le vent tourner pour le gouvernement : « Je pense que le million va être dépassé. » À ses côtés, Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, ne cachait pas, non plus, sa satisfaction : « On est clairement au-delà de ce qu’on pensait. »

Alors que l’exécutif misait sur la résignation des Français, l’alliance des huit syndicats CFDT-CGT-FO-CFTC-Unsa-CFE-CGC, FSU et Solidaires, inédite depuis 2012, en a motivé plus d’un à se déplacer. C’est le cas de Sophie, cadre non syndiquée malgré son K-way CFE-CGC sur le dos. « Je n’ai jamais participé à des mobilisations sociales, même s’il pouvait m’arriver de me mettre en grève. Il y a eu une accumulation : je ne supporte plus tous leurs discours d’enfumage, on sait qu’il y a des solutions pour financer le système. Je fais aussi grève par solidarité », explique-t-elle en sautillant au rythme des batucadas.

Malgré le dispositif policier impressionnant et des violences sur le parcours, les primo-manifestants étaient nombreux dans les rues. Sylvain, 57 ans, salarié chez ArianeGroup aux Mureaux (Yvelines), en fait partie. S’il s’estime plutôt privilégié, il sera pleinement touché par le recul de l’âge légal. « J’ai de bons revenus, mais je veux aussi avoir du temps ! » revendique-t-il. Sur le site, le niveau de mobilisation est du jamais-vu, selon Christian Rault, secrétaire de la CGT. « Il va falloir nous laisser partir en retraite et faire de la place pour les jeunes », tranche-t-il.

« faire une dictée avec un dentier, ça va être compliqué ! »

Konaté, 36 ans, est, lui, content de pouvoir marcher sous le drapeau de la CFDT. Ces salariés d’un sous-traitant du nettoyage avaient défilé avec la CGT, en 2019, contre la première réforme du régime universel des pensions. « Je nettoie le sol dans une école et une résidence dès 7 heures du matin. Travailler jusqu’à 64 ans, ça me semble impossible. Je ne gagne que 1 380 euros par mois, mais je veux bien perdre du salaire maintenant en faisant grève plutôt que ça soit pire plus tard. »

Vu le niveau de colère, le discours très offensif du gouvernement contre les grévistes de la CGT EDF, qui ont fait baisser jeudi la production électrique de 7 000 mégawatts, soit l’équivalent de deux fois la consommation de Paris, sans incidence sur les usagers, reste inaudible. « J’assume notre stratégie, lance Sébastien Ménesplier, secrétaire général de la CGT mines et énergie. Nous bloquons toute l’électricité à l’exportation, c’est toujours ça en moins sur lequel il n’y aura pas de spéculation ! Sur le terrain, les agents nous demandent de durcir l’action. On a bien compris que, pour faire reculer le gouvernement, il faut aller plus loin. »

Alors que 70 % à 100 % des salariés des raffineries ont cessé leur activité selon la CGT, tout comme la moitié des cheminots, 65 % des enseignants de collèges et lycées se sont déclarés grévistes selon le Snes-FSU ainsi que 70 % des instituteurs. Sous sa pancarte « Retraite en soldes, – 67 % avec le code Perlimpinpin  », Marion, 32 ans, et Caroline, 40 ans, syndiquées à l’Unsa, pensent à l’avenir. « J’ai perdu ma mère à 68 ans, ça fait réfléchir, raconte Caroline, professeur des écoles. Et je m’étais toujours dit que, quand mes enfants auraient 35 ans, je serai en retraite pour garder mes petits-enfants. Et puis, faire une dictée avec un dentier, ça va être compliqué ! »

Quand il entend la première ministre, Élisabeth Borne, parler « de progrès social » avec ce projet, Dann, pompier dans les Yvelines a juste envie de lui répondre : « Vous me voyez éteindre des feux à 800 degrés jusqu’à 59 ans au lieu de 57 ans (comme le permet aujourd’hui la catégorie active – NDLR) ? À 50 ans, j’ai déjà du mal certains jours à me lever en pleine nuit. J’espère donc qu’on va les faire plier.» Si les raffineurs ont déjà prévu de se mobiliser à nouveau le 26 janvier pour 48 heures, les manifestants sont déjà dans les starting-blocks pour une prochaine journée d’actions.

La manifestation contre la réforme des retraites, vue par Le Figaro Web du 20/01/2023.

Source (lecture libre)


Retraites : 1,12 million de manifestants dans toute la France, selon le ministère de l’Intérieur

[…]

De son côté, la CGT a annoncé que plus de deux millions de manifestants s’étaient mobilisés dans toute la France ce jeudi. Plus de 200 manifestations ont eu lieu à Paris et en régions, très majoritairement dans le calme, pour faire reculer le gouvernement sur son projet de porter l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans.

Dans le détail, les chiffres remontés par les autorités attestent d’une mobilisation très importante: 36.000 personnes ont ainsi défilé à Toulouse, 26.000 à Marseille, 25.000 à Nantes, 19.000 à Clermont-Ferrand, 15.000 à Montpellier, 23.000 à Lyon … Quelques heurts, tensions ou dégradations ont été signalés à Paris, Lyon et Rennes.

Les organisations syndicales et politiques sont donc parvenues à atteindre leur objectif d’un million de participants. «Soyons 1 million à déferler dans la rue» ce jeudi, avait ainsi lancé le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel dans le « journal du dimanche » ce week-end. À l’échelle nationale, les niveaux de mobilisation sont supérieurs à ceux du 5 décembre 2019: au démarrage de la contestation contre le précédent projet de réforme des retraites, la police avait compté 806.000 manifestants en France, la CGT 1,5 million. «On est clairement sur une forte mobilisation, au-delà ce qu’on pensait», a abondé le numéro un de la CFDT, Laurent Berger. Son homologue de la CGT Philippe Martinez a évoqué une mobilisation «réussie».

Une mobilisation similaire à celle des mouvements sociaux de 1995, 2003 et 2010

Les manifestations de ce jeudi retrouvent même les niveaux de mobilisation contre les précédentes réformes des retraites en 2003 et 1995. Le « plan Juppé » qui contenait un volet sur la réforme des retraites et un autre sur une réforme de la Sécurité sociale, avait été à l’origine d’un important mouvement social.

Le 12 décembre de cette même année, plus d’un million de personnes avait participé à une manifestation, selon la police, et plus de deux millions selon les syndicats. Les manifestations étaient accompagnées d’un mouvement de grève très important. Le gouvernement de l’époque avait fini par abandonner sa réforme sur les régimes spéciaux des retraites.

En mai 2003, plus de deux millions de personnes avaient manifesté en France, selon les syndicats (1,13 million selon la police) contre le projet de loi sur les retraites de François Fillon, alors ministre du Travail. Enfin, les manifestations de 2010 comptent, elles aussi, plus d’un million de participants selon les autorités.

Plusieurs mobilisations d’ampleur sont organisées les mois de septembre et octobre 2010 pour protester contre la réforme des retraites d’Éric Woerth, ministre du Travail sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Ces manifestations rassemblent à chaque fois autour d’un million de participants, selon les autorités.

La plus importante étant celle du 12 octobre, qui regroupe jusqu’à 3,5 millions de manifestants selon les syndicats et 1,23 million selon la police. Le gouvernement n’a toutefois pas renoncé à sa réforme et la loi a été promulguée à la fin de l’année 2010.


Une semonce, mais pas un aboutissement… continuons ! MC


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