Faillite suspecte

Go Sport : où sont passés les 36,3 millions d’

Ce lundi, le tribunal de commerce de Grenoble a passé au peigne fin les comptes de l’entreprise. Il jugera ce jeudi si la marque d’équipements sportifs ferme ses portes. Des opérations financières orchestrées par l’actionnaire pourraient avoir précipité l’enseigne dans le rouge.

La série noire des naufragés du commerce s’alourdira-t-elle d’une enseigne supplémentaire, ce jeudi ?

C’est en tout cas ce que craignent les salariés de Go Sport, marque d’équipements sportifs. Ce lundi, le tribunal de commerce de Grenoble a passé au peigne fin les comptes de l’entreprise, domiciliée à Sassenage en Isère, pour déterminer si elle est ou non en cessation de paiement.

La décision des magistrats, mise en délibéré, ne sera portée à la connaissance des 2 150 employés du groupe que le 19 janvier. De quoi raviver les inquiétudes de ces derniers, qui craignent de vivre le même supplice que leurs collègues de Camaïeu, marque détenue par les mêmes actionnaires et définitivement liquidée en septembre de l’année dernière.

« Nous sommes révoltés et en colère ! » ont tonné quelques salariés réunis devant le tribunal. La direction de Hermione People & Brands (HPB) – maison mère de Go Sport et filiale de la Financière immobilière bordelaise de l’homme d’affaires Michel Ohayon – est restée muette à la sortie du tribunal.

Une remontée suspecte

Ces dernières semaines, pourtant, la direction de HPB s’était voulue rassurante, martelant que la situation des magasins sportifs était loin d’être similaire à celle de Camaïeu, Go Sport évoluant dans un milieu porteur et n’ayant pas subi les mêmes aléas que l’enseigne de prêt-à-porter (une cyberattaque avait en effet lourdement affecté la marque de vêtements). Après « dix-sept années de pertes », Go Sport devrait renouer avec les bénéfices « dès 2023 », a assuré Wilhelm Hubner, président de HPB.

De nombreux spécialistes se permettent pourtant de nuancer cette démonstration d’optimisme. À commencer par deux commissaires aux comptes, EY et KPMG, qui ont pointé en fin d’année dernière d’inquiétantes irrégularités de trésorerie.

Ces derniers ont en effet découvert une remontée suspecte de 36,3 millions d’euros depuis les caisses de Go Sport vers le propriétaire HPB, malgré un déficit de trésorerie de plus de 10 millions à la fin du mois d’octobre 2022.

Habiller la mariée

Les craintes ont redoublé, jeudi 12 janvier 2023, lorsque l’actionnaire a indiqué vouloir que sa filiale Gap France, enseigne de prêt-à-porter elle aussi en grande difficulté, soit rachetée par Go Sport. Pour le groupe, il s’agirait de renforcer son activité « lifestyle et sportwear ».

La réalité est tout autre, selon Christophe Lavalle, délégué syndical FO. Il s’agit d’une « manœuvre malhonnête, une mascarade simplement destinée à tenter de masquer la disparition de 36,3 millions d’euros, qui sont remontés depuis février du groupe Go Sport vers la holding HPB », dénonce-t-il.

Selon des informations de Médiapart, le nouveau directeur de Go Sport, Patrick Puy (aux manettes du démantèlement du groupe textile Vivarte), serait simplement en train d’habiller la mariée dans l’objectif de vendre les deux marques, dans quelques mois, au plus offrant.

En somme, un montage financier sur le dos des salariés.

[…] Jusqu’à ce jeudi 19 janvier 2023, date où sera rendu public le jugement du tribunal de commerce de Grenoble, le suspense demeure pour les employés de la marque. […]


Marie Toulgoat. Source (Extraits)


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