Envoi de chars lourds: la France hésite

Les Britanniques ont annoncé l’envoi de chars lourds Challenger 2 à Kiev, une première pour un pays occidental. Alors que les signes d’une offensive russe dans les semaines ou mois à ve­nir semblent se dessiner, Paris hésite à franchir ce cap. Jusqu’à quand ?

Après l’annonce d’envoi de blindés légers, la France va-t-elle envoyer du « lourd » en Ukraine, en l’occurrence, des chars Leclerc ? Une course contre-la-montre paraît être lancée dans le camp occidental pour fournir à Kiev des moyens de se défendre, notamment dans l’est du pays.

Après la Grande-Bretagne, qui a promis samedi 14 chars lourds Challenger 2, la France hésite. « Cela reste une hypothèse. On s’adaptera en fonction de la situation, c’est une question de timing et d’utilité pour les Ukrainiens », souligne-t-on dans l’entourage du président Macron. Incontestablement, la question des Leclerc est dans les tuyaux depuis plusieurs jours, alors que le partenaire allemand songe, lui, à envoyer ses chars de combat Léopard 2.

Des annonces vendredi 20/01/2023 ?

Problème : le constructeur de ce dernier, Rheinmetall, affirme qu’il ne pourra pas en livrer avant 2024. La visite lundi outre-Rhin du Premier ministre polonais visait à accélérer une décision forte de Berlin (alors que la ministre de la Défense allemande vient de démissionner).

Des annonces majeures de la France et de l’Allemagne pourraient-elles ainsi intervenir vendredi, sur la base américaine de Ramstein, lors d’une réunion des pays alliés de l’Ukraine ? C’est possible.

L’Élysée assure à ce stade que Paris « fournira des équipements en concertation avec les partenaires », et anticipe finalement une « une offensive russe au printemps » renforcée par une nouvelle phase de la conscription, comme le prédisent de nombreux experts militaires. Passer de la livraison de blindés légers à des chars de combat illustre une montée en puissance du soutien occidental.

À Paris, on se montre toutefois prudent pour toujours éviter « d’entrer en co-belligérance », sans avoir de certitudes sur « la ligne rouge » à ne pas dépasser, vu de Moscou. Autre écueil : déshabiller l’armée française en cas de conflit de haute intensité et dans une guerre amenée à durer.

Citant l’exemple de « négociations » entre Russes et Ukrainiens sur la question des céréales, de la centrale de Zaporijjia ou d’échanges de prisonniers, un conseiller du président français veut y déceler une toute petite éclaircie dans le brouillard hivernal. « Notre espoir est de dessiner un chemin de sortie de crise, en élaborant des scénarios. On ne souhaite ni un conflit gelé, ni la défaite totale d’un camp ou de  l’autre, répète-t-on. Nous soutenons l’Ukraine et souhaitons sa victoire et le retour de sa souveraineté, mais nous ne faisons pas la guerre à la Russie, » On dit même que l’instrument du « dialogue » n’est pas totalement fermé entre Macron et Poutine, même si leur dernier échange date de septembre 2022.

Dans l’immédiat, lundi, le Kremlin a promis de « brûler » les chars occidentaux et de poursuivre son opération militaire spéciale. Des exercices aériens qualifiés de « défensifs » par Moscou – se tiennent ces jours-ci à la frontière nord de l’Ukraine.

Signe anodin ? Un scénario presque identique, avec des manœuvres russes et biélorusses, s’était déroulé à l’hiver 2022. Juste avant l’invasion du 24 février 2022.


Xavier Frere – Le Dauphiné Libéré. 17/01/2023


Une réflexion sur “Envoi de chars lourds: la France hésite

  1. bernarddominik 18/01/2023 / 17:40

    La Russie peut mettre 3000 chars en ligne. La livraison de 14 chars alors que Zelensky en réclame 200, c’est à dire la totalité de ce dont disposent la France ou l’Angleterre. Il faut regarder la réalité en face, on peut faire durer la guerre mais on ne peut pas faire gagner l’Ukraine. Alors faire durer la guerre pourquoi? Pour affaiblir la Russie avec la vie des ukrainiens. Les allemands traînent des pieds car ils ont compris l’engrenage. Avec sa torpille Poseidon la Russie peut faire de gros dégâts en Angleterre et en France en rayant de la carte les villes côtières et ceci sans attaque directe. Alors que fait on? On continue?

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