Corruptions en fourrières !

Les nouvelles surprises de l’enquête sur les soupçons de corruption à Paris et dans les Hauts-de-seine.

En juillet 2022, « Le Canard » racontait la mort tragique de Samir Bey, un dépanneur de la société Inter Dépannage fauché sur l’autoroute A4, et les extravagantes acrobaties avec le Code du travail exécutées par son patron, le roi des fourrières Chafic Alywan.

Le Palmipède s’étonnait que cette entreprise, multicondamnée, puisse tranquillou obtenir de juteuses délégations de service public à Paris et dans les Hauts-de-Seine.

Six mois plus tard, coup de théâtre avec l’annonce de l’incarcération de Chafic Alywan, soupçonné d’être au cœur d’un vaste réseau de corruption de fonctionnaires et de policiers (« Médiapart » et « Le Parisien », 04/01/2023).

Particulièrement visé : un marché attribué par la Mairie de Paris, en mars 2021, pour gérer le tiers des préfourrières de la capitale.

Confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), l’enquête a débouché sur une stupéfiante liste de délits présumés : corruption de personne dépositaire de l’autorité publique, prise illégale d’intérêts, faux en écriture publique, abus de biens sociaux, blanchiment, usage de faux, détournement des finalités d’un fichier de police et travail dissimulé.

A la Mairie de Paris, l’enquête s’intéresse de près au rôle qu’aurait joué une cheffe de service.

D’anciens salariés d’Inter Dépannage ont raconté à l’IGPN que cette dame se serait vu offrir une Land Rover par un concessionnaire proche de Chafic Alywan. En échange, elle aurait fermé les yeux sur l’état des « poubelles ambulantes » utilisées par les fourrières.

Jointe par « Le Canard », l’intéressée réplique par un « Je ne vous répondrai pas » aux interrogations sur la Land Rover. Et par un « Bien sûr que non ! » à l’évocation de la moindre complaisance de sa part.

Difficile pourtant d’imaginer que les fonctionnaires ignoraient tout de la réputation du prestataire avant de signer son contrat.

Comme le confiait en juillet dernier un élu municipal, l’attribution du marché à cette entreprise « avait fait tousser » dans les couloirs de l’Hôtel de Ville.

Des voitures en cadeau

Les juges et l’IGPN s’intéressent également au commissaire de police d’un quartier chic. Toujours selon d’anciens salariés d’Inter Dépannage, Chafic Alywan aurait offert, en 2017, une voiture à l’un des enfants de ce superpoulet pour fêter l’obtention de son permis. Quelle touchante attention !

Un ex-cadre de la préfecture des Hauts-de-Seine se trouve aussi dans le viseur de la justice : il est soupçonné d’avoir accordé des titres de séjour de complaisance à un frère du patron d’Inter Dépannage qui servait de prête-nom pour les besoins du trafic.

Cette proximité avec des policiers bien placés nourrit les doutes de la famille de Samir Bey concernant la conduite de l’enquête pénale qui a suivi la mort du dépanneur. Alors que son camion n’était pas en règle  question sécurité et avait été immobilisé par la police quelques jours avant l’accident, Chafic Alywan avait pu le récupérer et le remettre sans souci en circulation.

Rebelote juste après le décès de Samir Bey : le patron avait fait repartir son camion avant même que la police ne l’inspecte !

Même si Alywan traîne une réputation de tyran, les flics n’ont, sans doute pas, voulu ajouter à ses tracas…


Jérôme Canard. Le Canard Enchaîné. 11/01/2023


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