Première fois

Un souvenir ému du père qui ne tient plus la selle, qui laisse l’enfant pédaler, l’enfant qui regarde ses pieds et le pédalier, qui hésite encore à regarder devant, l’enfant qui ne sait pas, qui ne tombe pas, du vélo et qui apprend à aller de l’avant, à prendre de la vitesse aussi, qui apprend très vite à freiner, à s’arrêter et qui prend plaisir à repartir, à appuyer sur les pédales, à être en équilibre avec la machine.

Il y a très précisément un équilibre, entre le corps de l’homme et celui de la machine, entre les membres de l’homme et ceux de la machine

il y a une sorte d’alchimie et de précision dans l’échange de la matière, une poésie quantique du déplacement de l’homme fait machine, et de la machine faite homme.

Il y a création.

Il y a un objet physique nouveau, une nouvelle subjectivité, une arme de muscle de faire. Aussi il y a des formules scientifiques qui disent les rapports entre les muscles et le métal et d’autres rapports encore.

Il y a l’invention répétée de l’équilibre. Aussi, il y a le centre de gravité et l’effet gyroscopique la vitesse et la force centrifuge et la force de gravité.

Il y a le contact avec le sol et le contact avec l’atmosphère.

Il y a deux roues une chaîne, un pédalier et un cadre. Une selle un homme dessus qui avance a chaque coup de pédale, un homme qui en répétant le mouvement invente l’idée même de départ. Un homme, dont l’imagination prend de la vitesse, qui négocie des virages avec des rêves qui voyagent longtemps, avec l’idée du voyage.

Il y a un homme qui ne tombe pas qui a appris à maintenir l’équilibre qui demeure l’enfant qu’il a été quant à la main de l’aîné a lâché la selle pour le laisser aller.


Fabrice Caravaca


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