Émule de Pasqua…

… il perdure les méthodes entourloupes du maître.

Charles Pasqua est mort depuis près de huit ans. Pourtant, ses bonnes vieilles méthodes ont toujours cours dans son ancien fief du conseil départemental des Hauts-de-Seine, dirigé aujourd’hui par le LR Georges Siffredi.

Quand il était aux affaires du « 9-2 », l’ancien ministre de l’Intérieur de Chirac avait largement subventionné la création d’une université privée, le pôle universitaire Léonard-de-Vinci.

Le train de vie somptueux de ses patrons avait outré les étudiants du public et escagassé la chambre régionale des comptes. Le 15 décembre dernier, Siffredi s’est fait épingler sur le même dossier par d’autres magistrats.

Ainsi, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a sèchement refusé d’homologuer un protocole d’accord conclu entre le conseil départemental et la « fac Pasqua ».

Ce document visait à régulariser la situation juridique des actuels locaux du pôle universitaire, loués dans des conditions très désavantageuses pour les finances publiques.

Loyer très soldé

Depuis 2017, les écoles affiliées du groupe De Vinci Higher Education occupent sans droit ni titre un ensemble d’immeubles appartenant au département. Elles ne lui règlent qu’un semblant de loyer, inférieur d’environ… 90 % au prix du marché.

Aujourd’hui, le conseil départemental se retrouve victime de sa propre gourmandise. Brûlant d’envie de se doter d’un nouveau siège (le troisième en moins de dix ans), l’équipe de Georges Siffredi a imaginé le bâtir à la place de la fac Pasqua et déménager celui-ci un peu plus loin. Cependant, le département s’est trouvé obligé de régulariser la situation locative de la fac, avant de lancer la manœuvre.

La majorité LR du département et les patrons de Léonard-de-Vinci se sont alors mitonné un accord aux petits oignons. Au lieu de régler les 36 millions d’euros de loyer dus, l’addition a été revue à la baisse : ce sera 25 millions seulement, pour la période courant de 2017 à 2025, année de début des travaux de démolition.

Ce petit présent de 11 millions est resté sur l’estomac du tribunal administratif, qui a refusé de le ratifier.

Il a jugé que l’accord « ne comport[ait] pas de contrepartie suffisante pour le département des Hauts-de-Seine et constitu[ait] ainsi de sa part une libéralité ». En clair : un cadeau illégal. Charles Pasqua peut reposer en paix : ses successeurs sont dignes de leur maître…


Hervé Liffran. Le Canard enchaîné. 11/01/2023


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