« Révoltant », « désemparant »…

… le rien pour l’emploi des seniors dans le projet des retraites 2023

Même Bruno Le Maire « s’inquièterait » du faible taux d’emploi des « seniors », alors pour y remédier, le gouvernement a créé un « index » complètement bidon. Merci M’sieuxdames.


L’un des problèmes de la réforme actuelle est qu’il est un peu trop évident que le gouvernement n’en a rien à faire de l’équilibre financier des retraites. Sinon, il ferait en sorte de résoudre sa principale source de déséquilibre (future, rappelons le, puisque le régime général est en excédent), c’est-à-dire le nombre insuffisant de plus de 50 ans qui travaillent.

On appelle « taux d’emploi » le rapport entre le nombre de personnes qui, au sein d’une tranche d’âge, travaillent, et la population totale de cette tranche d’âge. Ainsi, en France, le taux d’emploi des 0–3 ans est de 0 %. Si l’on s’intéresse aux 55–64 ans, seuls 56 %, a un emploi.

Si l’on zoome, on constate que 75 % des 55–59 ans ont un emploi. Par contre, le taux d’emploi des 60–64 ans n’est que de 35 %.

Gouverner et punir

D’abord parce qu’elles sont nombreuses à le souhaiter, que ce soit pour de bonnes raisons – on a le droit d’aimer son travail – ou de mauvaises. Ensuite parce que la pyramide des âges est tellement déséquilibrée dans notre pays qu’allonger la durée de vie au travail fait partie de la solution pour garantir notre système de retraite.

Vous allez me dire : mais c’est ce que propose Emmanuel Macron ! Non, et c’est là l’entourloupe. Macron nous force à rester plus longtemps, mais il ne nous permet pas de le faire. C’est en cela que sa politique est de droite, quand une politique simplement humaniste consisterait à donner la possibilité aux gens de réellement choisir le temps qu’ils consacrent au travail.

Ce qui serait aussi une réelle politique libérale, puisque les gens auraient la liberté réelle de faire ce qu’ils veulent. Or Emmanuel Macron, s’il adore la liberté de mouvement des capitaux, qui permet les délocalisations, et la liberté du commerce, qui nous permet d’acheter des jouets chinois fabriqués par des enfants qui sont dangereux pour nos enfants, n’aime pas que les gens aient la liberté de mener leur vie professionnelle.

Tu me gardes encore un peu, dis ?

Les faits sont massifs : en France, aujourd’hui, loin des envolées sur les « auto-entrepreneurs », qui sont pour la plupart des chômeurs déguisés, voire pauvres, 9 travailleurs sur 10 sont des salariés. Garder leur emploi ne dépend donc pas d’abord d’eux : il faut que quelqu’un d’autre les emploie, les utilise.

La solution au faible taux d’emploi des plus de 60 ans incombe donc aux employeurs. S’ils ne se préoccupent pas de la santé de leur personnel tout au long de sa vie, si les maladies professionnelles ne sont pas évitées, si les postes et les temps de travail ne sont pas adaptés, il est impossible aux plus de 60 ans, et souvent bien avant cela, de rester travailler.

Et donc ces personnes sont cassées, éjectées. Et, bien sûr, elles n’auront jamais leurs 41, 42 ou 43 ans de cotisations. Elles qui occupaient des emplois plutôt mal rémunérés, et qui étaient donc promises à une petite retraite, se retrouvent avec une retraite misérable, coincée chez elles, faute d’avoir de quoi se payer un trajet en voiture ou même en transport en commun.

C’est de ce point de vue-là que Bruno le Maire a raison : le faible taux d’emploi des plus de 55 ans est en effet beaucoup trop souvent, un drame humain. Seulement, en disant cela, il pose aussi le critère d’évaluation de sa réforme : puisque ce problème, en termes monétaires, est le plus important ; et puisqu’il correspond à des souffrances humaines évitables, c’est sur ce point-là, plus que tout autre, que la réforme des retraites doit être jugée.

Un index joliment dressé

Or qu’a proposé Elisabeth Borne lors de sa conférence de presse (texte intégral ici) ? La création d’un « index » qui devra être publié par les seules grandes entreprises (celles qui emploient plus de 1 000 salariés à partir de cette année, puis celles qui ont plus de 300 salariés en 2024), et dont le non-respect pourra conduire à des «  sanctions financières  ». Bien sûr, le contenu de cet index n’est pas connu à ce stade, ni le montant de ces sanctions.

Cet index ne concernera donc pas les fonctionnaires, ni les personnes travaillant dans des entreprises de moins de 300 salariés. Il ne concerne donc qu’un quart des salariés du pays environ. Et l’on sait que les sanctions financières ne seront pas appliquées, puisqu’Olivier Dussopt a déclaré que les entreprises dont la situation sur l’emploi des seniors sera insatisfaisante se verront imposer une «  obligation renforcée de négociation d’un accord social  », oh là là trop dur.

C’est la deuxième fois que le gouvernement nous fait le coup : estimant trop contraignant de demander aux entreprises françaises de payer les femmes autant que les hommes au même poste, il avait déjà créé un «  index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes », qui a conduit à… rien.

Ce qui était bien sûr son but puisque, dans notre pays informatisé et où le moindre emploi de manutentionnaire fait l’objet d’une fiche de poste détaillée, détecter les écarts de salaires entre hommes et femmes est plus que facile. D’ailleurs, quand le gouvernement veut vraiment punir des gens, comme les fraudeurs à la CAF, il croise les différents fichiers administratifs – CAF, Pôle Emploi, déclaration de revenus, etc. – et cela marche très bien.

Puisque l’index d’égalité professionnel entre femmes et homme a prouvé son inutilité, il a été, dans le cadre de la destruction méthodique de la langue menée par la majorité, été qualifié de «  bilan très positif » par la députée UDI Valérie Six, qui a logiquement proposé un index «  dynamique des âges », au nom tellement ridicule qu’il est devenu cet «  index seniors  ».

Selon que vous serez Medef ou caissière…

C’est là l’erreur d’Emmanuel Macron : comment peut-on vouloir conditionner le versement du maigre RSA à des heures de travail, renforcer les contrôles et les sanctions sur les chômeurs, faciliter les licenciements, laisser les étudiants avoir faim, diminuer les aides au logement – eh oui il a déjà fait tout ça – et maintenant exiger des salariés qu’ils travaillent plus longtemps, et ne strictement rien demander aux entreprises ?

Détendue du bilan comptable, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a déclaré à propos de l’index bidon que « si c’est mettre les entreprises sous surveillance et mettre des sanctions, évidemment on y est radicalement opposés ».

Ah ben, si maintenant les entreprises doivent respecter des lois, où va-t-on, je vous le demande !


Jacques Littauer. Charlie Hebdo Web. Source (Extraits)


Le raz l’bol grossit, le 19 sera effectif et remuant. MC


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