Eva Kaili et mauvaises fréquentations.

Prenez Eva Kaili, vice-présidente grecque du Parlement européen, élue dès le premier tour, qui a dû démissionner de ses fonctions le 13 décembre et s’est retrouvée en prison.

En 2018, le journal « Politico » la classait parmi les women who shape Brussels (« celles qui façonnent Bruxelles »).

Quatre ans plus tard, les policiers belges découvrent plus de 1 million d’euros en liquide chez elle. Eva Kaili jure n’y être pour rien.

C’est son compagnon, Francesco Giorgi, assistant parlementaire dans la même institution, qui avait des copains bizarres, jure-t-elle. L’ennui, c’est que le père d’Eva Kaili a été lui aussi arrêté dans un hôtel de Bruxelles avec une belle valise bien charnue et pleine de billets. On ne peut plus faire confiance à personne.

Depuis, Kaili, incarcérée, clame son innocence, mais elle est bel et bien au centre d’une affaire connue sous le nom de « Qatargate », avec son compagnon, mais aussi la députée belge Maria Arena et un certain Antonio Panzeri, ancien eurodéputé italien, qui tirait les ficelles.

Culotté, le Panzeri. Le 14 novembre 2022, le voilà qui organise l’audition du ministre du Travail qatari au Parlement européen. Il s’agit de faire taire les critiques sur le nombre d’ouvriers étrangers décédés lors de la construction des stades du Mondial de foot. Il est en contact téléphonique permanent avec ses amis à l’intérieur du Parlement.

Un million dans la fouille

Dans l’oreillette, il indique qui doit prendre la parole, et pour dire quoi. Il a tout préparé, mots-clés, argumentation, punchlines. Vas‑y, réponds, à toi. Fais-leur remarquer que pour la Russie, il y a quatre ans, on était moins regardants. Un vrai succès, cette audition. Les valises de billets, ça a un petit côté rustique, mais ça fait des miracles.

La révélation de ces affaires fort lucratives a fait réagir l’ancien ministre des Affaires étrangères grec Georgios Katrougalos : « Les pratiques étaient connues, mais je pensais les sommes en jeu beaucoup plus modestes ».

Le cas d’Antonio Panzeri, qui travaillait aussi pour le Maroc, jette une lumière crue sur le petit monde feutré du Parlement européen. Un lieu où on ne rechigne pas à donner des leçons à la terre entière, au nom des « valeurs », mais où règne une très grande pudeur sur certaines pratiques. « Lorsque j’avais des responsabilités dans la commission Commerce international,j’étais rapporteur d’un accord de libre-échange avec le Maroc. J’avais soulevé énormément de points litigieux, agricoles, environnementaux, sociaux, politiques. Comme le dossier s’enlisait en raison de mes objections, le ministre de l’Agriculture marocain m’a contacté, j’ai compris qu’on voulait me faire un petit cadeau. J’ai refusé la rencontre », se souvient José Bové.

Formidables, les groupes d’amitié qui lient certains parlementaires à des pays « amis ». Ils ne reçoivent aucune subvention du Parlement, mais ils ne font l’objet d’aucun contrôle. Qui y participe, qui finance les voyages et les rencontres, et en échange de quoi ? Chut… « Certains de mes collègues étaient liés à des pays comme le Maroc, la Mauritanie, le Qatar, Israël. Jusqu’à présent, ils n’en faisaient pas mystère, se vantaient de leurs vacances là-bas et des cadeaux reçus, sans la moindre inhibition », raconte un eurodéputé.

Transparents mais sans excès

A l’approche des élections européennes, plus possible de faire l’autruche. Déjà, Viktor Orban s’est fendu d’un tweet goguenard, commentant une photo des nombreux sacs de billets saisis : « Voilà à quoi ressemble l’État de droit à Bruxelles. » L’ennui, c’est que ce sont les eurodéputés eux‑mêmes qui traînent les pieds.

Es sont une petite minorité à accepter de publier leur agenda, qui permet de savoir qui ils rencontrent. « Il y a des lobbyistes absolument pas déclarés comme tels, alors qu’ils en ont l’obligation, parfois représentants d’ONG bidon, qui circulent au Parlement sans qu’on sache bien ce qu’ils y font », accuse un eurodéputé.

Ursula von der Leyen avait promis, avant son élection, de créer une autorité qui contrôlerait le patrimoine des députés, sur le modèle français de la Haute Autorité pour la transaprence de la vie publique (HATVP) française. A peine élue, elle n’en parlait plus. En 2018, l’eurodéputé belge Philippe Lamberts s’était fendu d’une lettre à la présidence du Parlement européen, s’étonnant que trois parlementaires figurent au bureau d’une fondation en lien avec le gouvernement marocain. Aucune réponse.

Quant à l’actuelle présidente du Parlement, Roberta Metsola, elle a essayé, fin décembre, de nommer son propre beau-frère dans son équipe au poste de conseiller chargé de… la transparence, ce qui est interdit à un simple eurodéputé. La « coïncidence » ayant été découverte, il lui a fallu reculer. La transparence, à Bruxelles ?

Un long chemin, assurément.


Anne-Sophie Mercier. Dessin de Kiro. « Le Canard Enchaîné». 11/01/2023


2 réflexions sur “Eva Kaili et mauvaises fréquentations.

  1. bernarddominik 14/01/2023 / 09:13

    La corruption venue de Grèce d’Italie mais aussi d’Allemagne gangrène toutes les institutions européennes. Il serait temps de faire le ménage et légiférer

    • Libres jugements 14/01/2023 / 10:37

      Et pourquoi pas, Bernard, remettre en cause la constitution européenne ?
      Cette institution battit au service des entreprises, du pognon, du rabotage des avantages sociaux, des salaires. De la mise en concurrence financière, mentale et intellectuelle de la société européenne. Responsable de l’édictions technocratiques de lois Inadaptées, Inadaptables ou contraignantes pour la santé (OGM, Pesticides, etc.).
      Il fut un temps où l’union européenne était synonyme de libre circulation des personnes, du travail, etc. Depuis l’épidémie d’une partEt aussi la gestion différente selon certains pays de l’émigration, cela ne devient plus un réel avantage. Ne reste que le fait de pouvoir payer en euros dans certains pays de l’union européenne.
      Quant à la corruption des élites, pourquoi serait-elle absente au sein de l’union européenne alors qu’elle est présente, hélas, cent fois hélas, dans chaque pays la composant
      Amitiés
      Michel

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