Analysons…

… les vœux 2023 présidentielles… « Écologique »

Sur cette phrase incroyable prononcée par Macron, le 31 décembre 2022 : « Qui aurait pu prédire (…) la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ?» Ça laisse rêveur. Plus que rêveur. Où était-il, pendant ces quarante dernières années ?

Il est né en 1977. Il a fait Sciences-Po, puis l’ENA. Les écoles de l’élite, dit-on. Il semblerait qu’à cette élite on n’ait jamais parlé du rapport Meadows, paru en 1972 — cinq ans avant sa naissance. Ce rapport annonçait que la croissance économique ne pourrait être infinie, car elle allait se heurter aux limites de cette planète, laquelle est finie.

On ne lui a sans doute jamais parlé non plus du Giec, créé en 1988 pour étudier le réchauffement climatique, lequel, déjà (voilà trente-cinq ans, donc), affolait les scientifiques. Il n’a pas entendu parler de son premier rapport, publié en 1990. Ni des suivants (1). Pas entendu Chirac dire, en 1992, au Sommet de la Terre de Rio : « La maison brûle et nous regardons ailleurs. » Pas vu « Une vérité qui dérange », le film d’Al Gore (2006). Rien entendu, rien lu, rien vu, rien prévu.

C’est seulement le 31 août 2022, après les terribles incendies de l’été, que Macron a demandé à Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe numéro 1 du Giec, de venir plancher durant deux heures, devant le gouvernement tout entier, sur le réchauffement climatique.

Fin juin, Elisabeth Borne avait annoncé que 25 000 cadres de la haute fonction publique allaient être formés aux enjeux climatiques. Gare aux excès de vitesse…

Qui aurait pu leur ouvrir les yeux ? Les écolos ? Ils les voient comme des rigolos. Les lanceurs d’alerte ? Des catastrophistes. Greta Thunberg ? Rires hystériques dans la salle.

Pourtant, ce qu’elle dit tient en une phrase : écoutez les scientifiques. Mais, les scientifiques, ils ne les écoutent que lorsqu’ils promettent de pulvériser les limites grâce à la techno-science (ah, l’in-no-vation !). Quand ceux-ci rappellent que certaines limites sont infranchissables, nos « élites » se bouchent les oreilles.

Il existe un bouquin, « Perdre la Terre » (2), affreux, terrible, à pleurer, qui résulte d’une enquête journalistique exemplaire et raconte comment, dès 1979, tout ce que nous savons du réchauffement était déjà connu aux États-Unis, comment, à Rio, George Bush fut à deux doigts d’imposer un traité mondial juridiquement contraignant qui aurait maintenu le réchauffement au-dessous de 1,5° C, comment, par aveuglement, « pragmatisme », intérêt, stupidité, l’occasion a été perdue, à jamais.

Dans quelques années, lors d’une nouvelle pandémie ou d’un effondrement des rendements agricoles, un président de la République viendra nous déclarer que, vraiment, cette sixième extinction du vivant, qui aurait pu la prédire ? Et il promettra d’agir vite et fort.

Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas.


Jean-Luc Porquet. Le Canard enchaîné. 11/01/2023


  1. « Le Giec, urgence climat Le rapport incontestable expliqué à tous », par Sylvestre Huet, Tallandier, 270 p., 19,90 €.
  2. Par Nathaniel Rich, Seuil/Edition du Sous-Sol, 288 p., 17,50 €.

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